Sagawara : une "aga khan" de souche lagardere

Autres informations / 30.05.2012

Sagawara : une "aga khan" de souche lagardere

Grande

pouliche légère et délicate mais non dénuée de classe ni d'influx, Sagawara a

remporté son Prix Saint-Alary (Gr1) en faisant preuve de la détermination qui

caractérisait son père Shamardal et ses grands-parents Giant's Causeway,

Linamix et Saganeca. L'alliance gagnante du savoir faire "Aga Khan"

sur une souche "Lagardère"...Par Thierry Grandsir (DNA Pedigree)

UNE

SEPTIEME ETOILE POUR SHAMARDAL...

Issue de

la troisième saison de monte européenne du champion Shamardal, Sagawara est

devenue le septième gagnant de Gr1 à l'actif de sa production, après Casamento

(Racing Post Trophy), Crackerjack King (Premio Presidente della Republica en

2012), lope de Vega (Poule d'Essai des Poulains, Prix du Jockey Club), Zazou

(Premio Ribot) et les australiens Faint Perfume et Captain Sonador. Nous avons

déjà relaté son histoire dans notre étude de grand pedigree consacrée à

l'étalon Shakespearean, le premier (et le seul) de ses fils ayant intégré notre

parc étalons (JDG #1622 du 03/03/12, téléchargeable sur www.jourdegalop.com et

sur www.dna-pedigree.com). Rappelons simplement que Shamardal est fort bien né

(sa mère est une propre sœur de l'excellent Street Cry), qu'il remporta six

victoires en autant sorties sur gazon (dont quatre Grs1), et qu'il confirme

aujourd'hui qu'il est bien l'un des tous meilleurs étalons d'Europe.

LES 45

FILS DE GIANT'S CAUSEWAY AU HARAS...

En

étudiant le registre d'élevage des haras de S.A. Aga Khan, on constate que

Shamardal fait partie des reproducteurs régulièrement sollicités pour la

jumenterie princière : deux foals en 2009, autant en 2010 et en 2011. Un

soutien également accordé à son père, Giant's Causeway, (trois foals en 2009,

un en 2010), à l'inverse des autres étalons de la lignée mâle de Storm Cat

(seulement deux foals sur 416 naissances en trois saisons). Résultat : les deux

partantes probables de la casaque verte dans le prochain Prix de Diane

devraient être Sagawara, fille de Shamardal et gagnante du Prix Saint-Alary

(Gr.1), et Dalkala, fille de Giant's Causeway et gagnante par quatre longueurs

du Prix Cléopâtre (Gr.3). Elles auront bien entendu pour objectif de devancer l'invaincue

Beauty Parlour, une petite-fille de ... Giant's Causeway ! Ce dernier, qui

compte aujourd'hui la bagatelle de 45 fils stationnés dans différents haras à

travers le monde (les plus âgés n'ont que 10ans !), est clairement en passe

d'établir la branche la plus solide de la lignée de Storm Cat. Cependant, le

sang de Giant's Causeway est trop rare en Europe: seulement huit étalons dont

un seul en France, le précité Shakespearean, stationné au haras de la Hêtraie.

Pour la petite histoire, les succès de la première promotion de Giant's

Causeway, conçue en Irlande avant son transfert aux USA, avaient un temps

incité les managers de Coolmore à le rapatrier vers l'Île d'Emeraude, mais les

règles douanières qui leur imposaient de faire l'avance de la TVA relative à la

valeur (inestimable) du cheval les forcèrent à changer leurs plans, et Giant's

Causeway ne quittera malheureusement pas le Kentucky.

LE

CROISEMENT DE SAGEBURG ET DE LOPE DE VEGA...

Quoi

qu'il en soit, revenons à notre Sagawara : le croisement ayant conduit à sa

conception a peut-être été en partie inspiré du pedigree du brillant Sageburg,

un descendant direct de Storm Cat (via Johannesburg) issu d'une propre soeur de

la mère de Sagawara. Aujourd'hui étalon au haras de la Gastine (ses premiers 2ans

sont en piste cette année et comptent déjà 8 places en 9 sorties !), Sageburg

montra de la qualité à 3ans mais réalisa ses meilleures performances au

printemps suivant, remportant notamment le Prix d'Ispahan (Gr1) devant

l'excellente Darjina. C'était en 2008, saison de la conception de notre jeune

championne et de sa compagne d'écurie Sagariya, inédite à ce jour mais issue de

Shamardal et d'une propre soeur des mères de Sagawara et de Sageburg... Le

croisement était donc réfléchi, et le choix qui consistait à utiliser les

services de Shamardal avec cette famille maternelle était en tout cas fort

avisé, voire prémonitoire,  puisque deux

ans plus tard, un certain Lope de Vega réalisait comme son père Shamardal le

doublé Poule d'Essai des Poulains-Prix du Jockey Club. Rappelons que Lope de

Vega descend en droite ligne de la Mirambule, cinquième mère de Sagawara !

DE 200 $

A 2.000.000 $...

Cette La

Mirambule fut une pouliche d'une classe indéniable: gagnante du Prix Vermeille

et deuxième des 1000 Guineas Stakes (de Zabara), du Prix de Diane (de Seria) et

du Prix de l'Arc de Triomphe (de nuccio) en 1952, elle fut exportée aux USA

cinq ans plus tard, alors pleine du doué mais très difficile Zucchero

(Nasrullah). De cette union naîtra Sucrette, qui ne remporta que 200 $ de gains

en course avant de produire un seul black type, le gagnant du Critérium de

Maison-Laffitte round top, ainsi que la jument Haglette, triple gagnante en

douze sorties à un niveau modeste. Le meilleur produit de Haglette fut Saganeca

(Sagace), dont la musique ne reflète guère la vraie valeur : une seule victoire

en vingt-cinq sorties... Dotée de tenue, d'une très belle pointe et d'un

caractère très lutteur, elle s'adjugea le Prix de Royallieu (Gr2) avec un peu

de chance (le jockey de Wajd s'étant trompé de poteau !) et prit des places

dans le Gran Premio di Milano (deuxième), le Prix Vermeille (quatrième), le

Grand Prix de Saint-Cloud (quatrième) et le Prix de l'Arc de Triomphe

(cinquième). Elle fut acquise par Jean-Luc Lagardère à l'issue de sa carrière

sportive, avant d'être revendue à Keeneland en Novembre 2003 pour la bagatelle

de 2.000.000 $ ! Il faut préciser qu'entre temps, elle avait produit le

champion Sagamix (Linamix), gagnant du Prix de l'Arc de Triomphe (Gr1),

Sagacity (Highest Honor), lauréat du Critérium de Saint-Cloud (Gr1) et étalon

au haras de la Huderie, et Sage et Jolie (Linamix), gagnante du Prix de

Malleret (Gr2)...

LE SANG

DE SAGACE...

Les

origines de Saganeca ne sont guères communes, procédant du croisement entre le

champion classique Sagace et une fille du modeste sprinter Hagley, passé à la

postérité pour avoir engendré la double lauréate du Prix de l'Abbaye de

Longchamp Committed. Sagace fut le meilleur fils de Luthier : cheval très léger

et tardif mais doté d'une classe hors norme, il s'adjugea le Prix Niel à 3ans

en prélude à une figuration modeste dans "l’Arc", remporté par sa

compagne d'écurie All Along. Un an plus tard, les rôles furent inversés, et

Sagace remporta le Prix de l'Arc de Triomphe (Gr1) dans un terrain très lourd,

profitant de l'intelligence d’Yves Saint-Martin qui le fit galoper sur la seule

bande de terrain praticable de la ligne droite de Longchamp, là où la lice

venait d'être démontée... La championne Northern Trick ne put que s'embourber

chaque fois qu'elle cherchât à attaquer son rival ! On connaît la suite, avec

une seconde victoire dans "l’Arc" pour Sagace, platonique celle-là

pour cause de quelques coups de tampon survenus dans la ligne droite durant sa

lutte avec Rainbow Quest, et Sagace entra au haras aux USA, une contrée où ni

son physique ni ses origines ne le prédisposaient à la réussite... Il disparut

de plus très jeune (au cours de sa troisième saisons de monte), ayant produit

rcangues (seul lauréat français d'un Breeders' Cup Classic),

les mères

de Cape Verdi (1.000 Guineas Stakes) et de Sagamix, et la deuxième mère de

Scalo (Preis von Europa). La lignée de Luthier a certainement perdu avec lui sa

seule chance réelle de pérennisation. On notera au passage que la troisième

mère de l'exceptionnelle Golden Lilac, gagnante du Prix d'Ispahan pour sa

rentrée en ce beau dimanche à Longchamp, est une fille de Simply Great, frère

utérin de Sagace... LINAMIX EN PERE DE MERE...

Jean-Luc

Lagardère fut également très inspiré en incorporant largement dans sa

jumenterie des filles de son étalon maison, l'améliorateur Linamix, auquel

Sagawara ressemble d'ailleurs beaucoup. Depuis 2003 inclus, Linamix n'a jamais

terminé plus loin que septième sur la liste des pères de mères en France (il

était troisième l'an passé, juste derrière Danehill et Sadler's Wells !), et

Sagawara lui apporte une huitième mention de Gr.1 dans ce registre après celles

de Blue Bunting (1.000 Guineas Stakes, Irish Oaks, Yorkshire Oaks en 2011),

Clodovil (Poule d'Essai des Poulains), Montmartre (Grand Prix de Paris),

Natagora (1.000 Guineas Stakes), Rosanara (Prix Marcel Boussac), Sageburg (Prix

d'Ispahan) et Valixir (Prix d'Ispahan, Queen Anne Stakes). On constate avec

intérêt que sur ces huit vainqueurs, quatre ont été élevés par la SNC Lagardère

Élevage et deux par S.A. Aga Khan : une belle continuité ! Sagawara est donc le

cinquième produit de Sagalina, une propre soeur de Sagamix et de Sage et Jolie

qui ne sut toutefois se montrer à la hauteur de ses aînés sur les pistes : non

placée lors de ses débuts à la mi-août de ses 3ans puis septième sur dix à

Lyon-Parilly, elle en resta là avant d'entrer au haras, à la faveur de ses

origines prestigieuses. Mais sa carrière de poulinière commença plutôt par

quelques déconvenues... Saga Bella fut son premier produit. Grande pouliche aux

aplombs désastreux et particulièrement électrique (tic de l'ours), cette fille

de Sadler's Wells demeura inédite avant de faire afficher un modeste 12.000 €

aux ventes d'élevage Arqana en décembre 2008. Elle est aujourd'hui poulinière

en Turquie. Elle est suivie par trois mâles dans la production de sa mère, tous

double vainqueurs en tout début de carrière avant de franchement décevoir :

Selagan, un stayer de 6ans par Dalakhani (récent quatrième à Lyon-Parilly mais

qui n'a plus gagné depuis l'automne 2009) ; Saghar, un fils de Red Ransom qui

remporta ses deux premières sorties à 3ans avant d'échouer au niveau Listed

(cinquième et dernier du Prix Ridway), et de courir au Maroc ; Saderann, un

hongre de 4ans par Sinndar aujourd'hui reconverti (sans grand succès) sur les

obstacles. Sagalina est suitée d'une pouliche par azamour, et a rencontré

Elusive City au printemps. On remarquera qu'elle a été croisée à des étalons

aux origines très diverses : de Sadler's Wells lui-même en passant par des

descendants de Mill Reef, Hail to Reason, Danzig, Storm Cat, Night Shift et Mr

Prospector, le panel de croisements, outcross pour la plupart, est donc très

large. Sagawara est elle même outcross à cinq générations, et ne présente

qu'une dizaine de citations de l'Aga Khan Nasrullah en guise de linebreeding

renforcé. Il est d'ailleurs intéressant de constater que les meilleurs éléments

de cette famille (11-d) sont souvent des outcross (c'est-à-dire ne présentant

aucun ascendant commun aux cinq premières générations de leurs pedigrees), tels

La Mirambule ou Sagamix.

SI ELLE

LE VEUT, ELLE LE PEUT...

Avant

l'heure, le clan des verts n'envisageait que deux places possibles pour

Sagawara dans le Prix Saint-Alary : la première ou la dernière place : « Si

elle le veut, elle peut le faire, sinon... ». Munie d'oeillères australiennes,

elle est venue, elle a voulu, et elle a vaincu ! Souhaitons-lui de continuer

sur cette voie, pour l'honneur d'un élevage d'élite qui était sans doute le

seul capable de pérenniser l'œuvre d'un autre très grand éleveur, Monsieur

Jean-Luc Lagardère...