Vaste programme…

Autres informations / 13.11.2012

Vaste programme…

PAR

MAYEUL CAIRE

Déjà, en

période de forte croissance économique, la question de l’augmentation des

allocations n’était pas une question facile. Elle a même été parfois

conflictuelle, chacun ayant son opinion pour répartir la manne. Ah, les idées

ne manquent jamais pour dépenser les trois francs que l’on tient ; et ces idées

se multiplient lorsque l’argent n’appartient pas à celui qui est chargé de le

dépenser…Aujourd’hui, cette question n’est que plus difficile encore, car il faut

nécessairement l’introduire par un "prédébat" : faut- il ou non

augmenter les allocations? Et c’est seulement lorsque l’on aura répondu à cette

question que l’on gagnera le droit d’exposer sa théorie sur la meilleure

méthode d’utiliser les fonds. Début novembre, Bertrand Bélinguier a rappelé

dans JDG qu’il fallait, avant de parler de hausse des allocations, bien peser

la situation économique présente et future. C’est une sage attitude, d’être

aussi précautionneux avec le trésor public qu’avec sa propre cassette. Une

saine résolution qui tranche avec la mauvaise habitude, dans notre société, de

considérer que ce qui est à tout le monde n’est à personne, avec les

désastreuses conséquences que l’on sait. Cependant, il est probable que les

allocations augmenteront l’an prochain, car le PMU offre encore un peu de marge

de manoeuvre avec son produit brut des paris 2012. Les membres du conseil

d’administration, du conseil du plat et du conseil de l’obstacle devraient donc

être amenés à travailler sur les hausses. Je reproduis ici un tableau résumant

la hausse du nombre de courses et la hausse des allocations par catégorie entre

1996 et 2010. Il donne une photographie assez juste de la manière dont France

Galop a été dirigé en la matière depuis seize ans.

 

 

 

 

On y

constate que les courses de Groupes ont été les plus revalorisées ces dernières

années. C’était nécessaire pour redonner à la France une place digne dans le

concert international. Mais oublions les Groupes un instant car en quatorze

ans, même si leurs allocations (hors poule et sponsors) ont augmenté de 88 %,

on ne parle ici que de trois courses supplémentaires, soit une augmentation du

nombre de courses égale à 2,8 %. Regardons plutôt la dernière ligne du tableau,

qui affiche l’augmentation moyenne des allocations toutes catégories confondues

: + 56,3 %. Or, en dehors des Groupes, une seule catégorie fait mieux que la

moyenne : celle des handicaps. Et cette fois, l’échantillon est significatif.

On parle de 327 courses supplémentaires ! Soit + 35 % en nombre de courses… et

+ 70 % en termes d’allocation moyenne ! Aucune autre catégorie ne peut en dire

autant. Ajouter un euro de plus dans cette catégorie, comme certains le

proposent, serait à mon sens injuste, improductif voire même dangereux.

Toujours en m’appuyant sur ce tableau, je veux en donner un exemple concret.

Pourquoi le programme français propose t-il aux chevaux de 3ans des handicaps

dotés de 60.000 € (sans parler des très gros handicaps, encore mieux dotés)…

et, à ces mêmes 3ans, des courses B (non handicaps) dotées de 34.000 € ? Que

doit- on penser d’un programme dans lequel un cheval s’imposant en valeur 30

(gagnant de Quinté Plus référence + 21 au poids de 51 kilos) encaissera presque

deux fois plus d’argent qu’un cheval gagnant en valeur 42 ou plus (la valeur

que les handicapeurs attribuent généralement au gagnant d’une "B") ?

Serait- ce parce que le gagnant du Quinté Plus a participé à une course ayant

suscité plus d’enjeux (et donc indirectement plus d’allocations) que le gagnant

de la "B" à 6 partants ? On me répondra que les courses B classiques

attirent moins de partants que les handicaps, et qu’il faut bien doter les

handicaps si l’on veut avoir assez de partants pour y organiser un Quinté Plus.

Vision crypto- totalitariste ! Offrons, dans les courses B, autant d’argent que

dans les gros handicaps et elles seront aussi fournies. Car, bien souvent, ce

qui gêne les professionnels dans les courses B, c’est de risquer d’être barré

handicap ensuite. Effectivement, s’il y a moins d’argent dans les "B"

que dans les handicaps… Mais s’il y a la même somme, cela ne sera plus un

problème, car les B redeviendront un objectif en elles- mêmes. Pour terminer

cet article, et pour lancer le débat dans nos colonnes, j’ai envie de poser une

question : en plat, pourquoi ne pas consacrer toute la hausse d’allocation pour

palier notre carence sur les courtes distances. La France manque cruellement de

programme pour les chevaux de vitesse. Avec les 4,7 M€ d’augmentations

proposées par les "PP", on devrait avoir de quoi créer un beau circuit

pour dragsters dans toutes les classes d’âge ! Dans notre pays, riche en

pedigrees de tenue, un peu de vitesse supplémentaire ne nuira jamais.