Rencontre avec des français installés au kentucky

Autres informations / 13.09.2012

Rencontre avec des français installés au kentucky

FLORENT ET CÉCILIA COUTURIER, LES PIONNIERS DE PARIS

Il y a trois ans, Florent et Cécilia Couturier ont émigré

aux États-Unis. Au Kentucky, à Paris (ça ne s’invente pas), le couple a acheté

une ferme pour y créer un élevage. Ils nous ont raconté leur expérience.

 

 jDG. – Pourquoi vous

êtes-vous installés ici ? Florent Couturier. – Il y a quatre ans et demi, j’ai

vendu mon entreprise dans le domaine de l’informatique. J’ai alors voulu

consacrer plus de temps à l’élevage. J’avais déjà un haras en Normandie, mais

je cherchais à acheter une propriété plus grande. Pour différentes raisons,

notamment l’intransigeance de la Safer, je n’ai pas trouvé ce que je voulais.

En janvier 2008, je suis venu à Keeneland pour y acheter une jument, comme je

le faisais régulièrement depuis une vingtaine d’années. Je suis tombé sur une

ferme typique du Kentucky, c’est-à-dire où l’on cultivait du tabac et élevait

des bovins. Elle m’a plu, je l’ai achetée et nous avons entrepris les travaux

nécessaires pour en faire un haras. Ces travaux ont duré un an et demi, car la

ferme appartenait à des personnes âgées et était dans un état assez négligé.

Une fois ces travaux finis, nous sommes venus nous installer ici, avec ma femme

et la plus jeune de mes filles.

 

Où êtes-vous situés ? 

Le haras se trouve à Paris, à une quarantaine de minutes de Lexington,

juste en face d’Indian Creek. C’est une région très agricole, avec des terres

excellente, beaucoup de grands arbres. Les haras ici n’ont pas le côté fancy

des établissements situés juste autour de Lexington. Ils sont plus rustiques,

plus "old Kentucky", et cela correspond bien à ce que nous

cherchions. Ce sont souvent des barns en bois, originellement construits pour

le tabac et réaménagés pour les chevaux. Pour l’anecdote, il faut savoir que

les premiers pionniers qui ont habité la région installaient bien souvent leur

maison juste à côté de la route, au bout de la propriété, pour être près de

leurs voisins et des axes de communication. Mais à présent, il y a plus de

trafic, alors nous avons gardé la maison principale comme guest house, et avons

acheté une vieille lodge house, ces maisons construites avec les arbres que

l’on commençait par abattre avant de s’installer. Nous l’avons fait démonter et

l’avons remontée sur place. Nous habitons donc une cabane en bois, au centre de

notre propriété !

 

Comment pouvez-vous décrire votre haras ?

Nous avons un peu plus de 100 hectares. En plus des chevaux,

nous élevons des bovins, de race Angus, pour la rotation des pâtures, comme

nous le faisions en Normandie avec les Salers, et cultivons le blé et le soja,

toujours dans l’objectif de reposer les pâtures avant de semer à nouveau de

l’herbe. C’est un élevage commercial et nous vendons donc notre production.

Nous avons présenté notre premier poulain à Keeneland il y a deux ans. L’an

dernier, nous en présentions cinq, et cette année quatre, car nous avons vendu

un foal l’année dernière. C’est l’une des caractéristiques des États-Unis : le

marché des foals est aussi actif que celui des yearlings, ce qui permet

d’ajuster la trésorerie quand nous n’avons pas bien vendu les yearlings. Nous

avons dix juments. L’objectif est d’en avoir une douzaine et de consacrer nos

recettes à l’amélioration de la qualité du cheptel.

 

Quel bilan tirez-vous de ces premières années passées au

Kentucky ?

Le bilan est pour le moment très positif. Les conditions

d’élevage nous plaisent : les terres sont excellentes, la concentration des

élevages sur une zone réduite permet de bénéficier de biens et services comme

les vétérinaires, consigneurs, maréchaux, étalons… nombreux dans un rayon

restreint. D’ailleurs, pour envoyer une jument à la saillie, il n’y a souvent

qu’un voyage de quarante minutes à effectuer, ce qui évite les longs

déplacements aux jeunes foals. Le marché de Keeneland est extrêmement large :

tous les ans, de nouvelles têtes apparaissent pour investir dans le pursang, ce

qui manque cruellement en France. Quel que soit votre poulain, vous êtes sûr

d’avoir trois, quatre ou cinq enchérisseurs différents. Cela ne veut pas dire

qu’on les vend tous à des prix faramineux, mais qu’il y a un débouché pour

chaque catégorie. D’autre part, les conditions de vie au Kentucky sont très

agréables. Les gens sont accueillants, ont le sens de la vie en commun. La vie

est plus simple et souple ici, les gens plus courtois. Nous avons la chance

d’habiter dans un coin encore très rural, pas pollué par la ville, tout en

étant à un jet de pierre de Lexington, qui compte près de 450.000 habitants et

offre toutes les facilités d’une ville de cette taille. L’expérience est donc

extrêmement positive et nous n’avons pas de plan de retour, même si nous avons

gardé notre haras en France. Ce sacrifice a été fait en nous disant que nous

pourrions être forcés de rentrer en France, et dans ce cas, je ne m’imaginais

pas sans terre. Je serais alors invivable pour mes proches !

 

UNE BELLE VENTE POUR FLORENT COUTURIER

En ce deuxième jour de vente, Florent Couturier cédait une

pouliche qu’il a élevée à Redmond Farm. Présentée par Indian Creek, cette fille

de Pulpit a atteint 450.000 $, déboursés par Martin Anthony. La pouliche est le

deuxième produit de Stylish Wildcat (Forest Wildcat), une mère que l’éleveur

avait achetée 800.000 $ à Keeneland, en novembre 2007. Son premier produit,

Eishin Texas (Speightstown), avait été vendu foal pour 170.000 $, à Nick de

Meric.