Apres dax... commencer par le commencement

Autres informations / 11.07.2013

Apres dax... commencer par le commencement

Par Corine Barande-Barbe

Entraîneur-Propriétaire-Éleveur et Présidente des "Actionnaires du galop"

« Je ne suis pas là pour porter un jugement sur "l’affaire" de Dax... Je suis là pour courir les chevaux que j’entraîne, dont je suis souvent propriétaire et que j’élève même parfois. Mais je peux témoigner du malaise certain qu’elle met en lumière. C’est l’occasion pour chacun de prendre conscience de problèmes et de demandes qui ont été ignorées et muselées par les instances. Nombreux sont ceux qui réclament désespérément depuis des mois des courses pour leurs chevaux de tous âges.

"L’affaire Dax" est largement dramatisée... Pour éviter les vraies questions !

Nos dirigeants hurlent au scandale et aux martyrs alors qu’ils ignorent les acteurs depuis des mois ! Rien ne serait arrivé s'ils avaient entendu les alertes et adapté le programme.

Les mêmes écuries ont fourni en majorité les non-partants et les éliminés de Dax. Quant à la perte d’enjeux, elle est infime comparée à celle que génère chaque jour le renoncement de ceux qui ne peuvent assumer la grande transhumance quotidienne. La question du programme est beaucoup plus grave ...

Oui, le  vrai  problème  est  ailleurs: est-il normal et rationnel qu’une trentaine de chevaux parisiens courent à 800 km de chez eux en semaine ? Avec ce que représentent les frais annexes, la fatigue pour les chevaux et le personnel, la désorganisation des écuries ? Non ! On ne court pas à Paris quatre mois par an et Paris concentre d’une part les Groupes, Listed-races, courses A et B et d’autre part les "réclamer" et handicaps. On y manque cruellement de courses à conditions "normales", ce système impose de voyager et transperce le budget transport, écœurant un vivier de propriétaires. Il faut vraiment se voiler la face pour l’ignorer.

Tout le monde est heureux de voyager pour courir un Groupe. Mais, qui est obligé de voyager ?

Les grilles d’effectifs France Galop indiquent que la "fédération Paris" (Chantilly + Maisons-Laffitte) regroupe 3.179 pur-sang, soit 35 % du total : 48 % des 2ans, 42 % des 3ans, 32 % des 4ans et 23 % des 5ans et plus. La répartition des opportunités est choquante. Exemple : chez les 2ans, jusqu’au 31/8, Paris, Compiègne et Fontainebleau n’accueillent que 17 % des courses à conditions et seulement 11 % des "G" et "F" (avec des conditions plus fermées qu’ailleurs) alors qu’elles devraient permettre d’entrer dans le programme. En incluant Deauville et Clairefontaine (un jour de déplacement depuis Paris), avec 55 % des 2ans si on trouve 100 % des Groupes et 52 % des "réclamer", on atteint à peine 33 % des courses à conditions et 23 % des "G" et "F". Pas étonnant que l’on s’insurge à Paris et au nord-ouest !  La "fédération Paris" n’est que virtuelle... Par esprit de justice, il est urgent que France Galop en fasse une réalité avec les mêmes droits et la même représentation que les autres fédérations...

Des acteurs se révoltent et lancent le premier cri d’une colère et d’un désespoir qui montent, témoins de la crise des professionnels. Fini le temps des engagements électoraux où chacun promettait de remédier à cette crise en « adaptant la répartition des opportunités aux effectifs ». Une fois élus, rien n'a été fait ! Le problème s’amplifie sur tout le territoire dans l’indifférence la plus coupable. Le  refus  de toute  concertation  définit  désormais  le  Galop, avec la méconnaissance du terrain et l’indifférence aux réalités. D’où la création de Génération Galop et du Cercle Tourbillon...Si on révise un budget en consultant d’une oreille distraite quelques relations et en évitant les représentants officiels des acteurs concernés. Si on ose ensuite imposer de mauvaises mesures, comment s’étonner que ce despotisme engendre la révolte ? « Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt... » Quand les acteurs réclament la refonte promise du programme, le conseil d’administration (se passant désormais de l’expertise des directeurs, on croit rêver) se focalise sur une réaffectation bâclée du budget des indemnités de transports : grave erreur !

Pas question de consolations ni de cadeaux antisportifs : en l’occurrence le terme "indemnité" signifie "allocation versée en compensation de certains frais". Plutôt normal dès lors que l’on n'a pas le choix !

Pour diminuer les dépenses, il faut réduire les déplacements  par  un  programme  pyramidal  et  national qui satisfasse chaque région. Pour éviter quelques abus, une mesure dont personne ne connaît les détails d’application punit tout le monde à l’aveuglette : ceux qui subissent le manque d’opportunités seront doublement pénalisés. Ceux qui n’obtiennent pas de boxes en meeting, contraints aux allers-retours vont "manger" leur quota en quelques semaines. Pendant que quelques privilégiés organisent carrément des annexes sur place, été comme hiver ...

Le programme dirigiste actuel ne convient pas : allant à l’encontre de toute logique économique, mais aussi du sport et du plaisir recherché par les propriétaires, c’est lui qui nous met en danger. La refonte du programme est LA priorité ! Son impact sur le budget éviterait des mesures contreproductives et injustes.

Il semble que les acteurs soient décidés à ne plus subir en silence. Qui leur donne tort ? »