Jonathan plouganou : « si la réussite est là, honnêtement, je me vois bien monter encore pendant cinq à dix ans »

Autres informations / 16.05.2013

Jonathan plouganou : « si la réussite est là, honnêtement, je me vois bien monter encore pendant cinq à dix ans »

Cravache

d’argent en 2011, Jonathan Plouganou a enregistré plus de cinquante victoires

cette année, soit une dizaine de plus que son plus proche adversaire, David

Cottin, dans la course à la Cravache d’or. En 2011, pour sa première

participation au Gras Savoye Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), il tombait

avec Berryville (Poliglote) au saut du moyen open-ditch, alors qu’il semblait

encore disposer de beaucoup de ressources. En 2012, une fracture d’une vertèbre

dorsale l’empêchait de se mettre en selle sur Net Lovely (Network) qui tombait,

elle, au saut du rail-ditch and fence. Dimanche, c’est avec le pensionnaire de

Philippe Peltier, Ozamo (Alamo Bay), que ce jockey au talent incontestable

tentera de prendre sa revanche. Rencontre.

JDG. –

DIMANCHE, VOUS SEREZ EN SELLE, POUR LA DEUXIEME FOIS DE VOTRE CARRIERE, DANS LE

GRAS SAVOYE

GRAND

STEEPLE-CHASE DE PARIS. COMMENT ENVISAGEZ-VOUS L’EDITION 2013 ?

Jonathan

Plouganou. – Cela sera une sacrée course. C’est un lot homogène dans lequel

beaucoup de chevaux ont leur chance. Des vieux chevaux expérimentés rencontrent

des jeunes recrues "sur la montante". Ce sera intéressant pour

l’avenir. Ensuite, à la vue du lot, je pense que nous aurons une course très

sélective.

VOUS

NOUS AVEZ CONFIE QUE VOUS VOUS METTREZ EN SELLE SUR OZAMO, QUI PARTICIPERA,

LUI, A SON PREMIER GR1. AVEC QUELLES PRETENTIONS VOUS RENDREZ-VOUS AU DEPART

DIMANCHE ?

Je pense

que nous avons une belle place à défendre. Ozamo est encore jeune et en

constante progression. Il se montre beaucoup plus gérable qu’auparavant durant

ses parcours. Bien sûr, il faut sans cesse chercher à le canaliser, car s’il

commence à en doubler un, il en passe dix, mais depuis que je le vois courir,

il s’est beaucoup amélioré. De plus, c’est un cheval très puissant, doué sur

les obstacles. Il a énormément de qualités et beaucoup de potentiel. Le

"Grand Steeple" est toujours une course qui réserve quelques

surprises. Alors, sur un coup de poker, pourquoi ne pas se rapprocher de la

première marche du podium ! APRES QUATRE MOIS DE COMPETITION, LES VICTOIRES

S’ENCHAINENT. PLUS DE DIX SUCCES VOUS SEPARENT DE DAVID COTTIN ET BERTRAND

LESTRADE. QUEL REGARD PORTEZ-VOUS SUR VOTRE DEBUT DE SAISON ?

Je pense

tout simplement que c’est une belle revanche sur ma saison passée durant

laquelle j’ai longtemps été écarté de la compétition, à cause d’une fracture

d’une vertèbre. Je suis totalement conscient de la réussite qui est la mienne

actuellement. Vous savez, c’est comme un cercle vertueux, plus vous gagnez et

plus de nombreux professionnels vous font confiance. Et je les en remercie.

C'est une grande motivation pour se lever chaque matin. Ensuite, il faut avouer

que depuis le début de l’année, de nombreux jockeys se blessent et cela nous

fait récupérer d’autres montes également, le temps qu’ils se remettent en

selle. Mais ce sont les mêmes règles pour tout le monde. Dans ce métier,

l’expression "le malheur des uns fait le bonheur des autres" prend

tout son sens.

QUELS

SOUVENIRS GARDEZ-VOUS DE CES PREMIERS MOIS DE COMPETITION ?

Le

meeting de Pau, premièrement, au cours duquel j’ai connu beaucoup de réussite.

Autant vous dire que j’ai passé un bon hiver ! Je pense d’ailleurs que c’est

aussi grâce à ce meeting que je dois ma réussite actuelle. Ce fut un bon

concours de circonstances. Ensuite, et surtout, The David Nicholson Mares

Hurdles (Gr2), à Cheltenham, lorsque j’ai terminé à la deuxième place avec

Sirène d’Ainay (Dom Alco) derrière Quevega (Robin des Champs). Cela restera un

souvenir extraordinaire. L’hippodrome est gigantesque et la foule est

impressionnante. Nous avons été très bien reçus par les professionnels anglais,

qui sont très respectueux. Ils ont vraiment une culture du cheval différente de

la nôtre, Français. Le jour de la course, j’étais vraiment à fond, très

concentré sur mon objectif. Bien entendu, avant l’épreuve, je suis allé faire

le tour de la piste à pied. Et je n’étais pas inquiet. Je savais ma jument en

forme et je savais où j’allais. J’avais juste à gérer mon gaz. Lorsque nous

avons été battus, j’étais vraiment très déçu. Je suis persuadé qu’avec une

ligne droite plus longue, nous aurions pu faire la différence. Quoi qu’il en

soit, je peux vous dire que quand vous êtes dans la ligne droite, prêt à battre

la grande favorite du jour, et même si vous êtes dans votre bulle, le public

vous porte ! Une chose est sûre, je n’hésiterai pas à retourner en Angleterre

si l’occasion se représente.

UN JOUR

VOUS ETES A DAX, LE LENDEMAIN A STRASBOURG, ET VOUS FINISSEZ A AUTEUIL LE JOUR

SUIVANT. FAITES-VOUS APPEL A UN AGENT ? COMMENT VOUS ORGANISEZ-VOUS ?

Je ne

fais pas appel à un agent. Pour l’obstacle, je trouve ça assez compliqué et

délicat. Pour ma part, je préfère décider de ce que je vais monter. En général,

je connais tous les chevaux que je monte. Soit je les ai déjà montés, soit je

les ai vus courir, et je ne vois pas quelqu’un le faire à ma place. Même si mon

père m’aide un peu. Cela fait partie aussi de mon métier de jockey, de connaître

les chevaux. Pour ce qui est du transport et de l’organisation, mes parents et

mon amie, Sonia, m’aident et me soutiennent beaucoup. Lorsque j’arrive à

retourner chez moi, dans le Sud-Ouest, je monte à l’entraînement chez mon père.

Ensuite, lorsque je suis en déplacement, je pars sauter des chevaux chez les

entraîneurs qui me font confiance et qui me le demandent.

VOTRE

PERE, FRANÇOIS, EST ENTRAINEUR PRES DE MONT-DE- MARSAN. VOUS ETES UN ENFANT DU

MILIEU…

Oui, en

effet ! J’ai été bercé par les courses. Devenir jockey a toujours été une

évidence pour moi. Mais mon père a tenu à ce que je commence par le circuit

amateur en tant que gentleman-rider. Il trouvait ça plus formateur. Les courses

y sont plus faciles et les chevaux alignés au départ de ces épreuves sont en

général plus aguerris dans la discipline dans laquelle ils courent que dans des

courses de jeunes jockeys. Et puis les amateurs font ça pour leur plaisir… moi

j’arrivais le couteau entre les dents ! En parallèle de ce cursus de gentleman,

mes parents ont également tenu à ce que je suive des études. C’est ainsi que

j’ai obtenu un diplôme en comptabilité. C’est à 18 ans que je suis passé

jockey.

VOUS

SOUVENEZ-VOUS DE VOTRE PREMIERE VICTOIRE ?

C’était

avec un vieux cheval de mon père, Mazepa (Le Pontet). Il était complètement

déclassé pour l’occasion !

AVEC

VOTRE COLLEGUE ET AMI, DAVID COTTIN, VOUS FAITES PARTIE DES PLUS GRANDS JOCKEYS

DE FRANCE, AUTANT AU SENS PROPRE QU’AU SENS FIGURE DU TERME. COMMENT

FAITES-VOUS POUR GARDER LA LIGNE ?

David m’a

rattrapé au point de vue de la taille ! En effet, je me suis un peu tassé

depuis ma fracture à une vertèbre. Paraît-il qu’une vertèbre équivaut à trois

centimètres en moins lorsque que celle-ci est cassée. Question régime, je

n’invente rien. Je cours beaucoup, je prends des bains chauds, je fais du sauna

et m’oblige à manger léger. C’est beaucoup d’efforts et de contraintes. Cela

fait huit ans que je suis au régime, mais le jeu en vaut la chandelle. Si la

réussite est là, honnêtement, je me vois bien monter encore pendant cinq à dix

ans. Ensuite, on verra…