Pour une (r)evolution dans l’usage de la cravache

Autres informations / 24.03.2012

Pour une (r)evolution dans l’usage de la cravache

Rencontré

jeudi à Chantilly, Alain de Royer Dupré a souhaité s’exprimer sur l’utilisation

de la cravache. Il propose notamment de limiter le nombre de coups de cravache

à trois dans la ligne droite. Mais, surtout, il souligne ce paradoxe gênant : «

Pourquoi ne rétrograde-t-on pas un cheval qui a gagné parce que son jockey a

plus cravaché qu’il n’y est autorisé ? » C’est en effet un cas rare (peut-être

le seul) où le non-respect du Code des courses n’entraîne pas une modification

du résultat final…

Il est

des évidences qui sont tellement anciennes que l’on n’y prête même plus

attention. Des états de faits tellement bien installés dans nos habitudes que

l’on ne songerait pas à les remettre en cause. Ainsi en est-il de l’usage de la

cravache. Il nous apparaît comme évident qu’un usage abusif de la cravache

aboutit à une amende et à une mise à pied pour le jockey fautif. Certes. Mais

prenons un exemple. Dans les deux cents derniers mètres, deux chevaux sont à la

lutte. Les deux jockeys consomment leur quota de huit coups de cravache. De ce

fait, un des deux jockeys s’arrête de taper, alors que l’autre continue. Le

plus cravaché des deux chevaux remporte la course d’une tête. Les commissaires

entérinent l’arrivée ; ils infligent au jockey du gagnant une amende financière

et une interdiction de monter. De son côté, le jockey du second n’a ni amende

ni mise à pied. Mais, à jamais, un cheval a gagné et l’autre n’a pas gagné. Le

résultat est désormais gravé dans la musique du cheval et tout son entourage

est lésé : le jockey, l’entraîneur, le propriétaire et même l’éleveur…Fin de

l’histoire. « Dans tous les autres sports, si on enfreint les règles au vu et

au su des arbitres, le résultat n’est pas validé, explique Alain de Royer

Dupré. Si un joueur de football marque un but de la main et que l’arbitre le

voit, le but n’est pas validé. Aux courses, on sanctionne le jockey mais on

valide le résultat, puisque le cheval n’est pas rétrogradé. Ce n’est pas

logique. » L’entraîneur classique cantilien appelle donc à une réforme du Code

des courses, pour modifier le résultat en fonction de l’usage de la cravache.

Selon lui, c’est l’esprit même de notre sport – la sélection –et la régularité

de notre sport qui sont en jeu : « L’abus de cravache fausse les arrivées.

C’est une manière illicite d’améliorer la performance d’un cheval. Or, si une

arrivée est faussée, si l’un des acteurs emploie des moyens contraires à la

réglementation, nous ne sommes plus dans la sélection. » Pour dire les choses

de manière un peu plus brutale que ne le ferait Alain de Royer Dupré, osons

comparer l’usage abusif de la cravache à une forme de "dopage, puisqu’il

s’agit d’améliorer une performance à l’aide de moyens réprimés par le Code des

courses…Au-delà de cette approche originale de la question de la cravache,

Alain de Royer Dupré apporte des arguments pratiques: « Comment voulez-vous

qu’un jockey, dans le feu de l’action, compte huit coups de cravache ? C’est

quelque chose qu’on ne peut pas lui demander en plein effort. Elle est donc

difficile à appliquer pour les jockeys et elle transforme les commissaires des

courses en comptables alors qu’ils sont des arbitres. Et huit coups de cravache

dans la ligne droite, c’est déjà énorme ! » Si la règle actuelle n’est pas

bonne, comment la faire évoluer? L’entraîneur propose des solutions inédites

également: « Pour faciliter l’application de la règle, aussi bien pour les

jockeys que pour les commissaires, je propose de limiter le nombre de coups de

cravache dans la ligne droite à trois. » Pour être plus précis, Alain de Royer

Dupré souhaite limiter à trois fois l’utilisation de la cravache « dans la

ligne droite en tapant sur l’arrière du cheval tout en tenant les rênes à une

main ». En revanche, on ne limiterait pas les coups de cravache donnés «

lorsque les deux mains tiennent les rênes ». Et, dans sa logique, Alain de

Royer Dupré demande à ce que l’on rétrograde le cheval dont le jockey a tapé

plus de trois fois en tenant ses rênes à une main. Pour finir, cette nouvelle

approche pourrait avoir deux vertus. Le premier avantage, dans un contexte de «

décentralisation à outrance », les chevaux « pourraient recourir plus souvent

s’ils accusaient moins le contrecoup après une course où ils ont été trop

cravachés ». Le second avantage se situe sur le plan de l’image des courses. «

Quelqu’un qui vient sur un hippodrome pour la première fois finit par résumer

notre sport à des hommes qui tapent sur des chevaux. C’est un spectacle qui a

déjà posé des problèmes dans le passé et qui en posera plus encore dans

l’avenir. »