La grande interview : generation galop est nee

Autres informations / 12.04.2013

La grande interview : generation galop est nee

Une

nouvelle association vient de voir le jour, Génération Galop, dont l’objectif

est d’imaginer des solutions pour améliorer le quotidien des

socioprofessionnels français. Sa présidente, Chryss O’Reilly, et son

vice-président, Hervé Morin, lèvent le voile, en exclusivité pour JDG.

JOUR DE

GALOP. – POURQUOI AVEZ-VOUS DECIDE DE CREER CE MOUVEMENT ?

Hervé

Morin. – Parce que les courses françaises vivent un paradoxe : d’un côté, les

deux tuyaux qui alimentent la filière jouent très bien leur rôle, car le PMU et

les ventes de yearlings sont en hausse constante depuis plusieurs années… et de

l’autre côté, les trois grands segments socioprofessionnels – propriétaires,

éleveurs et entraîneurs – sont tous en difficulté ! C’est incroyable : d’un

côté, le PMU a fait + 30 % en dix ans, ce qu’aucun secteur de l’économie ne

peut revendiquer ou presque… et de l’autre, le nombre d’éleveurs baisse

fortement (- 7 % depuis 2007 et - 16 % pour le nombre d’éleveurs possédant plus

de cinq juments), nous n’avons plus qu’un seul étalon supérieur à 15.000 € au

lieu de six il y a dix ans, le nombre de propriétaires français se réduit comme

peau de chagrin (- 10 % depuis dix ans sur l’ensemble de la population, mais

jusqu’à - 50 % pour les propriétaires de plus de vingt chevaux), et beaucoup

d’entraîneurs sont sur la corde raide pour ne pas dire plus.

Chryss

O’Reilly. – C’est ce constat, que vient de présenter Hervé, qui nous a poussés

à créer une association pour essayer d’analyser les problèmes les plus graves

et de proposer des solutions. Propriétaires, éleveurs, entraîneurs : nous

sommes tous touchés par cette crise. Tous concernés, quelle que soit notre

activité dans la filière et quel que soit notre investissement financier

personnel. Tous ceux qui sont passionnés par les courses au galop et qui

veulent vivre leur passion connaissent le paradoxe dont nous avons parlé et

s’en inquiètent.

QUAND

EST NE VOTRE MOUVEMENT ?

Chryss

O’Reilly. – Je dirais qu’il a débuté très spontanément, au sens où chacun, dans

son coin, se disait : « Qu’allons-nous faire ? Les choses ne vont pas très

bien… » Et puis l’été dernier, nous avons commencé à réfléchir plus

concrètement à plusieurs sur ce qu’il fallait faire et comment il fallait le

faire. Petit à petit, les idées se sont ordonnées et les gens qui avaient des

idées proches se sont parlé et se sont rapprochés. En somme, la vraie naissance

de notre mouvement a été une rencontre générale d’idées. En échangeant, nous

avons plus que jamais pris conscience qu’il y avait un besoin de réflexion dans

notre filière.

CE

N’ETAIT DONC PAS LIE A LA REFORME DES PRIMES VOTEE PAR FRANCE GALOP ?

Hervé

Morin. – Disons que le débat – ou l’absence de débat – sur les primes a

peut-être servi de déclencheur, mais cela n’a été que le point de résurgence

d’une crise plus profonde. Plus de ceci ou plus de cela, au fond, ce n’était

pas le problème. Notre réflexion a été : comment pouvons-nous réfléchir tous

ensemble pour tirer toute la filière vers le haut ? Parce que nous avons toujours

pensé que la sélection, la compétition, l’ambition étaient notre salut.

Évidemment, notre vision tranche avec les tentations de repli de la France sur

elle-même. Mais toutes les civilisations qui se replient sur elles-mêmes

meurent.

PUISQUE

VOS IDEES VONT A L’ENCONTRE DES DECISIONS PRISES PAR FRANCE GALOP AU COURS DE

L’ETE DERNIER, ETES-VOUS UNE FORCE D’OPPOSITION ?

Hervé

Morin. – Non, nous ne sommes pas en opposition avec quiconque. Bien sûr, nous

ne nous empêcherons pas de réagir sur l’actualité, mais nous voulons avant tout

être une force de proposition. Notre association est un lieu d’échange qui va

produire des propositions et qui va les défendre, pour influencer les grandes

décisions.

Chryss

O’Reilly. – Tout à fait, d’ailleurs nous avons, parmi nos membres, des

personnes qui siègent à France Galop et dans les différents syndicats

professionnels. Nous nous voyons comme une force complémentaire mais

indépendante des instances en place.

COMMENT

VOUS POSITIONNEZ-VOUS PAR RAPPORT AUX SYNDICATS HISTORIQUES ? UN COMPLEMENT, UN

PARTENAIRE,

UN

ADVERSAIRE… ?

Chryss

O’Reilly. – Nous voulons nous faire entendre. Ce que nous allons essayer de

proposer, ce sont des solutions pour régler les problèmes qui nous concernent.

QUELS

SONT LES OBJECTIFS DE VOTRE ASSOCIATION ?

Chryss

O’Reilly. – Toutes les personnes qui partageront un certain nombre d’idées avec

nous seront les bienvenues. Nous savons écouter. Nous voulons encourager les

jeunes. Nous voulons être interprofessionnels : entraîneurs, préentraîneurs, éleveurs

avec ou sans sol, propriétaires, agents, jockeys, etc. Tous ceux qui se

passionnent pour l’avenir du galop français peuvent se joindre à nous.

EN CE

SENS, VOUS SERIEZ PLUS PROCHES DU THINK TANK ?

Chryss

O’Reilly. – Oui. Un think tank indépendant, sans a priori. Et surtout pas un

mouvement politique. Personne, chez nous, n’a d’aspiration élective, ni ne veut

prendre le pouvoir dans les instances officielles. Nous voulons simplement

essayer d’arranger les problèmes qui nous concernent tous.

Hervé

Morin. – Chryss a raison : Génération Galop n’est pas un instrument politique

mis au service de telle ou telle personne dans la perspective d’élections

professionnelles. Nous ne sommes pas non plus un syndicat professionnel. Ni un

parti qui viserait de s’imposer à France Galop, même si un certain nombre de

nos membres siègent actuellement à la société-mère.

POURQUOI

AVOIR CHOISI CE NOM DE "GENERATION GALOP" ?

Chryss

O’Reilly. – Nous voulions mettre en valeur le côté intergénérationnel de notre

mouvement. Nous qui avançons en âge, nous voulons améliorer les choses dans

l’intérêt des jeunes qui s’installent aujourd’hui et qui s’installeront demain.

Ce mot de génération, il symbolise le travail que nous faisons pour la

génération qui nous succèdera.

Hervé

Morin. – Le mot génération exprime à la fois la jeunesse et la transmission de

valeurs, d’une culture, d’une tradition. Une génération, c’est d’abord un

groupe de personnes du même âge qui succède à un groupe de personnes plus

âgées. Mais c’est aussi une ambition, l’ambition de la jeunesse, qui peut

s’épanouir parce qu’elle profite du travail fait par la génération qui l’a

précédée.

COMBIEN

DE MEMBRES COMPTE GENERATION GALOP ?

Chryss

O’Reilly. – Environ 80 membres à ce stade. Mais nous n’avons pas encore mené

beaucoup d’opérations de prospection. C’est un nombre qui va grandir car nous

allons bientôt lancer des rencontres en régions pour expliquer notre démarche

et nos objectifs.

QUEL EST

LE PROFIL TYPE DU MEMBRE DE GENERATION GALOP?

Chryss

O’Reilly. – Il n’y a pas de profil type. Il y a des professionnels de plat et

d’obstacle, des éleveurs avec ou sans sol, des propriétaires de un à cent

cinquante chevaux, des Parisiens et des provinciaux… des plus âgés et certains

très jeunes qui débutent. La diversité est une de nos forces. Elle est capitale

si nous voulons réussir. C’est pourquoi nous sommes très ouverts à tous les

profils.

QUE

REPONDEZ-VOUS A CEUX QUI VOUS CATALOGUENT COMME LE "SYNDICAT DES

GROS" ?

Chryss

O’Reilly. – C’est tout à fait réducteur. Parmi nos premiers adhérents, il y a

des propriétaires de deux chevaux, des éleveurs qui démarrent… Notre démarche

peut intéresser tous les professionnels.

Hervé

Morin. – Prenez mon exemple. Je fais ça avec passion. J’ai commencé avec rien.

Je pense qu’un petit éleveur comme moi ou un petit propriétaire a tout à gagner

à ce que la filière française devienne le carrefour de tous les acteurs

internationaux.

N'IMPORTE

QUEL SOCIOPROFESSIONNEL PEUT-IL ADHERER A GENERATION GALOP? ET A QUELLES

CONDITIONS ET/OU POUR

QUEL COUT

?

Chryss

O’Reilly. – Oui, bien sûr. Il suffit de se connecter à www.generationgalop.com.

Cette année, la cotisation commence à 100 € pour l’année 2013.

Hervé

Morin. – La création de notre association est un appel à tous les passionnés.

On peut avoir un demi-cheval et participer à notre démarche.

COMMENT

EST ORGANISE GENERATION GALOP ?

Chryss

O’Reilly. – C’est une association de bénévoles, qui emploie un salarié, Alix

Choppin, secrétaire générale installée au siège de Chantilly. Au sein de

l’association, nous allons implanter un conseil de surveillance de douze

membres, qui définira les sujets sur lesquels nous travaillerons. Puis ces

sujets pourront être étudiés par tous les membres, en petits groupes ou

individuellement. Enfin, tous les travaux reviendront vers le conseil de

surveillance qui validera les propositions sur les différents sujets.

COMMENT

COMPTEZ-VOUS INTERVENIR DANS LA VIE DU GALOP FRANÇAIS ET PESER A FRANCE GALOP ?

COMPTEZ-VOUS INTEGRER LES INSTANCES, OU RESTER UN LOBBY EXTERIEUR A LA SOCIETE-MERE

?

Chryss

O’Reilly. – Nous voulons proposer des solutions à des problèmes qui concernent

directement tous les professionnels, et donc leurs instances représentatives.

Nous allons donc promouvoir nos idées auprès de tous les acteurs, car c’est par

la contagion que les mentalités évolueront.

AVEZ-VOUS

DEJA RENCONTRE BERTRAND BELINGUIER POUR LUI PARLER DE VOS PROJETS ? PHILIPPE

GERMOND ?

Chryss

O’Reilly. – Nous avons rencontré Bertrand Bélinguier qui nous a invité à lui

présenter notre projet. Il nous a écoutés. Il nous a même aidé à organiser à

Longchamp notre première réunion. Je pense qu’il est ouvert aux idées que nous

pourrons apporter.

QUELLE

EST LA PREMIERE IDEE QUE VOUS METTRIEZ EN APPLICATION SI VOUS DIRIGIEZ LE GALOP

FRANÇAIS ?

Chryss

O’Reilly. – Je ne dirigerai jamais le galop français ! Je ne veux pas diriger

legalop français ! C’est ma réponse personnelle mais cela rejoint ce que je

vous ai dit sur les objectifs de notre association. Nos priorités sont le

propriétariat et le programme, mais nous n’avons pas d’idée préconçue sur les

mesures à prendre, c’est tout l’objet du travail qui nous attend ! Nous devons

continuer à élever le niveau de nos courses. L’amélioration et la sélection

sont la base de tout.

Hervé

Morin. – Nous sommes dans un monde nouveau, caractérisé par une grande fluidité

des acteurs. Le marché du cheval de course est presque pur et parfait, tout en

offre et en demande, où les mêmes acteurs interviennent sur les quatre grands

marchés mondiaux. Notre challenge à tous, c’est de les amener à penser que la

France est le meilleur des quatre marchés. Cela passe d’abord par la

consolidation de l’élevage pour aider nos éleveurs à s’adresser à la clientèle

internationale. Puis par la valorisation. Et à ce sujet, il y a beaucoup de

choses à faire au niveau du programme.