En 2012 ils nous ont quittes par guy thibault, historien des courses

Autres informations / 21.12.2012

En 2012 ils nous ont quittes par guy thibault, historien des courses

WERNER BALTROMEI,

le 30 mai à 49 ans. Entraîneur à Mülheim en Allemagne, devant la déconfiture des courses dans son pays, il avait décidé, au début du présent siècle, de participer intensément aux réunions de l’Hexagone. Quatre victoires en 2005, puis 33 en 2010, 21 en 2011. Il obtint deux succès au plus haut niveau, Gr1, avec Le Miracle (Prix du Cadran 2007) et Lady Marian (Prix de l’Opéra 2008). Son effectif a été repris par l’ancien jockey français William Mongil.

 

JACQUES BARKER,

le 30 septembre à 96 ans. Fils de William Barker – entraîneur de Le Capucin ("Jockey Club" 1923)  puis pour le baron Édouard de Rothschild –, Jacques Barker vit sa carrière entravée par son service militaire effectué à la veille de la guerre puis par cinq ans de captivité. À son retour en 1945, il travailla pour l’entraîneur John Cunnington qui le fit nommer directeur de l’élevage que le prince Saïd Toussoun (cousin du roi d’Egypte, Farouk) créa près de Deauville, à Saint-Étienne-la-Thillaye, le haras de la Barberie (devenu aujourd’hui Saint Léonard, propriété des frères Wertheimer). Durant sa longue retraite, Jacques Barker éleva un peu pour son propre compte. C’est ainsi que, sous les couleurs de son épouse, se distingua le valeureux stayer Kelbomec (1976) lauréat notamment des Prix de Barbeville (1981), Gladiateur (1981, 1982) et Kergorlay (1983).

 

DENIS BENSUSSAN,

le 26 novembre dans sa 62e année.

Fils de Pierre Bensussan – propriétaire marseillais des remarquables Twig et India Song –, ce médecin radiologue avait repris en 1986 les couleurs paternelles (orange et marron). Passionné de courses, comme son frère Jean-Pierre –commissaire à la Société Hippique de Marseille –, il était président du Syndicat des éleveurs du Sud-Est, membre du conseil d’administration de la Fédération du Sud-Est, et membre du conseil d’administration de la Filière cheval de la région PACA.

 

ANDRE BERGALET,

le 15 janvier dans sa 66e année.

D’abord gentleman-rider, il fut ensuite propriétaire. Ses couleurs (casaque grise, manches jaunes, toque bleue) connurent leurs plus beaux succès avec le sauteur Claude le Lorrain, entraîné par Loïc Audon, vainqueur de la Grande Course de Haies d’Auteuil en 1987.

 

JEAN-PIERRE BINET,

le 18 octobre à 85 ans. Avant d’être le représentant en France du propriétaire américain R.-C. Straus (Last Tyconn, Immortal Verse, etc.), il avait fait courir sous ses couleurs (casaque gros-vert, manches et toque cerclées gros-vert et noir) notamment Exactly Sharp, lauréat du Prix Lupin en 1988. Antérieurement, son épouse, Mme Jean-Pierre Binet, avait connu d’importants succès en Irlande grâce à Dickens Hill et à Kings Lake, vainqueurs des Deux Mille Guinées irlandaises respectivement en 1979 et 1981.

 

JEAN BOULARD,

le 23 septembre dans sa 83e année. Fils de Paul Boulard – éleveur à Luneau de la championne Hyères III, lauréate du "Grand Steeple" en 1964, 1965, 1966 –, et frère de Louis (père de François, Dominique et Pierre), Jean Boulard a été, pendant une trentaine d’années, le dévoué directeur de l’hippodrome de Lyon-Parilly et du Bureau technique régional du Centre-Est.

 

ROGER CHAIGNON,

le 8 décembre dans sa 86e année. Il a consacré sa vie à l’obstacle. Entraîneur à Dragey, il a écumé l’Ouest pendant de nombreuses année tout en ne négligeant pas Auteuil et surtout Pau où il a gagné une dizaine de fois le Grand Steeple Chase Cross-Country (Prix Gaston de Bataille) ainsi qu’a deux reprises le Grand Prix de Pau, en 1979 avec Beau Tyrol puis en 1981 avec Happy Day II – montés par Alain Jouenne – qui portaient les couleurs de son épouse (casaque rouge, ceinture, manches et toque vertes). Il fut aussi l’éleveur en 1993 d’un champion, First Gold, lauréat à 5ans du Grand Steeple-Chase de Paris, à 7ans du King George VI Chase à Kempton Park et à 10ans en Irlande du Punchestown Heineken Gold Cup Chase.

 

MARCEL DEROUBAIX,

le 4 mars à 92 ans. Né en Belgique, mais naturalisé Français, il est entré en 1948 au service du comte Gérald de Rochefort dont l’épouse était propriétaire du haras de Bois Roussel (à Bursard, près d’Alençon) qu’elle avait hérité de son père le comte Pierre-Louis Roederer. Après avoir modernisé les bâtiments et optimisé les terres du haras, il en devient en 1958 le directeur, fonction qui lui est confirmée en 1970 par la comtesse Batthyany devenue propriétaire de Bois Roussel. Mais en 1974, Marcel Deroubaix, victime d’ennuis de santé, est obligé de quitter son poste. Il crée alors dans le voisinage le haras de Sou avec son fils, Gilles, qui l’exploite encore. Un autre de ses fils, Jean-Pierre, créateur de F.B.A., est un des courtiers français les plus dynamiques.

 

JEAN DUMOUCH,

le 19 mai à 83 ans. Pendant près de trente ans, il se consacra au développement des courses dans le Sud-Ouest dont il présida la Fédération régionale, couvrant notamment les hippodromes de Pau, Toulouse, Bordeaux-Le Bouscat, La Teste-de-Buch, Mont-de-Marsan, Agen et Beaumont-de-Lomagne. Le marquis max de Ginestet de Puivert, le 15 avril à 85 ans. Natif de Pau, il avait hérité de son grand-père Antoine de Palaminy, la passion du cheval. Assidu du Pont-Long, il fut élu le 30 mai 1983 membre du comité de la Société des Steeple-Chases de France (avant de devenir en 1984, Président de la Société d’encouragement des Pyrénées Atlantiques), présidence qu’il a transmise en 2000 à Jean-Louis Foursans-Bourdette.

 

MATHIEU GIOVANELLI,

le 17 novembre à 84 ans. Ancien jockey "poids léger" il a gagné plus de 800 courses en plat. Ses principales victoires eurent lieu dans le Grand Prix du Printemps à Saint-Cloud en 1946 avec Elseneur, et à Longchamp dans le Prix de la Forêt (fermé aux jeunes depuis 1995) avec des 2ans, Vareta en 1956 et Snob en 1961.

 

WALTER HAEFNER,

le 19 juin dans sa 102e année. Ce Suisse, fils d’un pasteur missionnaire au Tibet, s’est révélé un grand homme d’affaires, établissant sa fortune après la Seconde Guerre mondiale dans l’automobile (concessionnaire de Volkswagen pour la Suisse), puis la consolidant à la fin des années 80 dans les logiciels (Computer Associates). La cinquantaine atteinte, Walter Haefner choisit le cheval pour hobby. Le 25 septembre 1960 à Aarau, alors qu’il a cinquante ans, il gagne sa première course comme gentleman-rider. Sous ses couleurs (casaque rayée blanc et bleu, manches blanches, brassards et toque bleus), on le voit dans toute l’Europe participer à des compétitions d’amateurs, ce qui lui permet d’être champion de la Fegentri en 1963.En 1962, Walter Haefner achète en Irlande, dans le comté de Kildare, 178 hectares de terre où il établit à Maynooth un haras, Moyglare Stud Farm. Cette même année, le 30 novembre 1962, à la première vente d’élevage à Deauville, il acquiert trois poulinières dont Spice pour 138.000 francs, prix record. Son but étant de vendre yearlings les produits de son élevage, il peuple Moyglare – sous la direction du vétérinaire Stan Cosgrove – de poulinières très bien nées acquises sur les marchés européens puis américains. Deauville est la première place choisie par Walter Haefner pour vendre ses yearlings. Y sont présentés les deux premiers lauréats de courses de Groupe élevés à Moyglare, Hether (Prix Pénélope 1970) et Armos (Prix du Conseil Municipal 1970, Prix Jean de Chaudenay 1971). Marché de Deauville où, pendant quatre années consécutives, de 1970 à 1972, Moyglare obtient le prix record. Ce marché normand qu’il a dominé comme vendeur, Walter Haefner le quitte, décidé à privilégier Keeneland et Dublin car « désireux de calmer les alarmes de certains éleveurs français qui appréciaient mal de voir un industriel suisse, élevant en Irlande (fut-il unanimement estimé), tenir la première place sur le marché français. » C’est à Kill en 1975 qu’il vend pour 127 000 guinées un fils de Northern Dancer repéré et acquis par Vincent O’Brien pour Madame Allen Manning. C’est Be my Guest, un des très rares yearlings "prix record" à faire parler de lui en bien, ayant gagné trois courses de Groupe dont le Waterford Crystal Mile à Goodwood, avant d’être syndiqué pour 800 000 livres par Coolmore ! Cette même année 1977, un élève de Moyglare, Carwhite, s’adjuge le Prix Daru, alors que, sous les couleurs blanc et bleu de Walter Haefner, Super Concorde (acheté 200.000 dollars à Keeneland et entraîné par François Boutin) se révèle le meilleur 2ans en France (Prix Morny et Grand Critérium). Puis naissent successivement en 1978 et 1979 à Moyglare, deux lauréats du Prix du Jockey Club, Bikala (acquis yearling à Kill pour seulement 6.000 guinées par Jules Oaki) et Assert (acheté par Robert Sangster seulement 160.000 francs en octobre 1980 à la vente de l'“Arc” au Polo de Bagatelle). Bikala sera également deuxième de l’“Arc de Triomphe” et Assert remportera aussi le Derby irlandais et le Benson and Hedges Gold Cup à York. Et l’année suivante, 1983, est encore glorieuse pour Moyglare dont une élève, Stanerra, âgée de 5ans, s’adjuge cinq courses de Groupe dont le Japan Cup et deux au Royal Ascot (Prince of Wales’s Stakes, Hardwicke Stakes). Devant de tels résultats, Walter Haefner considéra qu’il était plus rentable d’élever pour faire courir que de vendre sa production.  À partir de 1980, il ne présente plus aucun yearling en vente publique et fait courir ses produits sous le nom de Moyglare Stud Farm qui adopte pour couleurs casaque noire, manches blanches, toque rouge. Entraînés par Dermot Weld, les produits de Moyglare conquièrent de nouveaux lauriers. Les principaux sont Chalon (1979, Coronation Stakes), Again Tomorrow (1982, Premio Parioli), Big Shuffle (1984, Cork and Orrery Stakes, devenu champion des étalons en Allemagne), Trusted Partner (1985, Irish 1.000 Guineas), Go and Go (1987, Belmont Stakes), Brief Truce (1989, St James’s Palace Stakes), Market Booster (1989, Pretty Polly Stakes, Long Island Handicap), Dance Design (1993, Irish Oaks), Two Twenty Two (1995, trois Grs3 en Irlande), Media Puzzle (1997, Melbourne Cup), Dress to Thrill (1999, Matriarch Stakes, Hollywood Park), Irresistible Jewel (1999, Ribblesdale Stakes), Evolving Tactics (2000, American Derby, Arlington Park) et Refuse to Bend (2000, Two Thousand Guineas, Queen Anne Stakes, Eclipse Stakes). Ultime vainqueur : Princess Highway, gagnante des Ribblesdale Stakes (Gr2) le 21 juin 2012 au Royal Ascot, deux jours après le décès de son éleveur dont on avait célébré le centenaire le 13 septembre 2010.

 

LE CHEF D’ESCADRONS HENRY MAZE-SENCIER,

le 25 mai dans sa 92e année. Fils de René Maze-Sencier – longtemps Chef du Service des Haras nationaux –, il fit partie de la section "courses" des sports équestres militaires. En 1970, après avoir quitté l’armée, il était entré à la Société d’encouragement où il occupa la direction du service des handicapeurs.

 

GERARD MICHEL,

le 1er août à 71 ans. Ce comptable était surtout conseiller fiscal de nombreux éleveurs. Il participa activement à clarifier et à simplifier leur situation au côté du Syndicat des éleveurs.

 

MME PATRICK MUSSAT, NEE ABETH POURET,

le 24 octobre à 58 ans. Elle avait développé l’élevage créé par son père le docteur-vétérinaire Édouard Pouret – près d’Argentan – à La Fontaine et à La Roche. Passionnée du cheval, elle était devenue courtière et achetait notamment pour les écuries royales du Maroc. Vice-présidente de l’association des courtiers, elle était membre du Conseil régional du galop de Basse-Normandie et de la Commission du stud-book français du cheval de pur sang.

 

ROGER NATAF,

le 27 octobre à 95 ans. Né à Tunis, il commence par être clerc de notaire tout en fréquentant assidument l’hippodrome de Kassar Saïd. Audacieux, débordant d’idées et d’énergie, il crée L’Écho des Courses de Tunis, distribué à chaque réunion hippique. Venu avec sa famille en 1950 en France, il devient pigiste dans des journaux, tout en continuant d’éditer L’Écho des Courses de Tunis. En lui ouvrant ses colonnes pendant de longues années, Paris-Turf lui permet de s’introduire dans le monde des courses (galop et trot), de l’élevage et du… commerce. C’est ainsi qu’en 1973 il fonde, avec son fils Paul une agence de courtage, Horse France. D’abord avec une clientèle en majorité italienne, Horse France se développe dans toute l’Europe à tel point que l’agence s’attelle aussi au transport des chevaux et s’adjoint deux collaborateurs, Robert – l’autre fils de Roger– et Jean-Pierre Deroubaix. En résumé, Roger Nataf incarnait le dynamisme, qualité qu’il a transmise à ses deux fils, Paul et Robert, ainsi qu’à son élève Jean-Pierre Deroubaix.

 

AAGE PAUS,

le 23 juin à 75 ans. D’abord amateur, puis entraîneur dans son pays, ce Norvégien se rendit en 1965 enSuède où il fut champion des entraîneurs sept fois en dix ans. En 1974, il s’installa à Chantilly où il loua l’établissement de la comtesse Batthiany. Disposant d’une clientèle internationale, il connut le succès dans des courses de Gr1 avec Mendip Man (Prix de l’Abbaye de Longchamp 1976), Pitasia (Critérium des Pouliches 1978) et Nadjar (Prix d’Ispahan 1980). Mais au printemps 1981, deux de ses pensionnaires (Explorer King pour les Prix de Ferrières et Noailles, No Lute pour le Prix Greffulhe) furent testés positifs (présence d’un stéroïde anabolisant) et sa licence suspendue. Après trois ans de bataille juridique, sa licence lui fut rendue, mais Aage Paus décida d’aller exercer ailleurs, aux U.S.A. (pour Mahmoud Fustok) puis en 1986 à Oslo. Mais peu après, il abandonna la profession d’entraîneur pour celle de chiropracteur qu’il exerça notamment durant quatre ans en Angleterre à Lambourn.

 

THIERRY ROLAND,

le 16 juin à 74 ans. Ce journaliste bien connu des téléspectateurs amateurs de football, était, dans sa profession, un des rares à s’intéresser aux courses qu’il connaissait bien en les fréquentant très souvent.

 

DOMINIQUE SAVARY,

le 27 février à 57 ans. Journaliste hippique passionné, surnommé "Bellino" car dans sa jeunesse, le trotteur Bellino II (né en 1967, lauréat du Prix d’Amérique en 1975, 76 et 77) l’avait enthousiasmé à tel point qu’il décida de faire sa carrière dans le milieu des courses. Il travailla notamment pour l’Agence France Presse (A.F.P.), à la radio pour RTL, à la télévision pour TF1, tout en écrivant dans Paris-Turf. Il fut aussi un des actionnaires-fondateurs de Jour de Galop, en juillet 2007, auquel il resta très attaché jusqu’à sa mort. Sa vie a été racontée par Mayeul Caire dans le livre Gagnant !, paru aux Éditions du Rocher en 2006.