Litterature :a quoi jouent les hommes, un livre de christophe donner*

Autres informations / 14.09.2012

Litterature :a quoi jouent les hommes, un livre de christophe donner*

 

Une

chronique de Dominique Léger, observateur amateur (on disait sportman…) et

commissaire des courses« J'apprécie Christophe Donner pour trois raisons: son

talent narratif, sa désinvolture et une passion commune pour les courses de

chevaux, lui côté jeu et moi côté sport et élevage. Sa désinvolture le pousse à

écrire de petites choses, jubilatoires mais petites, telles par exemple

L'Influence de l'argent sur les histoires d'amour ou 20.000 € sur Ségo, livres

qui confrontent la fréquentation des courtines aux avatars du quotidien. Voici

qu'il se prend d'ambition (et non au sérieux) en entreprenant une fresque sur

le pari hippique dont le développement va de pair avec celui des courses depuis

la Restauration, un siècle après nos voisins britanniques. Adviennent les

premières épreuves, l'invention du pari "mutuel" (vs le pari à cote

fixe, apanage des bookmakers anglais), la confrontation des premiers cracks

français aux champions d'outre-Manche, les démêlés de la presse hippique au

moment où s'invente la liberté de la presse, le bras de fer entre deux

entrepreneurs qui se disputent le monopole de l'organisation du mutuel avant de

s'entendre sur un duopole sous le contrôle de l’État (création du PMU). Le tout

mêlé à la grande Histoire d'un XIXe siècle mutant : qui sortira vainqueur du

peloton des royalistes, des modérés, des socialistes ? Nez à l'arrivée en

faveur de la République, troisième du nom ! La France des hippodromes – « En

1850 on compte déjà cinquante hippodromes; autant que de compagnies de chemin

de fer. Cinquante ans plus tard, on en comptera deux cents ; autant que de

sortes de fromages » –, échantillonne la nation : le pesage est aux blancs, la

pelouse aux rouges, mais dans la communion du turf, Rothschild fraternise avec

Mimile. Qui n'est pas en reste d'une boutade de titi parisien: « Les courses,

c'est un aller simple et un retour compliqué. » Donner pimente le plat de son

expérience de turfiste. Il semblerait qu'il ait vu (qu'il voie ?) la tête du

caissier plus souvent que la moyenne de ses frères en addiction. On retrouve

dans ce récit alerte, souvent persifleur, les personnages qui ont donné leur

nom aux courses du calendrier hippique : Prix Sagan à Auteuil, Prix La Rochette

à Longchamp, Prix Roederer à Vincennes, etc. À quand le Prix Christophe Donner

? On y apprend la relation qui unit le moulin de Longchamp et le Moulin Rouge.

On croise La Goulue et Toulouse-Lautrec, Paris est ville-lumière, les

expositions universelles et le french-cancan tissent sa renommée mondiale, le

Grand Prix est un événement populaire et mondain, les courses participent à

l'invention de la société des loisirs... Le premier siècle est examiné à la

loupe, sur le suivant le récit est moins disert mais plus polémique, fouillant

quelques vieilles cicatrices. Le troisième est ignoré qui s'ouvre sur des

perspectives inédites qu'ordonnent les nouvelles technologies et l'Europe

libérale. Fidèle pratiquant des champs de course et des guichets du betting,

l'écrivain est aussi philosophe : derrière sa légèreté se cache l'angoisse inhérente

à notre espèce (inconsolable et gaie !), et j'encourage le lecteur à

s'abandonner une seconde au vertige du titre : À quoi jouent les hommes... Vous

savez, vous, à quoi ils jouent les hommes ? Ah, avant de finir : ce livre est

trop aimable pour ne pas avoir un prix, je veux dire un prix littéraire. Ce

sera éventuellement le prix du bar-PMU de Landerneau mais il aura un prix ! »