Hommage a bertrand du breuil (1926-2011) par guy thibault, historien des courses

Autres informations / 31.03.2011

Hommage a bertrand du breuil (1926-2011) par guy thibault, historien des courses

Mardi,

en la chapelle de l’École Militaire, ont eu lieu les obsèques du baron Bertrand

du Breuil, décédé le 24 mars à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Ainsi disparaît

l’une des personnalités les plus marquantes du monde hippique de la fin du XXe

siècle. Réuni le 22 mars 1991 pour désigner un nouveau président successeur du

marquis de Geoffre – qui refuse un nouveau mandat –, le Comité de la Société

d’encouragement choisit le baron Bertrand du Breuil qui recueille 19 voix

contre 14 à Paul de Moussac. Âgé de soixante-quatre ans, Bertrand du Breuil se

dévoue depuis vingt ans au service de la Société d’encouragement dont il est

membre du Comité depuis 1972 et commissaire depuis 1974. Après une carrière

d’officier de cavalerie marquée par près de 150 victoires dans des épreuves

internationales de saut d’obstacles, Bertrand du Breuil quitte l’armée en 1956

pour occuper différents postes de hautes responsabilités dans les sociétés

papetières du groupe Béghin-Say présidé par son beau-père,  Ferdinand Béghin. Pour présenter l’homme, nul

ne peut mieux le faire qu’un écrivain, son beau-frère Jean d’Ormesson, de

l’Académie française, qui le décrit ainsi dans la préface du livre Album de

Famille. «Bertrand du Breuil est estimé et aimé de ses amis, ce qui est la

moindre des choses. Il est aussi estimé et aimé des siens et de sa famille, ce

qui est beaucoup plus rare. Il a surtout des talents et des dons, ce qui est

exceptionnel. Il est un des premiers cavaliers de France et rien de ce qui

touche au cheval ne lui est étranger. Il a représenté notre pays dans

d’innombrables compétitions internationales et il l’a souvent fait triompher

sur les obstacles les plus ardus et les marches les plus hautes. Il ne s’occupe

pas seulement du monde du cheval, il ne l’aime pas seulement, il n’en parle pas

seulement : il sait aussi le faire revivre par le crayon et par la plume. Ce

champion international est un caricaturiste hors pair. » En effet, cet assidu

des réunions du Comité n’y tend pas seulement l’oreille. Son regard perçant

guide aussi le tracé d’un crayon sur des petits papiers – ou le bord d’un

programme – qui, réunis, constituent plus que l’album de la Société

d’encouragement, celui du turf. Ces dessins, ils font aussi sourire les

lecteurs de la revue Courses & Élevage, et du livre Album de Famille publié

en 1985 avec des textes de Natalie Carter. Le mandat de président de Bertrand

du Breuil va être le plus court de l’histoire de la Société d’encouragement. Il

ne préside que cinq séances du Comité – du 29 avril au 15 novembre 1991. Les

événements vont se précipiter, devant lesquels il témoigne d’une qualité

devenue rare, la bonne volonté. La situation du "galop" est mal en

point quand il reçoit les commandes de la Société d’encouragement. Résumé de

l’état des lieux. Préconisée en 1989 par Olivier Lecerf (alors président de la

Fédération nationale), la société unique du galop se heurte à maints obstacles

alors que la situation financière est grave. Pourtant le 4 mai 1990, est

constituée l’U.P.G. (Union Pour le Galop) regroupant les quatre sociétés

parisiennes : les deux sociétés mères (Société d’encouragement et Société des

steeples) et les deux sociétés filles (Société sportive d’encouragement et

Société de sport de France), farouchement indépendantes et opposées à l’union.

Un des objets est la diminution des coûts de fonctionnement du galop dans la

région parisienne. Bernard Le Gentil en est élu président. En octobre, dans de

nouveaux locaux communs à Boulogne, installation des services administratifs de

la Société d’encouragement et de la Société des Steeple. 8 juin 1991 à Évry,

grève des partants dans la course support de paris de combinaison que les

commissaires sont contraints d’annuler. « Pour qu’une seule fois, le seul

gagnant aux courses (l’État) sache qu’il peut perdre », tel est l’argument

avancé par les présidents des syndicats des éleveurs et des entraîneurs ayant

persuadé les propriétaires de renoncer à courir leurs chevaux pourtant déclarés

partants. La raison ? L’État prétend faire main basse sur la cagnotte des paris

impayés. Conséquence : l’U.P.G. est chargée de proposer les bases d’une

nouvelle structure pour le galop – dont "l’union" ne se réalisera que

le 3 mai 1995 avec la naissance de France Galop. Après la grève d’Évry,

contestée par de nombreux professionnels criant « Arrêtez le massacre », le

président du Breuil réunit le 2 juillet 1991 le Comité de la Société

d’encouragement. Réunion cruciale qui permet de dénouer la situation très

embrouillée, mais non sans déchirures. Après de nombreuses interventions dont

celle de François Clos, chef du Service des Haras nationaux, se dégage la voie

« du rapprochement intime et équilibré des deux sociétés mères en une seule »,

voie préférée depuis longtemps par le président. Après avoir reçu l’accord de

la Société des steeples et, le 9 octobre, l’aval de son Comité, le président du

Breuil le réunit une dernière fois le 15 novembre 1991 afin, dans l’intérêt

général, de lui faire accepter la dissolution de la Société d’encouragement, et

ce, cent-cinquante-huit après la première réunion du Comité le 11 novembre 1833

présidé par Lord Henry Seymour. Propos extraits de la déclaration du président

du Breuil. « Nous devons démontrer que nous sommes capables de prendre en main

nous-mêmes les destinées du galop et que nous ne voulons pas nous en remettre

aux pouvoirs publics pour décider de notre sort. Il serait de plus

surprenant,pour tous ceux qui nous observent, que notre réponse soit

aujourd’hui négative alors que les membres du Comité se sont publiquement,

comme en privé, déclarés partisans de la fusion des deux sociétés mères. […]

Mais ce que vous savez peut-être moins, car pour s’en rendre compte, il faut

vivre quotidiennement à l’intérieur des services de notre société, c’est

l’étonnement et la réprobation de tout le personnel, dont je salue à nouveau

ici le dévouement et la qualité professionnelle, qui constate nos hésitations,

nos tergiversations et jusqu’alors notre inaptitude à définir ensemble une

politique de solidarité et de cohérence. On peut comprendre les sentiments et

les inquiétudes des membres du personnel. J’ajoute qu’ils ont su, eux, depuis

plus d’un an déjà, mettre en commun avec ceux de la Société des steeple-chases,

leur compétence et leurs capacités pour le bien général. Il est temps en effet,

que cessent nos désaccords, nos querelles, nos arrière-pensées, alors que la

situation économique et financière de la filière du galop mériterait une

attitude plus constructive et un comportement plus responsable. C’est ce qui

nous est proposé justement aujourd’hui et nous espérons que chacun d’entre

nous, comprenant l’enjeu de ce scrutin, accomplisse, dans le secret de

l’isoloir, l’acte positif qui permettra d’assurer un meilleur avenir pour le

galop. » Après des exhortations à un vote positif émises successivement par

Bertrand Bélinguier, Vice-président, par le marquis de Geoffre, Président

d’honneur, et par Bernard Le Quellec, Président de la Fédération nationale, le

président Bertrand du Breuil demande aux trente-deux membres du Comité présents

de se prononcer à bulletin secret sur la motion suivante : « la dissolution de

la Société d’encouragement et la création de la Société d’encouragement et des

steeple-chases de France prendront effet à compter du 1er janvier

1992 », motion qui recueille 25 voix en sa faveur et 7 oppositions. Pour

conserver le souvenir de ces heures difficiles ainsi que celui de la vie

antérieure de la société mère du galop, Bertrand du Breuil avait demandé à

l’auteur de ces lignes de rédiger un livre intitulé Les heures mouvementées de

la Société d’Encouragement dont il avait rédigé la préface et qui fut publié en

août 1993.