Une reforme desastreuse et destructrice pour l’avenir de l’elevage français

Autres informations / 30.06.2012

Une reforme desastreuse et destructrice pour l’avenir de l’elevage français

PAR MARC

DE CHAMBURE, ELEVEUR, PROPRIETAIRE ET VICE-PRESIDENT D’ARQANA, EN CHARGE DU

DEVELOPPEMENT INTERNATIONAL

On peut

se poser les mêmes questions éternellement : pourquoi réformer un système qui

donne plutôt satisfaction depuis de nombreuses années ? Le conseil

d’administration de France Galop, par l’intermédiaire de son Président,

souhaite revitaliser l’étalonnage en France. Globalement, le monde de l’élevage

ne peut que se féliciter de cette volonté affirmée haut et fort.

Malheureusement, lorsque je lis et relis le communiqué qui nous est délivré par

voie de presse, je ne peux afficher qu’un grand scepticisme. Ces mesures me

semblent, dans leur ensemble, contre-productives et pour le moins, pour

certaines, extrêmement difficiles à mettre en oeuvre. Qui peut raisonnablement

penser que la prime à deux vitesses va améliorer le parc d’étalons français ?

Ce ne sont pas les 5 % de différentiel qui vont changer les croisements des

éleveurs. Ce n’est pas ce différentiel qui va faire revenir le moindre étalon

de qualité sur notre sol. En revanche, ce signal me semble très négatif en

termes d’image et d’avenir. France Galop semble ignorer que les courses et

l’élevage sont aujourd’hui une industrie mondiale, on ne peut plus raisonner

d’une manière tronquée, c’est justement en récompensant les éleveurs qui veulent

investir et élever leur niveau que l’on réussira à recréer une dynamique et non

pas en les pénalisant. En termes d’image, cette mesure ne pourra être

interprétée que comme un protectionnisme accru. Notre système de primes, envié

par nos concurrents, en sort affaibli au regard de la législation européenne et

pourra être attaqué à Bruxelles comme une mesure discriminatoire et

anticoncurrentielle. À vouloir trop gagner, on risque tout simplement de tout

perdre. Sans parler des étalonniers étrangers qui sponsorisent de nombreuses

courses dans le but de vendre des saillies aux éleveurs français, quel intérêt

auront-ils à défendre un système qui va à l’encontre de leur stratégie

marketing ? Quel éleveur peut cautionner un système qui va lui faire perdre

globalement 28 % de primes à l’éleveur sur les non-conçus (projections sur les

chiffres 2010, source France Galop) alors que l’étalon de qualité équivalente

n’existe pas encore sur le territoire français ? Alors, pourquoi cette réforme

? Je me pose encore la question. Pour le bien commun, nous dit-on… Il me semble

que le Syndicat des éleveurs était totalement contre l’idée d’instituer une

prime à deux vitesses sur la base des conçus/non-conçus puisque cette idée a

toujours été rejetée par son comité. Le Syndicat des éleveurs ne

représente-t-il pas le plus grand nombre ? J’admire la cohésion du Conseil

d’administration de France Galop, qui veut nous faire prendre des vessies pour

des lanternes, mais, franchement, on est en droit de se demander pourquoi une

réforme d’une telle importance a été votée dans la précipitation, sans réel

débat avec les acteurs professionnels et sans même prendre l’avis du comité de

France Galop. Était-il urgent d’adopter une décision dans ces conditions le 25

juin, pour une mesure qui n’entrera en application que le 1er janvier 2013 ?

Les esprits chagrins et malins qui ne manquent pas dans notre Institution

seront peut-être en droit de se demander si cette "réformette" qui

n’atteindra jamais le but escompté n’est pas le fruit d’accords d’opportunité

pré-électoraux passés entre quelques organisations syndicales protectionnistes

et le nouveau Président de France Galop ? Si tel est le cas, cela nous présage

des jours bien sombres. Il est temps que les socioprofessionnels prennent leur

destin en main et ne soient plus ballottés au gré des aspirations de certains.

Il nous faut nous mobiliser en arrêtant d’opposer petits et gros éleveurs :

ensemble, unissons-nous pour nous faire entendre et faire gagner l’élevage

français !