Valyra : fruit d'une strategie conquerante ! par thierry grandsir (dna pedigree)

Autres informations / 19.06.2012

Valyra : fruit d'une strategie conquerante ! par thierry grandsir (dna pedigree)

S.A. Aga

Khan, le 17 juin 2012 : « Le courant de sang mâle de Valyra est estampillé

"Aga Khan" et le côté maternel provient d’une souche Lagardère. Il

faut savoir gérer et intégrer les courants de sang. Le mélange des familles

Lagardère et Aga Khan continue de gagner et de faire des bons chevaux. »

La

déclaration empreinte de lucidité et de modestie de l'heureux éleveur de la

classique Valyra est simple et claire. Pour maintenir au sommet un élevage

aussi prestigieux et important que le sien, il faut savoir mettre en place des

lignes directrices réfléchies, raisonnables et raisonnées, et les appliquer au

jour le jour via des équipes dynamiques et compétentes à tous les niveaux.

Maîtriser le hasard génétique, pour récolter sept victoires en vingt ans dans

le Prix de Diane... D'évidence, la stratégie gagnante passe par le bon choix

des reproducteurs : pour S.A. Aga Khan, elle repose sur un partage équilibré

entre l'utilisation des étalons "maison", à savoir Azamour,

Dalakhani, Sea the Stars, Sinndar et Siyouni, et l'ouverture à d'autres sangs,

extérieurs, destinés à enrichir l'élevage. Parmi ces sangs venus d'ailleurs

figura Night Shift, un fils de Northern Dancer de petite taille mais de grande

souche canadienne dont la carrière, modeste, fut sans doute contrariée par les

deux opérations chirurgicales qu'il dût subir à un genou à l'âge de 2ans. Night

Shift a produit huit gagnants de Gr1 dans notre hémisphère, dont deux pour la

casaque verte à épaulettes rouges : Daryaba, lauréate du Prix de Diane (Gr1) en

1999, et Azamour, père de Valyra. Grâce à cette dernière, Night Shift boucle

d'ailleurs son printemps classique en apothéose, étant aussi le grand-père du

jeune Turtle Bowl, à l'honneur via ses fils Lucayan (Poule d'Essai des

Poulains) et French Fifteen (deuxième des 2.000 Guineas Stakes). Rappelons que

le parc étalons français compte un de ses fils dans ses rangs, à savoir

Deportivo, stationné au haras des Faunes.

AZAMOUR,

ESTAMPILLE "AGA KHAN"...

Dans les

élevages de S.A. Aga Khan, les étalons "maisons" reçoivent le soutien

raisonné qui leur est dû, sans tenir comptes des "modes" du marché ni

risquer de surcharger la jumenterie de sangs dont l'influence pourrait, à terme,  s'avérer négative. Un savant dosage... Le

soutien accordé à Azamour est clair : sept foals en 2008, huit en 2009 (dont

Valyra), onze en 2010 et six en 2011, année durant laquelle il honora dix-sept

juments princières, signe de la confiance grandissante qui lui est accordée !

Pourtant, cette confiance n'était pas une franche évidence. Certes, Azamour

avait produit cinq gagnants de Groupes lors de sa saison inaugurale (génération

née en 2007) et huit lauréats de Stakes l'année suivante, mais encore aucun

gagnant de Gr1 en plat. Rappelons qu'il est issu d'une soeur utérine

d'Astarabad (Prix Ganay), l'un de nos meilleurs étalons d'obstacle (en station

au haras de la Croix Sonnet), spécialité dans laquelle Azamour se distingua en

engendrant le sauteur classique Zarkandar (gagnant du Aintree Anniversary 4

Years Old Novices' Hurdle et du Cheltenham Triumph Hurdle, Gr1, l'an passé).

Mais ce frère utérin de l'exceptionnelle Zarkava était initialement appelé à

d'autres destinées et Valyra est aujourd'hui l'étoile qui vient à temps pour

relancer la carrière de reproducteur de son père ! Grand cheval (1,68 m), doté

de beaucoup de classe et d'un modèle absolument magnifique, "l'Aga

Khan" Azamour fut sans conteste le meilleur fils de son père en courses :

six victoires, jamais plus loin que cinquième en douze sorties, il demeura

invaincu en deux apparitions à 2ans dont les Beresford Stakes (Gr2) en Irlande

puis affronta l'élite de sa génération sur le mile, se classant troisième de

Haafhd dans les 2.000 Guineas Stakes (Gr1) et deuxième de Bachelor Duke dans

les Irish 2.000 Guineas (Gr1) avant de s'adjuger les St James's Palace Stakes

(Gr.1) devant Diamond Green et Antonius Pius. Rallongé sur 2.000m, il remporta

encore les Irish Champion Stakes (Gr1) et se plaça troisième des Champion

Stakes (Gr1) de Haafhd en fin d'année de trois ans. Après une rentrée moyenne

dans le Tattersalls Gold Cup (Gr1, quatrième), Azamour remporta les Prince of

Wales's Stakes (Gr1) sur 2.000m à 4ans, puis triompha sur les 2.400m des King

George VI & Queen Elizabeth II Stakes (Gr1) devant Norse Dancer et Bago,

performance qui lui valut le titre de champion des chevaux d'âge outre-Manche.

Sa dernière sortie eut pour cadre le Breeders' Cup Turf (Gr1), troisième de

Shirocco.

SAVOIR

GERER ET INTEGRER LES COURANTS DE SANG...

L'intégration

du sang de Night Shift aura donc été un succès pour l'éleveur de Valyra, tout

comme celle de la jumenterie Lagardère, déjà évoquée à l'occasion de la

victoire de Sagawara dans le Prix Saint-Alary (Gr1). Le croisement entre

Azamour et une fille de Linamix, alliance des meilleurs sangs Aga Khan et

Lagardère, était donc "inévitable", mais la réussite de cette formule

dépassa toute attente : trois foals en âge de courir, trois chevaux de Groupe !

Outre la classique Valyra, cette combinaison génétique est à l'origine du bon

Colombian, quatrième du Prix du Jockey Club (Gr1) de Reliable Man puis

vainqueur du Grand Prix du Nord (L) et des Gordon Richards Stakes (Gr3) en

2011, et de Mandistana, récente troisième du Prix de Royaumont (Gr3). Un score

parfait (100 %) pour un étalon Aga Khan et trois poulinières de pure souche

Lagardère ! Valima, mère de notre championne, est le fruit du croisement entre

l'exceptionnel Linamix et une fille du doué mais fragile Always Fair, elle-même

fille de l'athlétique Bikala, trois étalons du haras d'Ouilly. Très bien née,

elle n'est autre qu'une propre soeur de Vadlawys (Prix Hocquart, Gr2) et de

Vadlamixa (gagnante de Listed), mère de Valixir (Prix d'Ispahan, Queen Anne

Stakes) et grand-mère de Vadawina (Prix Saint-Alary), génitrice de Vadamar

(Prix du Conseil de Paris, récent troisième du Gran Premio di Milano). Elle est

de plus une soeur utérine du brillant Val Royal (Breeders' Cup Mile) et de

Grand Vadla (double gagnante de Listed), et son pedigree n'est pas sans

rappeler celui du miler classique Vahorimix, par Linamix et une fille de Vadsa,

dont on se souvient des victoires heureuses (acquises sur le tapis vert) dans

la Poule d'Essai des Poulains et le Prix Jacques Le Marois (Grs1), et de sa malheureuse

déconvenue au haras, où il se révéla stérile. À l'instar de ce dernier, Valima

fit preuve de vitesse et de talent sur les pistes, mais elle ne courut que

trois fois (fragilité héritée de Always Fair ?) pour remporter le Prix

Barquette à 2ans et le Prix Imprudence (L, aujourd'hui Gr3) à 3ans, concluant

sa carrière par une cinquième place dans le Prix de la Grotte (Gr3), à six

longueurs de la championne Divine Proportions. Elle est aujourd'hui en passe de

devenir l'une des matrones phares de l'élevage Aga Khan, ses trois premiers

produits étant tous gagnants de Stakes !

DEUX

PARTANTES DANS LE "DIANE" POUR VALIMA...

À

commencer par son premier produit, Valasyra (2007, Sinndar), qui prit part au

Prix de Diane (Gr1) en se dévouant à la cause de ses compagnes d'écurie

Sarafina et Rosanara, lesquelles prirent les deux premières places de

l'épreuve. On comprit plus tard qu'elles avaient disposé d'un leader de luxe

(ce qui ne fut pas le cas de Beauty Parlour cette année), lorsque Valasyra prit

deux places de Listed en courant pour son propre compte, avant de remporter le

Prix de Flore (Gr3) devant Board Meeting, La Boum et Rosanara... Victoire

platonique, dont elle fut dépossédée suite à un test positif à la

bétaméthasone, traces d'un traitement curatif dont la rémanence dépassa la

durée de vie habituelle dans son organisme. Une affaire qui nous rappelle qu'il

serait parfois judicieux de privilégier l'esprit à la règle... Quoi qu'il en

soit, Valasyra a intégré la jumenterie de son éleveur et a été saillie au

printemps par Sea the Stars, dans l'espoir d'une revanche via sa production !

Après ces débuts encourageants, Valima a produit le mâle Valiyr (2008,

Alhaarth), lauréat d'un famélique Prix Matchem (L, seulement trois partants)

avant de se placer deuxième du Prix Daphnis (Gr3) à une encolure de son

compagnon de couleurs Ziyarid. Valyra vient ensuite, suivie par Valirann, un

mâle de 2ans par Nayef à l'entraînement chez Alain de Royer Dupré, et par une

pouliche foal de Sea the Stars.

UNE

VIEILLE SOUCHE CLASSIQUE FRANÇAISE

Implantée

en France en toute fin du XIXe siècle, la famille de Valyra (20-d) marqua de

son empreinte le Derby français des pouliches : la dixième mère de notre

championne, une certaine Congressiste (1902 - cypriote), réalisa l'exploit,

unique dans l'histoire, de produire deux gagnantes consécutives du Prix de

Diane avec Fairy Legend en 1927 et Mary Legend en 1928 ! Notons que la première

nommée eut l'heur d'engendrer une certaine Féerie, gagnante du Prix de Diane en

1938 ! En fait, les dix premières mères de Valyra ont toutes produit des

performers black type, preuve de l'exceptionnelle vivacité de cette famille :

en France, puis en Argentine où la souche transita durant trois générations

pour y produire de nombreux classiques locaux, et enfin aux USA où, fort avisé,

Jean-Luc Lagardère procéda à l'acquisition de Vadsa, une fille de Halo (aïeul

direct de Beauty Parlour), issue d'une soeur utérine de Sisterhood, gagnante des

Santa Barbara Stakes (Gr1). Après s'être placée au niveau Listed, Vadsa lui

donna quatorze foals dont douze vainqueurs... On connaît la suite !

L'ESPOIR

EST DANS LE PRE... VERT !

L'élevage

Aga Khan compte aujourd'hui dans ses pâtures trois jeunes pousses par Azamour

et des filles de Linamix : deux foals, et une yearling baie qui a la

particularité d'être issue du père de Valyra et d'une propre soeur de la mère

de Sagawara, les deux gagnantes de Gr1 du printemps classique pour les verts.

Une jolie synthèse, qui pourrait bien devenir le sujet d'un de mes prochains

papiers, en 2014 !