Le regard de david powell sur plusieurs sujets d'actualite

Autres informations / 01.11.2011

Le regard de david powell sur plusieurs sujets d'actualite

Je

trouve très sain qu'il y ait désormais débat dans la presse hippique, que

chacun donne librement son avis. Il souffle un petit vent de liberté et je

voudrais prendre l'occasion de "rebondir" sur les billets de quelques

collègues et amis. Lorsque j'ai "râlé" pour le peu d'égard d'Equidia

pour les grandes courses étrangères et le manque de hiérarchisation du temps

d'écran, mon ami Emmanuel Roussel m'a très justement répondu que la priorité

était pour les joueurs, ce dont je me doutais, mais qui décide ce qui les

intéresse ? C’est cela la question. Dimanche, on a fait très fort : couper 5

secondes après le passage du poteau dans le Critérium International, quand même

un Gr1 français, pour aller voir des heats à Mons ... Mais alors je pose la

question : pourquoi ne pas montrer les chevaux, comme fait la télé anglaise,

sous des plans et des angles permettant de juger de leur aspect physique et du

comportement, renseignements précieux pour jouer, au lieu de se dissiper dans

des prises de vue "artistiques" – vue des chevaux cachés par les

boîtes, gros plans sur les jolies nanas dans l'assistance (il y a d'autres

chaînes pour cela, spécialisées, avec des filles encore mieux, en moins

habillées)–, les revers de bottes des jockeys, ou vue panoramique de la foule ?

Il me semble que lorsqu'un vrai turfiste regarde la télé, il recherche des

indications pour jouer avec discernement ? 

Sinon, autant qu'on joue le "papier" ou des numéros. C'est

justement cette clientèle qui joue parce que ce sont des chevaux que nous

voulons attirer et fidéliser, et on ne leur montre pas ce qu'il y a à voir : si

on ne s'occupe pas d'eux, ils seront peut-être obligés de retourner aux courses

? François Doumen pose deux questions, dont celle de permettre à un jockey

inexpérimenté de monter dans les grandes courses. Il est vrai qu'une règle

pourrait faciliter parfois une décision difficile à prendre pour l'entourage,

en évitant de mettre une "pression" indue sur un jeune pas encore

prêt pour ce genre de test. Je trouve aussi, qu'avec la multiplication des

réunions, la perte de la décharge à 70 gagnants arrive bien trop tôt : le cap,

difficile à passer, devient un vrai calvaire pour un gamin qui n'a pas eu le

temps de murir, de forcir, de "digérer" sa réussite, et qui, du jour au

lendemain, se retrouve "apprenti sans décharge". Il n'y a pas que le

nombre de montes qui compte, mais le temps passé : pour comparer, on ne fait

pas le même travail sur un cheval en 6 mois qu'en un an. Passer carrément à 100

gagnants pour devenir "jockey" ne me paraît pas excessif. L'idée de

François sur la prime à l'éleveur dite "à deux temps", c'est-à-dire

plus élevée pour les conçus en France, 

est très bonne et avait d'ailleurs été votée à une belle majorité en

comité du Syndicat des éleveurs il y a quinze ans, avant de se trouver enterrée

à France Galop. Je ne sais pas s'il est encore temps de redresser la barre,

mais je pense que de toute manière, l'écart entre les deux taux doit être

significatif pour avoir une portée, sinon cela ne suffira pas pour compenser le

"malus" commercial des chevaux faisant la monte en France – à

l'époque, on avait parlé de 12 % pour les "conçus" étrangers, ce qui

permettait de passer les franco-français à 24 %, et là ou nous sommes rendus

maintenant, cela paraît un minimum. Jean-Claude Rouget évoque la controverse

sur les sanctions concernant l'utilisation de la cravache : s'il faut ne jamais

avoir monté en course pour estimer que dans une arrivée disputée, on peut

compter les coups, la nouvelle règle anglaise distinguant ceux portés avant ou

après la distance, montre une ignorance totale du métier. Je suis d'accord avec

lui : pour complaire à l'air du temps, nous serons à terme obligés d'interdire

la cravache, encore que je pense qu'il sera possible de maintenir son port (indispensable

comme symbole d'autorité pour le cheval), ou alors de limiter à trois coups –

c'est plus facile de compter jusqu'à trois que neuf, n'est-ce pas ? Il faudra

savoir qu'à terme, cela défavorisera dans la sélection les chevaux froids, avec

des conséquences sur le recyclage des chevaux de course pour la selle ou les

loisirs. Par contre je trouve que l'on ne sanctionne pas assez les corrections

infligées à des chevaux battus, "occis", finissant dans le lointain.

Jean-Claude s'interroge à juste titre sur le système même des handicaps, que

j'ai dénoncé, il y a longtemps, en écrivant que c'était un cancer qui rongeait

le programme français. Avec le recul, l'invention du Tiercé a sans doute été

néfaste pour nos courses, car il a permis une dépendance sur un mode de jeu

proche de la loterie. Maintenant, on nous répond que les handicaps font la

recette, mais c'est comme un toxicomane qui est convaincu de ne pas pouvoir se

passer de la drogue, il y a bien d'autre programmes (très proche de nous, celui

des trotteurs français !) ou l'on génère du jeu sans handicaps. Cette

prolifération des handicaps sape et fausse tout le reste du programme, et jette

un discrédit quotidien sur la régularité de nos courses, car personne n'est

dupe…Cela m'amène à approuver la sortie de Patrick Lanabère, qui dénonce le

danger de la multiplication de l'offre ; il y a longtemps, aux États-Unis, on

avait constaté la "loi du rendement décroissant" avec une

augmentation intempestive de l'offre, et qu'une fois atteint un point de saturation,

il était difficile de redonner l'appétit du jeu à un public repus. Car, c'est

justement faute d'avoir su vendre la qualité de notre spectacle en promouvant

les handicaps, que nous sommes réduits à recourir à la quantité.