Solemia – silasol : unies par la casaque et par la genetique par thierry grandsir (dna pedigree)

Autres informations / 09.10.2012

Solemia – silasol : unies par la casaque et par la genetique par thierry grandsir (dna pedigree)

Une fois

n’est pas coutume, nous traiterons de deux pedigrees en un seul article...

Motif ? La gagnante du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), Solémia, et la

lauréate du Total Prix Marcel Boussac (Gr1), Silasol, triomphatrices sous la

même casaque, sont deux proches parentes du côté maternel. Double occasion pour

mettre à nouveau en évidence la stratégie avisée de l’élevage Wertheimer.

UNIES

PAR LE SANG

Il n’est

pas rare de voir s’illustrer, en un bref laps de temps, deux membres d’une même

famille. Souvenons-nous notamment du week-end des préparatoires au Prix de

l’Arc de Triomphe durant lequel Encke s’imposait dans le St Leger (Gr1), la veille

de la victoire de sa cousine Shareta dans le Qatar Prix Vermeille (Gr1). Forme

saisonnière congénitale et/ou aptitude aux terrains héritée de leur souche, nos

belles duettistes, Solémia et Silasol, ont chacune remporté leur première

course de Gr1 en ce dimanche excitant, sur la piste alourdie de Longchamp. Leur

lien de parenté est simple : Solémia a une soeur utérine qui n’est autre que la

grand-mère de Silasol…Elles descendent donc toutes deux de la jument d’élite

Green Valley (Val de Loir), demeurée inédite en courses, mais fille du

classique Val de Loir et de la rapide Sly Pola, gagnante des Prix Robert Papin

(Gr1 à l’époque) et de l’Abbaye de Longchamp (Gr1). Incorporée dans la

jumenterie Wertheimer, Green Valley s’est avérée aussi prolifique que "qualiteuse"

: parmi ses quinze foals figurent neuf mâles dont sept black type, le meilleur

étant sans conteste le splendide Green Dancer, gagnant de l’Observer Gold Cup

(aujourd’hui Racing Post Trophy - Gr1), à 2ans, avant de s’imposer dans la

Poule d’Essai des Poulains et le Prix Lupin (Grs1) l’année suivante et de

devenir un étalon très influent (tête de liste des pères de gagnants en 1991).

Rappelons que Green Dancer est né la même année qu’un certain Val de l’Orne

(Val de Loir) qui, paré des mêmes couleurs, remporta avec un immense courage le

Prix du Jockey Club (Gr1), terminant la course sur trois jambes... Val de

l’Orne est le père de mère de Poliglote, auteur de Solémia, d’où un inbreeding

en 4x4 sur Val de Loir !

GREEN

VALLEY, JUMENT D’ELITE

Les six

filles de Green Valley se montrèrent un peu moins percutantes en courses, seule

Pink Valley (Never Bend) ayant été capable de s’octroyer une course principale

(le Prix d’Aumale). Ceci dit, deux de ses soeurs surent se surpasser au haras,

dont Irish Valley (Irish River), non placée en six sorties, mais génitrice du

"top" 2ans Alhaarth (Unfuwain) et de la mère de Makfi (Dubawi),

gagnant des 2.000 Guineas Stakes et du Prix Jacques Le Marois (Grs1) ! L’autre,

Vallée Dansante (Lyphard), remporta son maiden lors de sa troisième sortie à

3ans avant de conclure sa carrière aux portes du black type, quatrième d’une

Listed. Au haras, elle a engendré quatre poulinières de haut vol :

- Funsie

(Saumarez), à qui l’on doit le gagnant de Derby Authorized (Montjeu) ;

- Krissante

(Kris), mère du lauréat du Grand Critérium Okawango (Kingmambo) ;

- Quest

of Fire (Rainbow Quest), deuxième mère du multiple gagnant de Grs1 Quijano

(Acatenango) ;

- et,

enfin, Brooklyn’s Dance (Shirley Heights), mère de Solémia et troisième mère de

Silasol...

Pouliche

de qualité, Brooklyn’s Dance remporta ses deux sorties à deux ans et le Prix

Cléopâtre (Gr3) pour sa rentrée à trois ans, mais elle échoua dans le Prix de

Diane (Gr1) et ne retrouva pas le chemin du succès. Entrée au haras à quatre ans,

elle a offert treize foals à son éleveur, la dernière étant Solémia. précédée

par cinq autres gagnants de Stakes : Prospect Park (Sadler’s Wells), lauréat du

Prix du Lys et de La Coupe de Maisons-Laffitte (Grs3) et deuxième du Prix du

Jockey Club (Gr1) de Blue Canari, Prospect Wells (Sadler’s Wells), gagnant du

Prix Greffulhe (Gr2) et deuxième du Grand Prix de Paris (Gr1), de Montmartre, et

les gagnants de Listed Never Green (Halling), Brooklyn’s Gold (Seeking the

Gold) et Gold Dodger (Slew O’Gold), cette dernière ayant ensuite tracé au haras

(mère d’une gagnante de Gr3 et deuxième mère d’une lauréate de Listed). La

ligne qui mène à la jeune Silasol remonte à Brooklyn’s Storm, fruit de l’union

entre le multiple étalon tête de liste américain Storm Cat (lequel fut un temps

tarifé à 750.000 $ la saillie !) et Brooklyn’s Dance. Gagnante pour ses débuts

à deux ans (deux longueurs devant Blue Cloud), avant de se placer quatrième (et

dernière) du Prix Robert Papin (Gr2), Brooklyn’s Storm remporta encore une victoire

à trois ans aux U.S.A., où elle fut installée au haras, rencontrant

quelques-uns des meilleurs reproducteurs locaux: Smart Strike, Awesome Again,

Gone West, Gulch, Cozzene et Pulpit, d’où le 3ans Propulsion, récent quatrième

du Prix du Lys (Gr3). C’est avec Gulch, d’ailleurs responsable du black type Out

of Control avec Brooklyn’s Dance, qu’elle engendra son meilleur produit, Stormina,

troisième du Prix de Sandringham (Gr2), de Gorella et Toupie, avant de

s’adjuger trois Stakes outre-Atlantique. Son premier produit, Solensi

(Montjeu), n’a pas encore débuté, mais de son union avec le "Chef de

race" allemand Monsun naquit Silasol, héroïne du Prix Marcel Boussac (Gr1),

avant un mâle yearling par Invincible Spirit nommé Spiritueux et une pouliche

foal par Cape Cross. La généalogie maternelle de nos deux championnes étant

dressée, essayons maintenant de tirer les enseignements de la stratégie

gagnante ayant abouti à leurs croisements respectifs.

1 - LA

SELECTION DE LA JUMENTERIE

L’élevage

Wertheimer sélectionne sa jumenterie de la manière la plus raisonnée qui soit :

conserver les grandes familles avec ce qu’elles ont de meilleur, et investir

régulièrement dans de nouveaux sangs pour renouveler son potentiel. Pour

Solemia et Silasol, c’est la première voie qui a prévalu, la seconde ayant

conduit à l’intégration de leur aïeule Green Valley dans l’effectif bleu. Les

mères respectives de nos jeunes championnes sont black type, une formule à

l’origine de 41 % des gagnants de Stakes, selon une étude récente de nos

confrères américains.

2 - LA

GESTION DES CROISEMENTS

Un

croisement ayant déjà fonctionné au plus haut niveau présente une probabilité

de réussite supérieure à la moyenne. Pour Solemia, c’est l’union des sangs de Sadler’s

Wells (père de Poliglote) et de Vallée Dansante qui a conduit à sa conception,

la formule ayant été auparavant éprouvée par le champion Authorized (Montjeu),

les placés classiques Prospect Park et Prospect Wells, et la placée de Gr2

Campanillas (Montjeu). Mais nous sommes là aussi en présence d’une affinité

classique, celle mettant en présence Sadler’s Wells et Shirley Heights, formule

à l’origine de nombreux gagnants de Gr1. En ne s’en tenant qu’aux résultats de

ce week-end, on rencontre cette association de sangs chez la gagnante de Prix

de l’Opéra Ridasiyna (Motivator x Darshaan), chez les deux pouliches ayant

constitué le jumelé gagnant du AJC Metropolitan handicap (Gr1) en Australie, à

savoir Glencadam Gold et Kelinni (via la formule à succès Refuse to Bend x Darshaan),

chez lady Wingshot, deuxième des Concorde Stakes (Gr3), chez les mères de Hawaafez

(Cumberland Lodge St.), de Ghurair (Tattersalls Millions 2yo Trophy) et de

Hunter’s Light (deuxième du Prix Dollar), chez apsis (père de Les Beaufs qui

manqua de peu la victoire dans le Prix Chaudenay) ou encore chez High

Chaparral, père de It’s a Dundeel (AJC Spring Champion St. – Gr.1) et de High

Jinks (deuxième du Prix du Cadran). Et n’oublions pas Whipper (père de la gagnante

du Prix de l’Abbaye de Longchamp Wizz kid, sur laquelle nous reviendrons très

prochainement), dont la mère est par Sadler’s Wells et une propre soeur de Shirley

Heights... Pour concevoir Silasol, on peut imaginer que l’inspiration ait été

générée par les exploits du classique Quijano, un fils de Acatenango (Surumu),

gagnant du Grosser Preis von Baden et de deux éditions successives du Gran

Premio di Milano (Grs1). Le sang allemand de Monsun (issu d’une fille de

Surumu) semblait donc compatible pour un outcross gagnant.

3 - LE

CHOIX DES ETALONS

L’élevage

est international, et l’élevage Wertheimer a intégré cette donnée depuis des

lustres. Les étalons choisis le sont en fonction de leur potentiel génétique,

où qu’ils se trouvent. Silasol a un père allemand et un père de mère américain

(Gulch), et Solemia est par l’étalon "maison" Poliglote et une fille

de l’Anglais Shirley Heights. La famille a en fait rencontré ce qui se fait de

mieux – ou presque – dans le Monde, de Sadler’s Wells à Storm Cat, en

privilégiant toujours les étalons confirmés. Et Poliglote, stationné au Haras

d’Etreham, en est un parmi les meilleurs ! Son nom évoque certes beaucoup plus

les obstacles d’Auteuil (à l’image des sauteurs gagnants de Grs1 Butler’s

Cabin, Kiko, Lingo, Polivalente et Saint du Chênet) que les spécialistes des

courses plates. Mais traversez l’Atlantique en direction de l’Hémisphère Sud et

vous entendrez un tout autre son de cloche de la part des éleveurs argentins.

Poliglote pratiqua en Argentine la double saison de monte avec, à la clé, non

moins de huit gagnants de Gr1 à son actif ! Poliglote est issu d’une grande

souche Wertheimer, celle de Aryenne (Critérium des Pouliches, Poule d’Essai des

Pouliches),

Quest

for Fame (Derby), Antheus, Indian Danehill, Special Ring, etc. Élégant et pétri

de classe, mais de taille réduite (comme nombre de bons étalons) et très "chaud",

il est aussi généreux et "allant" que dur à la lutte. Il a remporté

cinq victoires, dont le Critérium de Saint-Cloud (Gr1) à deux ans, et s’est

placé deuxième de Celtic Swing dans le Prix du Jockey Club (Gr1), à trois ans,

avant de s’adjuger le Grand Prix d'Évry (Gr2) l’année suivante. Toujours actif

et très populaire au Haras d’Etreham, il compte cinq fils au haras, dont trois

sur notre sol : le double gagnant de Gr2 Irish Wells (14-Haras d’Etreham), le

placé de Gr1

Hello Sunday

(14-Haras des Flagues) et le très solide black type Toni Blue (18-Haras de la

Croix). Père de la prometteuse Silasol, Monsun vient de nous quitter. Étalon

emblématique de l’élevage d’outre-Rhin, on lui doit désormais quinze gagnants

de Gr1, mais aussi Masterstroke, valeureux troisième de Solémia dans

l’"Arc". On notera l’influence grandissante de ses filles au haras,

responsable des classiques Night Magic et Pastorius, mais aussi de Colour Vision,

gagnant de l’Ascot Gold Cup et troisième du Prix du Cadran (Grs1) dont le

vainqueur, Molly Malone (Lomitas), n’est autre qu’un petit-fils d’une propre soeur

de Monsun...

4 -

COMPTER TOUJOURS UN COUP D’AVANCE

D’ailleurs,

interrogé à l’issue de la victoire de Silasol, le manager de l’Écurie

Wertheimer, Pierre-Yves Bureau, nous a déclaré : « Nous avons choisi Monsun

pour Stormina, en espérant avoir une pouliche qui deviendrait ensuite

poulinière. » Il faut une bonne dose de sagesse et d’expérience pour envisager

un croisement en pensant d’emblée à la génération suivante, et c’est peut-être

là un des secrets de la réussite de cet élevage et de la constance de ses

succès ! Le fait que Brooklyn’s Dance ait été présentée à Storm Cat allait dans

ce sens, tout comme le choix de Gulch pour croiser avec la jument issue du

mating précédent. Storm Cat compte à ce jour quatorze gagnants de Gr1 issus de

ses filles, et Gulch est le père de mère de cinq gagnants de Gr1, dont les

classiques Latice, Lawman et Refuse to Bend en Europe.

5 - UNE

PERPETUELLE REMISE EN CAUSE

Un peu

plus tard dans l’après-midi, à l’issue de la victoire de Solémia, Alain et

Gérard Wertheimer ont déclaré : « Mais, d’un côté, on se dit que Poliglote, le

père de Solémia, s’est forgé sa réputation en obstacle. Il a été mal utilisé, à

commencer par nous. » Savoir rester humble et se remettre en cause de la sorte

est aussi l’une des clés maîtresses de la réussite, surtout en matière

d’élevage !

6 - UNE

EQUIPE SOLIDE

La

génétique est certes une part importante du succès, mais l’influence de l’homme

est tout aussi prépondérante. Il est toujours utile de le rappeler. Carlos

Laffon-Parias et Olivier Peslier ont été encensés à juste titre, mais nous ne

pouvons conclure notre Grand pedigree sans mentionner un nom moins connu, celui

de M. Jérémy Cohen, jockey d’entraînement de la "compliquée" Solémia.

Particulièrement ému après la course, il lui aura fallu plus d’un an de travail

quotidien, appliqué et assidu, pour participer activement et efficacement à la

transformation d’une gagnante de Listed en gagnante d’"Arc"...Bravo à

toute l’équipe !