France galop doit protéger gény comme son bien le plus précieux

Autres informations / 14.09.2013

France galop doit protéger gény comme son bien le plus précieux

Ma conviction est que l’institution des courses (France Galop, le trot et le PMU) a tout intérêt à continuer à financer cette entreprise et que ce serait une erreur de cesser de publier le journal de Gény.

Il existe depuis le lancement du journal de Gény une guerre hyper violente entre Gény Courses et le groupe Turf Editions (Paris-Turf, Paris-Courses, Tiercé Magazine, Week-End... qui comprend aussi l’opérateur de paris online LeTurf.fr). Et même, de manière plus large, un conflit sérieux entre le PMU (propriétaire de Gény Courses) – voire l’Institution des courses– et le groupe Turf Éditions.

Voici l’histoire de cette lutte acharnée, en version condensée. La guerre a commencé lorsque Gény, dont le métier historique est de produire de l’information hippique à destination des parieurs, a annoncé vouloir publier un journal concurrent de Paris-Turf. Le groupe Turf Éditions a alors activé tous ses réseaux, dans les sociétés de courses et en dehors, pour empêcher cette sortie. Longtemps il a eu gain de cause. Et puis, au moment de l’ouverture du marché des paris, il a pris le risque d’attaquer le PMU sur son marché en lançant l’opérateur de paris hippiques en ligne LeTurf.fr... Le franchissement du Rubicon a convaincu les derniers sceptiques, au sein de l’Institution, d’autoriser le lancement du journal de Gény, avec cet argument imparable : puisque vous venez sur mon marché (le pari), je viens sur le vôtre (la presse papier).

Trois ans après l’ouverture du marché des paris, LeTurf.fr n’a pas beaucoup embêté le PMU, car il n’a pas pris une part de marché énorme (il est très loin derrière le PMU et ZeTurf, et également derrière GényBet). Et puis, de toute façon, l’opérateur historique avait besoin de concurrents pour prouver aux autorités de la concurrence que l’ouverture du marché des jeux en ligne avait bien eu lieu.

À l’inverse, le journal de Gény gêne beaucoup Turf Éditions, car il a tari trois sources de revenus : les ventes en kiosque (les 10.000 ou 12.000 exemplaires vendus par Gény ont été pris sur le marché existant), la hausse du prix de ses journaux (à chaque fois qu’un journal du groupe Turf Éditions monte ses prix, ce sont autant de lecteurs qui partent chez Gény) et le contrat qui liait Paris-Turf aux sociétés de courses pour publier les partants des réunions III et IV. En effet, avec l’explosion du nombre de réunions PMU, Paris- Turf avait obtenu des sociétés-mères un dédommagement des surcoûts liés au plus grand nombre de pages (impression et distribution).

Selon les estimations et le mode de calcul, cette subvention varierait entre 500.000 € et 1,5 M€. Qui sait ce que Paris- Turf exigera s’il occupe à nouveau une position monopolistique, à présent qu’il est dans une situation économique plus tendue que jamais ?

Vous comprenez pourquoi Turf Éditions préférerait que le journal de Gény mette la clé sous la porte... et pourquoi l’Institution des courses s’est créé, avec le journal de Gény, un puissant outil de pression sur Paris-Turf et sur ses satellites.

Au risque de choquer, j’ai même envie d’écrire que, malgré ses pertes, Gény vaut beaucoup d’argent, simplement par la concurrence qu’il implique. Et en cela, contrairement à ce qui a pu être dit, le PMU a eu cent fois raison de mettre la main sur Gény en 2008 et de monter encore jusqu’à posséder tout son capital. Car qu’en serait-il aujourd’hui si Paris-Turf ou un opérateur concurrent du PMU en était propriétaire ? Cela coûterait et aurait déjà coûté à l’Institution beaucoup plus que ce que Gény a perdu depuis quelques mois.

Malgré tout cela, l’Institution des courses demeure parfois un peu schizophrène : d’un côté, elle est actionnaire de Gény, donc on comprend qu’elle défende son bébé ; de l’autre, elle est parfois sensible au lobbying intense mené par Paris-Turf pour tenter de faire fermer Gény. Et, de manière tout à fait paradoxale, on trouve au sein de la filière des candidats pour démolir Gény, alors même que c’est aujourd’hui un actif précieux.

Comme cette semaine dans nos colonnes, les adversaires de Gény ont toujours le même argument : alors que l’on fait la chasse aux gaspillages, Gény perd trop d’argent pour que l’on puisse continuer à le financer. Sauf que lorsque l’on regarde un investissement, il faut étudier trois courbes : la valeur de l’actif, l’évolution des charges et l’évolution des recettes. En ce qui concerne le journal de Gény, la courbe des charges est en baisse et celle des recettes en hausse – ce qui produit un résultat financier en amélioration... et donc limite le risque d’une dépréciation trop forte des actifs.

Comme dans d’autres secteurs, le passage le plus dur, quand on crée un média, ce sont les cinq premières années. C’est d’ailleurs pour cela que les journaux et les médias en général se vendent aussi cher, même lorsque leurs résultats comptables sont modestes, voire déficitaires. Créer un média ex nihilo, c’est le plus risqué et le plus coûteux, et l’immense majorité des projets échouent – faute de capitaux pour soutenir assez longtemps le nouveau venu. Voilà pourquoi ce serait vraiment du gâchis de fermer Gény maintenant, alors que le plus dur a été fait. En tenant dans la durée, Gény ne peut que s’en sortir.

Et d’ici là, quand un parieur dépensera 1 € en achetant Gény plutôt que 1,70 € en achetant Paris-Turf, ce sera quasiment à chaque fois 70 centimes de gagnés pour le PMU car l’achat de presse hippique est dans le budget « paris hippiques » des consommateurs ; grossièrement, le parieur joue avec ce qu’il lui reste une fois qu’il a dépensé de quoi faire le papier. Si Gény arrête et que Paris-Turf a le loisir de passer à 2 €, ce seront encore 30 centimes supplémentaires qui seront perdus pour la filière... Or, l’histoire récente de Paris-Turf est celle d’une augmentation continue de son prix.

Tiens, et si l’institution, au lieu de saborder un de ses actifs, réfléchissait plutôt en termes de croissance ? Et si l’institution, au lieu de penser à fermer Gény, songeait à racheter Paris-turf ? ne sursautez pas. c’est un scénario tout à fait envisageable.

Tout ceci étant établi, il faut aussi dire un mot de l’amélioration possible du résultat de Gény. Car l’entreprise détenue par l’Institution a deux grands atouts dans sa manche. Le premier, c’est sa base de données, réputée la meilleure du marché français, même si celle de Paris Turf lui est supérieure par la richesse de ses commentaires et sa richesse historique.

La concurrence fait d’ailleurs rage entre les deux entreprises pour la fourniture de pages clés en mains à la presse quotidienne régionale : Paris-Turf en avait historiquement le leadership, jusqu’à ce que Gény gratte patiemment des parts de marché désormais prépondérantes. Le second atout de Gény, c’est qu’il sait maintenant fabriquer des journaux papier. Et c’est sans doute là le plus intéressant.

Car le PMU, comme chacun le sait, va fortement se développer à l’étranger dans les années à venir. Il part avec, sous le bras, les courses françaises, leur densité, leur régularité, leur notoriété, leur qualité, leur variété, leur longévité, etc. Et avec deux objectifs : enregistrer des paris localement sur les courses locales (mais ce ne sont pas les plus rentables pour la filière française)... et surtout faire jouer les parieurs étrangers sur les courses françaises (ce qui nous est vraiment profitable). Pour cela, outre ses outils technologiques et informatiques, il a besoin de trois médias : les images des courses (Equidia), les données techniques (partants, résultats, performances passées – le métier historique de Gény)... et un journal en langue locale pour faire le papier (le quotidien Gény Infos).

On comprend à la fois pourquoi cette perspective est aussi profitable à la filière (grâce à Gény, la France augmente ses chances de vendre du pari hippique sur ses courses) qu’à l’entreprise Gény elle-même (qui vendra ses prestations dans de nombreux pays, gagnant probablement plus d’argent que dans les kiosques français).

Paris-Turf a d’ailleurs lui aussi bien saisi de quoi était fait l’avenir : il mise une partie de son destin sur le gain de parts de marchés à l’étranger en presse papier et en fourniture de données techniques.

En 2014, Gény Bet (opérateur de paris détenu par Gény) collectera environ 40 M€ d’enjeux sur le Web et reversera à la filière hippique française 2,5 M€. Ce sera plus que les pertes du journal de Gény pour la même année.

Cela me fait penser à une écurie de courses où les 3ans gagnent de quoi payer l’avoine des yearlings, en attendant que ces derniers deviennent à leur tour rentables. Donc, arrêtons de dire qu’il faut fermer Gény.


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