Hier les etats-unis, demain le japon

Autres informations / 31.05.2012

Hier les etats-unis, demain le japon

 

EDITO,

PAR PIERRE LAPERDRIX

La

marche du monde n’attend personne et les États-Unis n’arrivent pas à refaire la

liaison avec l’Europe. Le Japon frappe à la porte et, demain, il présentera la

meilleure solution alternative aux éleveurs européens avec des étalons aux

performances et pedigrees reconnus à un niveau international. La victoire de

Beauty Parlour, fille de Deep Impact, dans la "Poule d’Essai", n’est

que le premier temps de cette (r)évolution… L’invaincue Beauty Parlour a permis

à son père Deep Impact de remporter son premier classique en Europe. Cette

victoire dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1) marque un tournant dans

l’internationalisation des courses. Le pedigree de Beauty Parlour est un

melting-pot avec un père japonais, un grand-père paternel américain, une mère

qui a couru en France et une grand-mère meilleure poulinière en Océanie. Le

choix, qui aujourd’hui se révèle judicieux, de présenter des juments à Deep

Impact, n’est pas anodin. Ce cheval, champion dans son pays, où il n’a connu

qu’une fois la défaite, a osé venir courir "l’Arc" en France, face

aux meilleurs européens. Bien que n’étant pas au top de sa forme, c’était le

meilleur cheval de la course et il aurait dû gagner. Il présente aussi un

pedigree maternel ayant réussi en Europe. Sa mère, Wind in her Hair, est une

fille d’Alzao et une descendante d’Highclere, la championne de S.M. la reine

d’Angleterre qui a gagné le Prix de Diane (Gr1). À l’occasion du dernier

Breeder’s Cup, nous avons évoqué le fait que les courses américaines ne

faisaient plus rêver. Le Japon, au contraire, attire de plus en plus. Longtemps

protecteur au niveau hippique, le Japon ouvre de plus en plus de courses aux

chevaux étrangers et les champions japonais, 

au contraire des chevaux américains, viennent se tester face aux

meilleurs chevaux européens (Deep Impact, Heart’s Cry, Nakayama Festa, El

Condor Pasa, Taïki Shuttle, Seeking the Pearl…). Aujourd’hui, la famille

Yoshida (Shadaï Farm), achète de nombreux champions européens pour qu’ils

soient étalons au Japon, mais aussi des grandes championnes européennes qui

seront les mères des champions de demain. Deep Impact montre déjà, avec trois générations

en âge de courir, qu’il réussit comme père au Japon, mais aussi en Europe. Il

apporte une solution nouvelle aux éleveurs – du moins ceux qui ont les moyens

d’envoyer une jument là-bas – et la réussite de Beauty Parlour va certainement

ouvrir la voie. Les étalons américains (qui ont fait leur carrière de course

aux États-Unis) ont de plus en plus de mal à se démarquer en Europe. C’est le

fruit des années de médications sur plusieurs générations. Hier, les États-Unis

représentaient une solution pour les éleveurs cherchant un étalon avec un

courant de sang qui n’existait pas en Europe. Mais le temps de l’Amérique toute

puissante sur la planète hippique va toucher à sa fin et ce pays va se

retrouver fermé sur lui-même, à cause de ses règles en matière de soins qui ne

correspondent pas à la norme européenne et n’arrivent pas à évoluer.

D’ailleurs, de moins en moins de français se tournent vers Keeneland, hormis

dans le but d’y dénicher des pedigrees européens bon marché. La marche du monde

n’attend personne, et les Etats-Unis n’arrivent pas à faire évoluer leurs

règles. Le Japon est en train de prendre le dessus et, demain, il présentera la

meilleure solution alternative aux éleveurs européens, avec des étalons aux

performances et pedigrees reconnus à un niveau international. Pour finir, il

faut préciser trois points. D’abord : le père de Deep Impact, Sunday Silence,

est bien américain. Mais il est né en 1986. Il appartient donc à une époque où

les chevaux américains n’étaient pas ce qu’ils sont devenus. Aujourd’hui, dans

les générations des 3ans au États-Unis, les chevaux cassent et ne durent plus.

La constance s’éloigne, même si cette année est, pour l’instant, l’exception

qui confirme la règle. Les étalons américains de demain, ceux qui courent

aujourd’hui, n’auront plus grand-chose pour eux.

Ensuite,

nous devons être francs et rappeler que Deep Impact a été disqualifié dans

"l’Arc" pour une substance interdite en France, l’Itratropium. Mais

cette substance n’a rien à voir avec celles utilisées à outrance aux États-Unis

et le cas de Deep Impact résultait d’un délai de rémanence qui n’a pas été

respecté. Enfin, on n’a encore jamais vu une délégation d’acheteurs européens

se ruer au Japon, comme ils l’ont fait à Keeneland il y a encore quelque temps.

Pour cela, le Japon devra plus prendre en considération la demande étrangère.

Mais cela ne tardera pas…