Homeric : « pour ecrire ce dictionnaire, on m’a demande d’etre amoureux et c’est tout ce que j’aime »

Autres informations / 26.06.2012

Homeric : « pour ecrire ce dictionnaire, on m’a demande d’etre amoureux et c’est tout ce que j’aime »

Frédéric

Dion, alias Homeric, publie aux Éditions Plon un nouvel opus : le Dictionnaire

amoureux du Cheval. À chaque lettre, plusieurs entrées, pour enrichir sa

culture hippique, avec, en prime, l’expérience de l’auteur, qui rend ce

Dictionnaire passionnant et passionné.

JOUR DE

GALOP. – COMMENT VOUS ETES-VOUS LANCE DANS L’ECRITURE DU DICTIONNAIRE AMOUREUX

DU CHEVAL ?

Homeric.

– L’histoire du Dictionnaire amoureux du Cheval a commencé en 2000. Jean-Claude

Simoen, éditeur chez Plon, m’avait demandé si je pouvais faire ce Dictionnaire,

mais je n’étais pas emballé. À l’époque, j’avais acheté un mas dans les

Cévennes, où je travaillais beaucoup, notamment sur la création d’un musée du

cheval et l’écriture de romans. Par la suite, j’ai dû vendre mon mas… Cela a

été un déchirement pour moi. Je suis revenu à Paris et j’ai fait une micro

dépression. Je dis "micro" car je suis quelqu’un de résolument

optimisme. J’ai vécu, j’ai voyagé, je préparais un roman qui a six ans de

retard, un grand roman dans le genre Loup Mongol et j’ai voyagé en Afrique et

au Proche-Orient. Tout l’argent qui me restait de la vente de mon mas, je l’ai

dépensé en cadeaux, en amour, en voyages, pour mes enfants… Et je me suis

retrouvé avec les poches vides et un goût de rien parce que revenir sur Paris,

cela a été un choc dépressif. Un choc de vendre mon mas, car c’était un paradis

pour moi. J’en rêvais depuis que j’étais môme, j’avais un lieu magnifique dans

le parc national des Cévennes, c’était extraordinaire. Je n’arrivais plus à

écrire, j’étais comme bloqué. Pour moi, revenir à Paris, c’était un retour en

arrière, comme lorsque je suis arrivé dans la capitale à vingt ans. J’ai

retrouvé une location à Apremont, qui me convenait bien, parfaite. J’étais tout

seul, mais impossible d’écrire, tout ce que j’écrivais était douloureux.

J’avais essayé de changer, d’arrêter de fumer et de manger de la viande. Mais

ce n’était pas moi, je me perdais sans le voir. Je me suis dit qu’il fallait

que je reprenne confiance.

DE

QUELLE FAÇON VOUS ETES-VOUS "REMIS EN SELLE" ?

Pour me

redonner confiance, j’ai refait des piges à Libération, Challenges, j’avais

oublié le Dictionnaire amoureux. Mon roman n’avançait pas. Du coup, je suis

allé revoir Simoen. Je lui ai dit que je voulais faire le Dictionnaire, mais

pas tout seul. Parce que j’aime tous les chevaux, mais je suis surtout amoureux

du pur-sang et je sais que si l’on fait un dictionnaire en se cantonnant au

pur-sang, cela peut faire peur. Mais Jérôme Garcin, auquel j’avais pensé, ne

voulait pas s’occuper de la partie équestre. Au final, j’ai tout écrit, y

compris les entrées sur les sports équestres.

COMMENT

AVEZ-VOUS TRAVAILLE SUR CES PARTIES "AUTRES QUE LES COURSES" ?

Dans le

Dictionnaire, il y a certainement des entrées que j’ai oubliées, comme le

concours complet, que j’adore pourtant. C’est pour cela que j’espère que l’on

pourra agrémenter le Dictionnaire de nouvelles entrées. Il y a par exemple

l’histoire de Chicou. Il était atteint d’une maladie qui lui retournait les

sabots des antérieurs. Un chauffeur de taxi était tombé amoureux de lui et lui

a fabriqué des semelles orthopédiques spéciales. C’est une histoire d’amour

extraordinaire. Je me suis dit : "Qui va acheter ce livre ?" Je

savais que 80 % des cavaliers sont des femmes, qui montent à cheval dès leur

plus jeune âge. Il fallait que ces lectrices trouvent aussi des choses qui les

intéressent…J’ai conscience que la liberté que l’on m’a laissée est une chance.

On m’a demandé d’être amoureux et c’est tout ce que j’aime ! Très vite, je me

suis dit, il va y avoir des oublis, on va me dire "Comment avez-vous fait

pour oublier ce cheval?" Bah, tout simplement parce que j’étais sur un

autre cheval, je n’y ai pas pensé ou je n’ai rien à raconter de plus. Je me

suis dit l’important, c’est le plaisir de l’écriture, de la langue et j’ai eu

le sentiment d’avoir bien travaillé. Je ne voulais pas et je ne pouvais pas

être exhaustif.

POUR LES

CHAPITRES AYANT TRAIT AUX COURSES, AVEZ-VOUS "FOUILLE" DANS VOTRE

MEMOIRE ?

J’ai fait

appel à mes souvenirs, à mes bonheurs, à mes premiers chevaux, Soleil, Typhèle…

Quand la plume est heureuse, c’est plus facile d’écrire. Je me suis servi, pour

la rédaction du Dictionnaire, d’anciens écrits que j’ai remaniés, mais aussi

d’une importante bibliographie. Je n’ai pas forcément utilisé tous ces livres,

mais le fait de les avoir physiquement autour de moi m’a rassuré. J’ai écrit en

faisant confiance à mon inconscient, car je n’ai pas la mémoire d’un cheval… Et

puis, les courses de chevaux, c’est l’amour de ma vie !

DANS VOS

REFERENCES, CITEES EN FIN DE JOURNAL, ON TROUVE JOUR DE GALOP…

Jour de

Galop, c’est presque ma danseuse. Je me tiens au courant grâce à vous. Quand

j’ai déménagé, j’étais à côté de Compiègne et de Chantilly. Je n’allais quasiment

plus aux courses, sauf sur ces deux hippodromes et à Longchamp le jour de

"l’Arc". Jour de Galop, c’était donc une manière de me tenir au

courant. Je le lis tous les jours. Je lis tout, même les résultats à Ajaccio

pour regarder les noms des jockeys parisiens qui sont descendus pour monter !

MEME SI

VOUS ETES AMOUREUX DES PUR-SANG, C’EST UN TROTTEUR QUI VOUS A RENDU CELEBRE :

OURASI. QUELLE EST VOTRE HISTOIRE AUTOUR DU QUADRUPLE LAUREAT DU PRIX

D’AMERIQUE ?

Dans une

vie, on voit beaucoup de chevaux passer, mais Ourasi était un sacré bonhomme.

Comme un ami. Pourquoi ? C’est inexplicable. Comme un Saint Martin en selle.

Ourasi, c’est le bonheur d’une rencontre avec un être unique. J’ai tout de

suite été fasciné par la dimension céleste qu’il dégageait. S’il y avait eu des

chamans chez les chevaux, Ourasi en aurait été un. Il avait une grande violence

en lui, ce n’était pas une peluche. Il faisait que les hommes autour de lui

étaient sous son charme. Il avait vraiment un charisme… J’ai eu peur avec lui. J’ai

une anecdote : je le tenais en longe pour une photo, mais ce ne que l’on ne

m’avait pas dit, c’est que nous étions précisément sur le lieu où il avait

sailli. Du coup, il n’était pas dans son état normal. J’avais l’impression

d’avoir un lion en main. Il était comme ça, Ourasi : si un truc ne lui plaisait

pas, il pouvait foncer dedans. Et là, lors de cette séance photo, je n’avais

pas le droit à la moindre erreur… Ourasi dégageait une énergie folle en

permanence. On suivait ses aventures comme celles d’un super héros. C’est un

cheval qui ne voulait pas être battu, il y a peu de chevaux comme lui. À Aby,

dans le Grand Prix, il est devancé par Sugarcane Hanover. Mais il est conscient

de son rôle, alors il décide de passer devant Sugarcane Hanover. Volontaire et

costaud, il décide de le passer et de s’accrocher. Ça allait tellement vite que

Sugarcane Hanover s’est mis à la faute. À ce niveau-là, il était exceptionnel.

Partout, c’était un personnage. Ce cheval, dès qu’on le voyait, on avait des

frissons partout. Jappeloup, je l’ai moins connu, mais c’est autre chose.

Ourasi, il est comme un pur-sang. Les duels sur les hippodromes, c’est cela qui

m’a fait venir aux courses, car il y a une culture hippique importante. Les

courses d’Ourasi, Zenyatta ou Frankel, c’est digne de L’Odyssée d’Homère.

Pourquoi on vient aux courses, c’est parce qu’on a tous nos rêves de gosse. Les

chevaux vous donnent cette impression que les rêves se réalisent.

CHEZ LES

GALOPEURS, AVEZ-VOUS ETE AUSSI IMPRESSIONNE PAR UN PUR-SANG EN PARTICULIER ?

Mill

Reef m’a impressionné. Il avait un coeur énorme. Ce n’était pas Sea Bird, mais

il avait l’intelligence, la beauté, la vélocité et l’agilité. Frankel aussi m’a

séduit. C’est pour ces grands cracks que l’on suit les courses.

ET EN

OBSTACLE, UN SAUTEUR SE DETACHE DANS VOS SOUVENIRS?

En

obstacle, bien que je ne sois pas un assidu de la discipline, car je n’aime pas

quand les chevaux se fracturent, puisque j’en ai vu souvent à l’entraînement,

j’ai beaucoup apprécié Kario de Sormain. Elle était un peu folle, inconsciente.

La grosse déception, c’est quand elle est tombée à Cheltenham. Elle fonçait

seule devant. Plus jeune, j’allais plus régulièrement à Auteuil et j’aimais

beaucoup me positionner à côté des obstacles, j’étais un pelousard. J’aime aller

voir un cross ou un steeple et me mettre à côté des obstacles. Ça saute, ça

explose, c’est un train qui vous arrive dessus. Il y a une dramaturgie à chaque

obstacle. On entend les oiseaux chanter puis plus rien et le bruit du galop des

chevaux avant leur saut. Et un jockey comme Christophe Pieux me laisse sans

voix. Plus loin dans le temps, j’ai adoré Cacao et Hyères III. Ce sont des

souvenirs d’enfants.

QU’EST-CE

QUE VOUS APPRECIEZ LE PLUS EN ALLANT AUX COURSES ?

Lorsque

je me rends sur un hippodrome, ce qui m’intéresse le plus est le défilé des

chevaux. Je regarde leurs membres, leur allure, la lumière sur leur robe.

Ensuite, je scrute leur visage, l’oeil. Chaque cheval est unique, singulier et

me ravit. Essayer de deviner qui ils sont, c’est passionnant. Ma première

vision des courses, c’était ça, avec Soleil. C’est comme si l’on parlait avec

les anges. Je veux être touché par le cheval. L’autre moment que j’adore, c’est

quand les pur-sang s’élancent sur la piste au canter, avec leur énergie, leurs

yeux qui s’allument. C’est un moment à la fois masculin et féminin. Terrestre

et céleste. Après, je suis frustré : la course ne m’intéresse pas autant, car

elle va souvent au galop de chasse. Cela dit, quand il y a un crack en piste,

j’ai beaucoup de plaisir, avec cette impression de voir un archange, quelque

chose que je ne reverrai jamais. Et dans les années 2000, avec les Sinndar,

Dalakhani, Zarkava, Sea the Stars, nous avons été gâtés.

DANS LE

DICTIONNAIRE, VOUS CONSACREZ EGALEMENT UNE ENTREE AUX COULEURS DES

PROPRIETAIRES QUI VOUS ONT MARQUE…

Enfant,

j’adorais la casaque du baron Guy de Rothschild, celle de Soleil, le vainqueur

du Prix Morny 1965, la première course que j’ai vue. D’ailleurs, lorsque

j’étais enfant, j’allais souvent au haras de Meautry. J’adore ce chapitre de

mon livre où je parle des couleurs. J’ai toujours aimé regarder les casaques,

le tissu, la soie d’Hermès qui épouse le corps des jockeys, lesquels ont

souvent des beaux corps. J’appréciais également la casaque de Jean Stern,

reprise par Jean-Claude Rouget, tout comme celle du comte Léséleuc de Kerouara,

avec sa casaque jaune, manche gris perle, toque jaune. J’aime beaucoup regarder

la robe du cheval par rapport à la casaque. Mais, au fond, j’aimais toutes les

casaques.

LE

QUESTIONNAIRE DE PROUST, VERSION JDG

DU COTE

HIPPIQUE…

La

qualité que vous préférez chez un jockey… Sa main

La

qualité que vous préférez chez un entraîneur… Le silence

La

qualité que vous préférez chez un cheval… Sa joie de vivre

Ce que

vous appréciez le plus dans les courses de chevaux… Le passage dans le rond de

présentation et la lumière des robes, des casaques

Votre

course préférée dans le programme… "L’Arc" et le "Jacques Le

Marois"

Votre

plus forte émotion hippique… À chaque fois que je suis en selle.

Votre

cheval de course préféré… Ourasi et s’il en fallait un autre ce serait Typhèle

car grâce à elle je suis

resté

dans le métier.

Votre

entraîneur préféré… Étienne Pollet et François Mathet. Peut-être plus Pollet

que Mathet d’ailleurs.

Votre

jockey préféré… Yves Saint Martin. L’avoir vu courir, c’est comme avoir vu

Jésus marcher sur les eaux et je l’ai vu.

Votre

nom de cheval préféré… Si j’élevais un cheval, je l’appellerais Parchemin et

son cousin Palimpseste!

Ce que

vous changeriez aux courses… Les vieux cons et les jeunes incompétents

La

casaque que vous préférez… Celle du baron Guy de Rothschild

Votre

livre de référence sur les courses… Connaissance et utilisation du cheval de

courses du docteur Lesafre

Votre

film préféré sur les courses…Belmont de Frédérick Wiseman. C’est un

documentaire qui dure trois heures sur une journée aux courses à Belmont Park.

Votre ou

vos héros dans le monde des courses…Les chevaux eux-mêmes

…ET EN

DEHORS DES COURSES

Le

dernier livre qui vous a enthousiasmé… Le Gambit du cavalier de William

Faulkner

Le

dernier film qui vous a enthousiasmé…Elena de Andreï Zviaguintsev

Le

romancier que vous auriez aimé être… Cormack Mc Carthy

Le livre

que vous auriez aimé écrire… Diadorim de Joao Guimaraes Rosa

L’événement

ou l’époque à laquelle vous auriez aimé vivre… L’événement que j’aurais voulu

vivre, c’est le Grand Prix de Paris de Pharis. Et l’époque, ce sont les années

60, même si je les ai un peu vécues.

Le don

de la nature que vous auriez aimé avoir…L’ultralucidité

La façon

dont vous aimeriez mourir… En me disant: "Putain c’était bon !"

Votre

devise… Toujours croire en l’amour

Votre

état d’esprit actuel… Complètement amoureux

 

LE

DICTIONNAIRE AMOUREUX DU CHEVAL, UN BIJOU POUR TOUS LES PASSIONNES

À chaque

lettre ses définitions. Mais pas de définitions rébarbatives. Le Dictionnaire

amoureux du Cheval nous offre de bons moments de lecture. La patte d’Homeric en

plus. Tout au long des 780 pages et du million de signes que contient le livre,

on prend du plaisir à découvrir chaque entrée, ayant trait aussi bien au galop

qu’au trot, au monde hippique qu’au monde équestre. Les chevaux sont au centre

du Dictionnaire et Homeric dépeint quelques-uns de nos plus grands champions.

Ourasi bien sûr, mais allez France, al Capone II, arazi, Cirrus des aigles,

Goldikova, katko, Mill reef, Zarkava ou Zenyatta ont notamment voix au

chapitre. D’Arazi, l’auteur dit : « Sa manière d’avaler le terrain avait

quelque chose du guépard, poussant très loin en avant ses membres postérieurs.

» Et sur Goldikova, il commence ainsi son entrée : « Petit oeil espiègle,

souligné d’un trait de fard, minois canaille plein de caractère, telle était

Goldikova. » Deux exemples parmi tant d’autres qui mettent en avant le style

d’Homeric, qui ne se contente pas de décrire la carrière d’un cheval au travers

de son palmarès. Avec ces quelques phrases, on peut fermer les yeux et voir le

cheval devant nous, avec toutes ses caractéristiques physiques et mentales. Un

régal ! Autour des chevaux, il y a des hommes aussi. Son Altesse Aga Khan,

Lanfranco Dettori, Olivier Peslier, Yves Saint Martin, Christophe Soumillon,

Julie Krone ou encore André Fabre ont chacun leurs entrées, toujours dans cette

écriture qui rend le Dictionnaire accessible à tout le monde, y compris aux

néophytes, et passionnera les plus érudits des sportsmen. Les hippodromes, les

termes techniques autour du cheval, des courses et les lieux de vie hippique

comme Deauville sont aussi décrits dans le Dictionnaire. De la cité balnéaire

normande, dans laquelle il a grandi, Homeric dit : « La station balnéaire est

pour moi synonyme des premières fois. Vision de mes premiers chevaux, première

mise en selle, première journée aux courses, premier galop sur la plage,

premier haras, première amitié, premier baiser, premier bordel et dépucelage !

» Apportant à chaque entrée une partie de son expérience, Homeric, sans la

prétention d’être exhaustif, nous offre un Dictionnaire qui va devenir une

référence.