Trot, mais pas trop…

Autres informations / 06.05.2013

Trot, mais pas trop…

« La

course prévue comme support événement le 7 mai 2013 à Beaumont-de-Lomagne

(trot) n'ayant pas réuni suffisamment de partants, la course support événement

est transférée sur l'hippodrome de Chantilly (galop) dans le Prix de Rully en

première course à 15 h 35. » Certes, le galop a généralement plus de mal que le

trot à faire le plein de partants. Mais depuis deux jours, on sait que le galop

n’est plus le seul à avoir de légers problèmes d’effectifs. Tout ce que l’on

peut souhaiter, en ces circonstances malheureuses, c’est que cela calme les

talibans de la séparation entre trot et galop. Ces partisans de l’explosion du

modèle français, qui ricanaient lorsqu’il avait fallu, récemment, remplacer un

Quinté+ à Auteuil par un Quinté+ au trot.

LA

CIGALE CHANTERAIT-ELLE, EN HIVER, A CAGNES-SUR-MER ?

Oui,

souhaitons que ces excités "court-termistes", majoritairement

trotteurs dans la période actuelle (mais les galopeurs ont eu aussi, en leur

temps, une bonne dose de mépris pour leurs congénères d’en face), comprennent

que l’intérêt des sociétés-mères est de rester unies. Si ce remplacement d’un

Quinté+ de trot par un Quinté+ de galop doit servir à quelque chose, qu’il

invite certains agités du bocal à cesser d’en appeler à une répartition des

mannes du PMU au prorata du chiffre d’affaires généré par chacune des deux

disciplines (sous-entendu : donnons plus au trot, puisqu’il génère un petit peu

plus de chiffre d’affaires PMU). D’articles à peine téléguidés en "points

de vue" à visage découvert, ces pyromanes rejouent la cigale et la fourmi,

en fabulistes à la petite semaine, accusant le galop d’avoir "chanté tout

l’hiver" (à Cagnes ou à Pau ?!), avec ses hippodromes et ses centres

d’entraînement parisiens si nombreux et si chers…

LE

PARADOXE DES JUMEAUX

Ce

serait bien hasardeux de leur part de continuer à souffler sur les braises, car

qui sait, la situation se retournera peut-être un jour ? Aujourd’hui, le trot a

l’avantage sur le sol français. Mais demain ? Et à l’international ? La partie

n’est gagnée pour personne. Ainsi, sur le (très) long terme, on pourrait

imaginer que le galop l’emportera. Oui, je sais, dans le contexte actuel, ce

que je viens d’écrire peut vous sembler aussi étrange que la célèbre formule :

le trajet le plus court entre deux points est une courbe (*). Et pourtant, dans

un marché toujours plus mondialisé, s’il ne doit rester qu’une langue, ce sera l’anglais

; s’il ne doit rester qu’une monnaie, ce sera le yen… et s’il ne doit rester

qu’une discipline de courses, ce sera le plat. Pourquoi ? Parce que la

mondialisation se fait toujours sur la base d’un plus petit dénominateur

commun. Or les courses plates sont infiniment plus présentes à la surface du

globe que ne le sont les courses au trot. À l’inverse, on peut affirmer que le

trot l’emportera car il coûte moins cher à organiser (prix des animaux, coût

d’entretien des pistes, rémunération des acteurs, etc.), parce que ses chevaux

durent plus longtemps et sont plus populaires dans le grand public. Vous voyez

qu’entre les deux "jumeaux" des courses françaises, il est difficile

de dire lequel voyagera dans les cieux à la vitesse de la lumière et lequel l’attendra

sur la terre ferme (*).

IL NE

PEUT Y AVOIR QU’UN SEUL "MADE IN FRANCE"

Enfin…

loin de moi l’idée d’opposer le trot et le galop ou d’aviver une quelconque

animosité entre les sociétés-mères car je suis profondément favorable, non

seulement à leur bonne entente, et même à leur fusion. Je me réjouis qu’un

comité stratégique réunisse les dirigeants des deux sociétés et du PMU, car

pour que les soldats arrêtent de se battre, il faut d’abord que les maréchaux

aient signé cette paix. Mieux : je suis pour la fusion des trois grandes

entités institutionnelles, France Galop, Cheval Français et PMU. À l’heure où

la France hippique va devoir aller chercher sa croissance à l’international

(c’est vrai pour le PMU, mais aussi pour tous les acteurs socioprofessionnels

de notre filière), mieux vaut avancer unis que d’en appeler à Picrochole. Nous

sommes tous favorables à une task force unique ! En matière de développement

international, il ne peut y avoir qu’un seul "made in France". Grâce

à l’union sacrée, le gâteau des courses françaises ne fera que grandir et plus

personne ne posera la question ni du nombre de parts, ni de la taille de ces

mêmes parts !

(*) Ou,

pour être plus précis : la théorie de la relativité montre que le temps propre

le long du trajet curviligne est plus court que le temps propre le long du

trajet rectiligne. On illustre cette affirmation avec le "paradoxe des

jumeaux" : l'un des frères fait un aller-retour Terre-Ciel à la vitesse de

la lumière, tandis que son frère reste sur la Terre ; à son retour sur la

Terre, le voyageur est revenu plus jeune que son frère (cf. Introduction à la

relativité, par James H. Smith, aux éditions Masson, Paris 1997).