Etude des pedigrees des 2ans gagnants de stakes en france en 2010

Autres informations / 23.03.2011

Etude des pedigrees des 2ans gagnants de stakes en france en 2010

ETUDE

REALISEE PAR THIERRY GRANDSIR

LE

DETERMINISME

Nous

reprenons aujourd’hui notre étude des pedigrees des 37 gagnants de Stakes de

2ans en France en 2010 en commençant par une question centrale : quelle est la

part du hasard dans le résultat d’un croisement, et quelles sont nos chances de

la limiter ? Vaste programme, fondamental mais difficile à traiter en quelques

lignes. Il existe en effet presque autant de façons d’élever un cheval qu’il y

a d’éleveurs, chacun avec ses certitudes, ses doutes, ses convictions, ses

intuitions, ses espoirs. Mais tous ont un point commun : comme au poker, ils

identifient leurs cartes maîtresses, analysent leur jeu, et élaborent une

stratégie pour vaincre le hasard et emporter la partie…

UN JEU

DE 64 CARTES…

En sus

de l’ADN mitochondrial, héritage unique de la mère que nous avons évoqué dans

nos colonnes, chaque cheval est doté de 32 paires de chromosomes, soit 9 paires

de plus que nous autres humains. Quelques grandes religions monothéistes font

du cheval le dernier animal de la création, le plus parfait : ça méritait bien

quelques chromosomes de plus… Nous savons que chacun des deux parents transmet

de manière aléatoire la moitié de ses chromosomes au produit, telle la

distribution d’une main au poker. Si tous ces chromosomes étaient différents,

cela nous donnerait 432 combinaisons possibles, sans parler des mutations

génétiques... Pas assez de place sur cette page pour aligner les zéros, et une

incertitude totale quant au résultat de la partie ! Heureusement, les éleveurs

du passé ont travaillé pour nous : en fixant pendant trois siècles les canons

de la race pure à partir d’un nombre limité de reproducteurs, souvent croisés

en inbreeding, le patrimoine génétique de nos purs-sang contient aujourd’hui un

important pool de gènes en commun, ce qui réduit considérablement le nombre de

combinaisons. Le jeu de cartes est limité, d’où l’espoir pour chaque éleveur de

toucher un jour la quinte flush, et si possible de son vivant… Pour preuve, la

race pure n’a que peu progressé durant les dernières décennies : les records de

piste n’affichent guère de progression spectaculaire et l’écart entre la

moyenne et l’élite s’est considérablement réduit. Nous sommes proches du

"maximum possible" évoqué autrefois par Federico Tesio. La

corrélation entre pedigree et performance est donc assez étroite, plus en tout

cas chez nos galopeurs que chez nos Trotteurs français, dont la race est

beaucoup plus jeune, ou que chez nos chevaux de Selle français, dont les sangs

originels sont beaucoup plus nombreux. Les avancées de la génétique équine, en

pleine évolution, ne nous permettent pas encore d’apprécier avec suffisamment

de précision le potentiel d’un cheval, et il nous faudra encore patienter

quelque peu avant d’en obtenir des applications pratiques simples et fiables.

De fait, les seuls gènes dont l’expression est visible à l’oeil nu concernent

le sexe et la robe, seules cartes retournées sur le tapis. Les chromosomes

sexuels, XY pour les mâles et XX pour les femelles, fonctionnent comme chez les

humains : si l’étalon transmet le Y, on obtient un poulain, si c’est le X,

c’est une femelle. Mais bien que tous nos purs-sang descendent en droite ligne

de trois étalons connus (Darley Arabian, Godolphin Arabian et Byerley Turk),

tous les chromosomes Y identifiés par les analyses ADN s’avèrent identiques… La

race pure descendrait donc d’un seul et même étalon, et le chromosome Y est à ranger

dans le groupe des facteurs communs à la race. Pourtant, certains étalons

obtiennent plus de succès avec leurs mâles qu’avec leurs femelles, ou

vice-versa. L’impact du chromosome X du mâle peut donc s’avérer déterminant...

Concernant la robe, ce n’est pas tant la couleur qui importe  (le pourcentage de gagnants classiques de

chaque robe est égal au ratio de la production totale), mais plutôt les gènes

associés aux chromosomes qui la déterminent : par exemple, l’alezan Arctic Tern

avait la réputation de produire des chevaux aux robes bai brun très gentils

mais sans influx, et des alezans avec de la personnalité, voire caractériels.

LES

QUATRES GAGNANTS DE GR1 QU’IL A PRODUITS ETAIENT TOUS ALEZANS…

Sorti de

là, nous ne disposons d’aucune autre évidence pour établir le patrimoine

génétique d’un cheval. Certes, la distribution des cartes offre parfois la

victoire en première main, grâce à une poulinière au génotype exceptionnel

comme Urban Sea ou Hasili. À l’inverse, le hasard, réputé bien faire les choses,

peut aussi engendrer un cheval d’exception à partir de géniteurs peu huppés,

conséquence de la relative étroitesse du nombre de cartes composant le jeu.

Mais en la matière, les probabilités sont maigres… La science des pedigrees a

donc son rôle à jouer : celui d’essayer de réduire les incertitudes en se

basant sur l’observation, l’histoire, l’analyse des résultats, les

statistiques…Bref, nous aider à essayer de prédire les cartes qui sortiront

pour composer la main gagnante. Nous avons abordé dans le cadre de notre étude

sur nos 2ans plusieurs axes d’analyse :

L’influence

directe de l’étalon et de la poulinière

La

lignée mâle du père

La

famille maternelle

L’affinité

du croisement entre le père et le père de mère

Les

inbreedings

Les

équivalences génétiques

Les

dosages et indice

Utiliser

l’élite pour la comparer au reste de la population a pour objectif de mettre en

évidence les combinaisons permettant, par concentration ou par complémentarité

de sangs, d’augmenter la probabilité de regrouper les gènes favorables dans un

même génotype. Pour compléter notre étude, nous vous proposons une dernière

partie…

DISTRIBUTION

DES CARTES…

Lorsque

l’on analyse la production de notre regretté Anabaa, multiple tête de liste, on

note que sa réussite avec les descendantes de Blushing Groom ou de Lyphard est

assez "standard", n’excédant pas les 5 % de gagnants de Stakes. Par

contre, son score est multiplié par cinq avec les juments possédant à la fois

le sang de Blushing Groom et celui de Lyphard. Une sorte de brelan de rois, à

l’origine de notre reine de coeur Goldikova !!! Inspirés par ce constat, nous

avons donc répertorié tous les étalons figurant aux quatre premières

générations des pedigrees de nos gagnants de Stakes, pour tirer les cartes

maîtresses suivantes :

45

tirages : Northern Dancer

23

tirages : Mr Prospector

16

tirages : Nureyev

15

tirages : Raise a Native

14

tirages : Danzig

10

tirages : Lyphard, Sadler’s Wells

7

tirages : Miswaki, Roberto

6

tirages : Nijinsky

5

tirages : Danehill, His Majesty, Mill Reef, Secretariat, Seattle Slew, Sharpen

Up, Shirley H          Eights, Storm Bird

4

tirages : Ahonoora, Alydar, Blushing Groom, Bold Reason, Dancing Brave, Forli,

Gay            Mécène, Gone West,

Kalamoun, Known Fact, The Minstrel

Les

cartes étant distribuées, voyons maintenant les jeux gagnants dont ont hérité

nos jeunes champions…

FULL AUX

ROIS PAR LES DAMES…

L’analogie

entre nos dames, la gagnante du Prix d’Aumale (Gr3) et deuxième du Prix Marcel

Boussac  (Gr1), Helléborine, et la

lauréate du Critérium du Languedoc (L), Putyball, se situe à la troisième

génération de leurs pedigrees respectifs, où trois des quatres étalons leur

sont communs : Mr Prospector,  Nijinsky

et Roberto. Durant la dernière décennie, de nombreux succès classiques ont mis

en relief le croisement entre ces trois chefs de race :

Mr

Prospector x Nijinsky = 28 gagnants de Gr1

Mr

Prospector x Roberto = 25 gagnants de Gr1

Roberto

x Nijinsky = 11 gagnants de Gr1

Huit

gagnants de Gr1 allient ces trois courants de sang dans leur papier, dont le

gagnant du Kentucky Derby  (Gr1) Barbaro

et aussi Blame, tombeur de Zenyatta dans le dernier Breeders’ Cup Classic

(Gr1). Mais l’analogie la plus proche avec nos deux dames se retrouve chez un

cheval dont on parle beaucoup en ce moment du côté de Dubaï, Twice Over, lui

aussi porteur des sangs de Mr Prospector, Nijinsky et Roberto à la troisième

génération de son pedigree ! Aurions-nous en main le brelan d’as de ce début de

saison ? Certes, vous me direz que les éleveurs ne sont pas des joueurs de

poker… Pourtant, ils doivent souvent miser gros, voire le tapis, pour espérer

élever un cheval capable de passer du yearling "bluffant" sur les

places de ventes au champion sur les tapis verts de nos champs de course, seul

endroit où tous les jeux sont dévoilés ! 

Nous vous donnons maintenant rendez-vous à la semaine prochaine pour la

conclusion de notre étude sur nos 2ans gagnants de Stakes !!!