Une rencontre exceptionnelle : mais qu’est-ce qui fait courir gerard augustin-normand ?

Autres informations / 22.04.2011

Une rencontre exceptionnelle : mais qu’est-ce qui fait courir gerard augustin-normand ?

L’implication

de Gérard Augustin-Normand dans les courses est à la fois récente et frappante.

La casaque blanche, toque violette, n’est réellement apparue dans les pelotons

qu’au cours de l’année 2007. Mais les investissements de cet homme d’affaires

ayant fait fortune dans la finance sont allés crescendo, et sa « petite

entreprise » est désormais riche de plus d’une centaine de galopeurs, mais

aussi d’un élevage construit autour du premier champion de l’écurie, désormais

étalon, Le Havre. Sans parler des trotteurs, un monde dans lequel il veut aussi

bâtir. Bâtir. Au cours de l’interview qu’il a accepté de nous accorder

immédiatement, le lendemain-même du jour où nous l’avons sollicité, ce mot est

revenu comme un leitmotiv. Ses achats à la limite du « compulsif », comme il

l’admet lui-même, suscitent l’interrogation, sinon l’incompréhension. Pour

Gérard Augustin-Normand, la stratégie est pourtant réfléchie. Une réflexion

qu’il mène en équipe, pour toucher à nouveau le haut niveau qu’il a atteint dès

ses débuts. Une réflexion qui n’exclut pas l’émotion, celle qui dure,

profondément, à l’opposé de l’excitation immédiate qu’il a pu connaître dans sa

première vie. Celle qui saura apaiser cet homme pressé, qu’un cheval nommé Le

Havre est en train de transformer. Gérard Augustin-Normand a pris le temps de

répondre à toutes nos questions. D’abord celles sur l’organisation de ce qu’il

aime à appeler son « projet », puis celles, plus intimes, sur la façon dont il

vit son aventure « cheval ». Nous vous livrons la première partie de cette

interview

PRES DE

CENT TRENTE CHEVAUX A L’ENTRAINEMENT…

Gérard

Augustin-Normand a actuellement près de cent trente galopeurs à l’entraînement,

chez 25 entraîneurs différents. On l’a vu investir aussi bien dans des

yearlings que des chevaux « clés en main », à l’amiable ou dans les réclamers.

Il explique : « Bien entendu, ayant débuté avec un cheval de la valeur Le

Havre, j’aspire au haut niveau. Mais je suis opportuniste et je veux rester

ouvert. Si j’avais une frustration, ce serait celle de ne pas saisir toutes les

occasions qui se présentent à moi. Alors oui, ma démarche peut sembler

compulsive. Je me dis toujours « Et si c’était celui-là? » C’est là

qu’intervient mon équipe. La réflexion que nous menons ensemble me permet de

construire dans la durée, de me freiner un peu. J’ai besoin de cette réflexion

en commun pour ne pas mettre en péril le projet. Dans le monde de la bourse, on

peut changer d’avis et acheter ce que l’on a vendu la veille. Dans les chevaux,

il faut regarder devant soi. Eviter de regarder les vieux catalogues, les

journaux d’hier, sinon l’on ne vit plus. »

LA

CHASSE AU TRESOR DANS LES RECLAMERS

S’il

vise le plus haut niveau, Gérard Augustin-Normand joue aussi le jeu des

réclamers à plein. « Le système des réclamers m’amuse beaucoup. Ce jeu des

enchères fermées apporte une excitation particulière. L’émotion est présente à

la fois au moment des enchères, puis lors de la course suivante, car on a

toujours l’espoir de dénicher le sujet qui va être capable de sortir de cette catégorie…

D’un point de vue économique, l’achat à réclamer représente un investissement

limité pour un retour sur investissement qui peut être immédiat et conséquent.

Il faut cependant réaliser un vrai travail en amont, étudier les performances

et les pedigrees des chevaux, être présent sur l’hippodrome pour les observer,

écouter les informations… J’ai confié cette mission à Bruno Barbereau. Oui, il

y a un côté chasse au trésor que j’aime beaucoup. »

UN VRAI

TRAVAIL D’EQUIPE

Gérard

Augustin-Normand fut un chef d’entreprise. Avec ses chevaux, il a gardé ce goût

pour le travail en équipe qu’il a essayé de transposer dans sa nouvelle

démarche. « Comme avec Richelieu Finance, j’ai vraiment voulu construire une

équipe. Je me suis entouré de Sylvain et Elisabeth Vidal, qui gèrent non

seulement le côté élevage dans leur haras de la Cauvinière, mais qui s’occupent

aussi des relations avec les entraîneurs. Sylvain va régulièrement visiter les

chevaux à l’entraînement, il est présent sur les hippodromes, et récemment, il

a recruté Mathieu Alex, qui travaillait auparavant chez Coolmore. Chacun, avec

ses expériences différentes, vient enrichir la réflexion et joue son rôle. »

Les nombreux entraîneurs du propriétaire, ainsi que leur personnel d’écurie,

sont également partie prenante de l’équipe, et Gérard Augustin-Normand insiste

pour leur rendre hommage. « J’ai lu récemment dans les colonnes de Paris-Turf

l’hommage que m’a rendu Jean-Claude Rouget. C’était à la fois très beau et très

gênant. C’est le monde à l’envers, car c’est moi qui dois beaucoup à

Jean-Claude. Sans lui, et sans Le Havre, je n’aurais pu vivre cette aventure.

J’ai appris énormément au contact de tous ces gens qui vivent passionnément.

J’ai beaucoup d’estime pour les personnes qui travaillent dans les écuries et

pour les jockeys qui prennent des risques conséquent. La force d’une équipe,

c’est aussi de partager les bonheurs et les déceptions, voire les peines,

inhérentes aux chevaux de course. »

OBLIGATION

DE MOYENS POUR LES ENTRAINEURS

Le

nombre d’entraîneurs ayant sous leur responsabilité des représentants de la

casaque blanche toque violette peut étonner. Gérard Augustin-Normand s’en

explique : « Je sais qu’il ne faudrait pas multiplier les entraîneurs avec qui

nous travaillons, mais tous m’ont séduit par leur capacité à s’impliquer dans

notre projet. Evidemment, j’ai une relation particulière avec Jean-Claude

Rouget, des liens d’amitié qui se sont tissés. C’est une relation qui ne se

renforce pas par la présence, car je n’aime pas être en première ligne, mais

par notre capacité à réfléchir ensemble, et par l’estime que l’on se porte. Nos

entraîneurs n’ont pas d’obligation de résultats, mais ils ont une obligation de

moyens, d’information et de transparence. Des comptes-rendus réguliers sont

transmis à Sylvain Vidal, qui essaie également de leur rendre visite

fréquemment. Je sais que nous n’avons rien inventé, mais nous essayons de

systématiser cette démarche. Quand j’achète un cheval clé en mains chez un

entraîneur, en général je le laisse chez lui, car je veux leur laisser le

mérite de leur travail, ce qu’ils ont façonné. Je pense qu’au moment où j’ai

pris du recul avec mon activité professionnelle, j’ai fait une sorte de

transfert sur les chevaux, et essayé de mettre en place une organisation

similaire à celle que j’appliquais dans mes affaires. Ce qui compte, c’est la

réussite d’une équipe. »

LA

DIMENSION DE L’ENTREPRISE

Si

Gérard Augustin-Normand entretient plus d’une centaine de galopeurs, plat et

obstacles confondus, il investit également dans le trot, sans compter ses

chevaux d’élevage. Une dimension digne des plus grandes casaques. «

Aujourd’hui, la dimension de l’écurie me semble satisfaisante. Dès lors, nous

devrions être à l’avenir moins présent dans les ventes, car nous allons

également voir arriver les premiers produits de Le Havre à l’entraînement.

Néanmoins, nous saisirons toujours les opportunités qui se présentent. Il faut

savoir rester ouvert. Je mène un vrai projet qui s’inscrit dans la durée. Les

grandes casaques se sont construites sur des générations. De mon côté, je sais

que je n’ai pas l’éternité devant moi. Mon horizon est limité, aussi j’essaie

toujours de gagner du temps. La patience n’est d’ailleurs pas ma qualité

première. J’apprends, en côtoyant les gens de l’élevage par exemple, à le

devenir… Avec mes chevaux, je vis aussi une aventure humaine. »