Since 1857 par guy thibault, historien des courses

Autres informations / 12.07.2012

Since 1857 par guy thibault, historien des courses

L’expression

"since…" est un slogan souvent utilisé par Britanniques pour attirer

l’attention des consommateurs sur le sérieux d’un produit du fait de son

ancienneté. Sous ce titre, aujourd’hui, le "since" s’applique au plus

ancien des trois hippodromes parisiens, Longchamp. Ayant ouvert ses portes le

26 avril 1857, l’hippodrome du bois de Boulogne est aussi le plus ancien

terrain de sport de la capitale et de sa banlieue, créé bien avant la

"Cipale" de Vincennes (1894), le Parc des Princes (1897), le stade de

Colombes (1907) et Roland Garros (1928). Rien n’étant plus comme avant,

Longchamp doit trouver une solution à un problème crucial. Aujourd’hui, il est

obligé, dans son enceinte actuelle, d’accueillir à la fois un squelettique

public quotidien et la foule internationale du week-end de l’Arc de Triomphe.

C’est à cette situation, que l’on peut qualifier de grotesque, que les

responsables de France Galop doivent trouver une issue satisfaisante pour tous

les amateurs désirant assister à leur sport préféré in situ. À leur intention,

ils trouveront ici un résumé des transformations qu’ont subies les tribunes

depuis leur création, ainsi que les dates repères de l’histoire de

l’hippodrome. Le Longchamp actuel n’est que la troisième version du Longchamp

originel. Après quarante-sept ans de bons et loyaux services, les tribunes en

bois datant de 1857, furent remplacées durant l’intersaison 1903-1904 par de

spacieuses tribunes en pierre inaugurées le 22 mars 1904. Et ce n’est que

soixante-trois ans plus tard, en 1967, que le public a pu bénéficier

d’installations modernes, celles en activité aujourd’hui. Quand Marcel Boussac

était devenu président de la Société d’encouragement en 1960, lui était apparue

immédiatement la nécessité de la rénovation de Longchamp alors qu’Ascot et le

Curragh avaient modernisé leurs installations, sans parler de l’Amérique latine

et des États-Unis disposant d’hippodromes récents. Avec son directeur général,

Jean Romanet, la décision fut prise dès le 5 décembre 1961, suivie de

l’exécution des travaux s’échelonnant de novembre 1962 à mars 1967. Coût des

travaux : 104.363.125 francs de l’époque, moins qu’il n’en faudra à la Société

des steeples pour rénover Auteuil en dix-huit ans (tranche par tranche de 1967

à 1985) au prix de 169.536.175 francs. À Longchamp, devenu monument

impressionnant, seulement quatre ans et demi de travaux, et aucune interruption

dans le programme des réunions. C’est ce monument surdimensionné pour le public

actuel –sauf à l’occasion du week-end de "l’Arc de Triomphe" – qui

est remis en question aujourd’hui. Âgé de quarante-cinq ans, il semble dépassé

en regard de Newmarket et d’Ascot, qui ont subi de sérieux

"liftings", et surtout en face des nouveaux hippodromes créés au

Moyen-Orient et en Asie. Le théâtre des courses, l’hippodrome, implanté

principalement dans un site de verdure, ne peut plus être sous-exploité. Ses

installations, sommeillant quelque 320 jours par an, doivent être partagées

avec d’autres activités et recueillir d’autres événements. Seule sa piste doit

appartenir exclusivement aux chevaux. Pour Longchamp, le plus ancien terrain de

sport de la capitale, sa piste ouverte en 1857 devrait être inscrite à

l’inventaire des monuments historiques, alors que ses installations nécessitent

une profonde transformation à géométrie variable. À ce sujet, il semble

opportun de rappeler un souhait émis à l’occasion du centenaire de l’hippodrome

par Jacques de Lacretelle, de l’Académie française, dans Courses & Élevage

(n° 14, octobre 1957) : « Ce que Longchamp a de mieux, c’est qu’il se rénove

sans cesse tout en restant semblable à l’ancien hippodrome d’il y a cent ans.

Les améliorations techniques sont venues sans heurt ni faute architecturale

s’introduire dans le cadre d’autrefois. On souhaite qu’il en soit toujours de

même. Utiliser le progrès sans abolir le charme des vieilles résidences, voilà,

n’est-ce pas, ce que cherchent tous les maîtres de maison en France. Ceux de

Longchamp l’ont compris. »

LES

DATES REPERES DE LONGCHAMP.

1852 30

avril. Le comité de la Société d’encouragement autorise « une démarche au

préfet de la Seine, pour lui demander de comprendre dans les projets

d’embellissement du bois de Boulogne l’établissement d’un terrain de courses

que la mauvaise nature du Champ de Mars rend très désirable. »

1854

24-29 août. Décret impérial déclarant d’utilité publique l’acquisition des

propriétés (comprises entre le mur du Bois et la Seine, en amont du pont de

Suresnes) et « l’établissement dans la plaine de Longchamp, commune de

Boulogne, près Paris, d’un hippodrome affecté aux courses publiques de chevaux.

»

1856 2

avril. Le comité de la Société d’Encouragement, ne disposant pas des fonds

nécessaires à la construction des tribunes, autorise un emprunt de 300.000

francs auprès de quinze de ses membres (groupés au sein d’une société civile) à

raison de 5 % d’intérêt avec faculté d’amortir en vingt ans par annuités.

1856 17

décembre. Décret impérial approuvant le bail établi par la ville de Paris

concédant à la Société d’encouragement « pour cinquante années consécutives,

commençant le 1er juillet 1856 et finissant le 30 juin 1906, l’hippodrome de

Longchamp, dépendant du bois de Boulogne et comprenant soixante hectares

environ. »

1857 26

avril. Ouverture de l’hippodrome en présence de tous les hauts personnages de

l’Empire à l’exception du premier, l’Empereur, retenu aux Tuileries par les

devoirs de sa charge. Éclaireur, vainqueur de la première course, appartient à

Auguste Lupin.

1857 3

mai. Napoléon III assiste à la réunion en compagnie du grand-duc Constantin.

1862 4

avril. L’empereur Napoléon III passe en revue, sur le terrain des courses de

Longchamp, une division de cavalerie.

1863 31

mai. Première édition du Grand Prix de Paris (3.000 mètres) ; vainqueur, le

cheval anglais The Ranger.

1865 11

juin. Devant une foule estimée à 150.000 personnes, le Grand Prix de Paris est

gagné par le cheval français Gladiateur, vainqueur le 31 mai du Derby à Epsom.

1867 6

juin. À l’occasion de l’Exposition Universelle, revue historique qui voit

défiler sur la pelouse 60.000 hommes de troupe et caracoler côte à côte

l’empereur Napoléon III, le tsar de Russie Alexandre II et l’empereur

d’Allemagne Guillaume 1er.

1870 12

juin. Après la réunion du Grand Prix de Paris, la guerre est déclarée le 19

juillet et on ne recourt plus sur l’hippodrome qui est dévasté après la

capitulation du 2 septembre et les journées de la Commune qui prennent fin le

28 mai 1871.

1871 Du

17 septembre au 8 octobre, quatre réunions sont données sur l’hippodrome

rapidement remis en état.

1873 13

juillet. À la demande du gouvernement, une réunion extraordinaire est donnée en

l’honneur de la visite du Shah de Perse avec six courses, la plus importante étant

le Prix d’Ispahan.

1880

Année où la journée du 14 juillet est retenue comme date de la Fête Nationale.

La revue militaire à Longchamp devient une tradition jusqu’en 1923. Près de

100.000 Parisiens viennent chaque année applaudir l’armée française.

1886. 14

juillet. Le général Boulanger déchaîne l’enthousiasme populaire quand il défile

à la tête de son état major.

1893 8

octobre. Création à Longchamp du Prix du Conseil Municipal, course

internationale pour 3ans et au-dessus avec surcharges et décharges.

1898 9

octobre. Le jockey américain Tod Sloan est l’objet des railleries du public et

de la presse en montant étriers courts et le corps penché. Peu après, cette

monte américaine se généralisera en Europe.

1903 2

mai. Réunion extraordinaire donnée en l’honneur du roi d’Angleterre Édouard

VII. Les cinq courses portent les noms de chevaux royaux.

1903 7

juin. Les trois premières places du Grand Prix de Paris reviennent à Quo Vadis,

Caius et Vinicius portant tous trois les couleurs d’Edmond Blanc.

1904 27

mars. Inauguration de spacieuses tribunes en pierre remplaçant les tribunes en

bois datant de 1857.

1906 14

octobre. Mécontents d’un départ, des parieurs brisent les barrières et mettent

le feu aux baraques du pari mutuel sur la pelouse.

1908 13

juin. Inauguration d’une piste de 1.400 mètres, dite "nouvelle

piste", épousant la forme d’une ligne brisée avec départ à la porte de

Boulogne.

1911

Dix-huit victoires acquises à Longchamp sur un total de 41, tel est le nouveau

record établi par Moulins la Marche qui améliore celui de La Camargo (17 succès

au bois de Boulogne pour un total de 25). Aucun cheval ne fera mieux.

1914 28

juin. Victoire de Sardanapale dans le Grand Prix de Paris. Dernière réunion

avant la guerre déclarée le 3 août ; l’hippodrome est réquisitionné pour

parquer des bestiaux et des ambulances.

1919 8

mai. Réouverture de l’hippodrome.

1920 3

octobre. Première édition du Prix de l’Arc de Triomphe. Vainqueur, Comrade.

1922 2

avril. Généralisation de l’enregistrement de la durée des courses – avec temps

partiels – grâce à l’installation d’un chronomètre électro mécanique.

1926 27

juin. Pour le Grand Prix de Paris, Longchamp accueille 166.635 spectateurs

payants. Record de France pour un hippodrome et pour un stade.

1927 3

avril. Utilisation d’une machine pour donner les départs nommée starting-gate.

1928 28

mars. Mise en service d’un "totalisateur automatique électrique" pour

lutter contre la lenteur de la distribution des tickets et des calculs de la

répartition des gains.

1933

Entre le 17 avril et le 29 octobre, 12 courses bénéficient du parrainage de

sept firmes commerciales différentes.  Le

résultat obtenu étant décevant, l’opération ne sera pas renouvelée.

1934 30

juin. Courses nocturnes au bois de Boulogne. Fastueuses et populaires, ces

"Nuits de Longchamp" auront lieu six fois de 1934 à 1939.

1936 13

septembre. La statue de Gladiateur (offerte par Georges Halphen), qui se

trouvait jusqu’alors à proximité des écuries, est installée sur la pelouse

située entre la grille d’honneur et la tribune présidentielle.

1939 1er

juillet. Après la réunion donnée en nocturne, fermeture de l’hippodrome, la

Seconde Guerre mondiale étant déclarée le 3 septembre.

1940 Du

16 mars au 5 mai, 16 réunions sont données sur l’hippodrome.

1941

Réouverture de l’hippodrome qui voit, du 20 avril au 5 octobre, Le Pacha

remporter sept victoires pour sept courses dont le "Jockey Club", le

Grand Prix de Paris et "l’Arc de Triomphe".

1943 Le

4 avril, jour de la réouverture, Longchamp est bombardé par l’aviation

anglaise, visant les usines Renault de Billancourt. L’hippodrome ferme ses

portes, ses réunions étant transférées au Tremblay et à Maisons-Laffitte.

1944 Du

13 juillet au 11 août, l’hippodrome offre quatre réunions.

1945 20

mai. Réouverture de l’hippodrome.

1948 16

mai, journée des Poules d’Essai. Présence de l’héritière du trône britannique,

la princesse Elizabeth, accompagnée de son époux le duc d’Edimbourg.

1949 9

octobre. Vingt-huit partants dans "l’Arc de Triomphe" doté de 25

millions de francs au premier, record pour l’Europe. Vainqueur, la pouliche

Coronation qui procure sa sixième victoire dans l’épreuve aux couleurs de

Marcel Boussac, un record toujours debout.

1951 24

juin. Renouant avec une tradition d’avant-guerre, le président de la

République, Vincent Auriol, assiste au Grand Prix de Paris gagné par Sicambre.

1955 26

juin. René Coty, Président de la République, assiste au Grand Prix de Paris

gagné par Phil Drake.

1957 6

octobre. Pour marquer le centenaire de l’hippodrome, sont créées deux épreuves

majeures, le Prix de l’Abbaye de Longchamp (1.000 mètres) et le Prix du Moulin

de Longchamp (1.600 mètres).

1959 2

septembre. Mise en service du film contrôle destiné aux commissaires.

1960 26

juin. Le général de Gaulle, président de la République, assiste au Grand Prix

de Paris gagné par Charlottesville.

1962-1963

Durant l’hiver, construction d’un tunnel routier pour relier sous la piste la

porte de la Cascade au parc aux voitures de la pelouse.

1967 2

avril. Ouverture d’un tunnel pour piétons reliant la pelouse au pesage. Le

public apprécie les nouvelles tribunes de l’hippodrome remplaçant celles

édifiées en 1904. Seule conservée, la tribune du pavillon qui restera

inoccupée. Les travaux de rénovation avaient commencé en novembre 1962.

1971 3

octobre. Georges Pompidou, président de la République, remet une paire de

rafraîchissoirs en vermeil à Mme et M. Paul Mellon, propriétaires de Mill Reef,

vainqueur de "l’Arc de Triomphe".

972 18

mai. Au cours d’un voyage officiel qu’elle effectue en France, la reine

Elizabeth II passe l’après midi à Longchamp où l’accueille le président Marcel

Boussac.

1975 5

octobre. Nouveau président de la République, Valéry Giscard d’Estaing assiste

au Prix de l’Arc de Triomphe gagné par l’outsider Star Appeal.

1977 2

octobre. Le président de la République Valéry Giscard d’Estaing est témoin de

la première victoire de l’irlandais Alleged dans le Prix de l’Arc de Triomphe.

1979 7

octobre. Pour la troisième fois, Valéry Giscard d’Estaing, président de la

République, assiste à "l’Arc de Triomphe" et félicite la famille

Head, artisan de la victoire de Three Troikas.

1987 28

juin. La distance du Grand Prix de Paris est réduite de 3.000 à 2.000 mètres.

Son vainqueur est l’anglais Risk Me.

1987 4

octobre. François Mitterrand, président de la République, assiste à la victoire

de Trempolino dans le Prix de l’Arc de Triomphe.

1990 7

octobre. Seconde visite de François Mitterrand au Prix de l’Arc de Triomphe

gagné par Saumarez. Depuis lors, aucun président de la République n’a plus

assisté à la grande course de Longchamp. 

1996

L’hippodrome accueille une statue de Suave Dancer, vainqueur de "l’Arc de

Triomphe" 1991, offerte par son propriétaire Henri Chalhoub.

1997 24

août. À l’occasion des XIIe Journées Mondiales de la Jeunesse, l’hippodrome est

transformé en cathédrale de plein air pour accueillir 800.000 fidèles venus

assister à la messe célébrée par le pape Jean-Paul II.

2002 6

octobre. Bertrand Delanoé, Maire de Paris, assiste aux côtés de Jean-Luc

Lagardère, Président de France Galop, au Prix de l’Arc de Triomphe gagné par

Marienbard. Entrevue avec un sujet capital, la reconduction des baux des deux

hippodromes du bois de Boulogne, Auteuil et Longchamp.

2005 14

juillet. Nouveauté, le Grand Prix de Paris se dispute le jour de la Fête

Nationale et sa distance est portée de 2.000 à 2.400 mètres. Son vainqueur est

l’irlandais Scorpion.