France vs grande-bretagne et irlande : pourquoi une telle différence dans le nombre de black type en obstacle ?

Autres informations / 14.03.2015

France vs grande-bretagne et irlande : pourquoi une telle différence dans le nombre de black type en obstacle ?

Cheltenham a accueilli, en l’espace de quatre jours, plus de Groupes 1 que la France en un an ! Il y a en effet six fois plus de Groupes 1 en Grande-Bretagne et en Irlande que chez nous… alors que les deux nations organisent “seulement” deux fois plus de courses d’obstacle que notre pays. Cet écart pose plusieurs questions. Pourquoi de telles différences entre les deux côtés de la Manche ? Ces différences ont-elles des conséquences négatives et doit-on s’en inquiéter ? La situation peut-elle ou doit-elle évoluer ?

 

Pourquoi de telles différences entre la France, la Grande-Bretagne et l’irlande ? Au niveau du plat, l’International Grading and Race Planning Advisory Committee (IRPAC), établit un programme et consulte le Society of International Thoroughbred Auctioneers (SITA), qui représente les principales agences de vente à travers le monde. Ce n’est pas le cas en obstacle, discipline où chaque pays fonctionne indépendamment. Les sociétés mères britannique et irlandaise ont fait le choix d’un système proposant beaucoup de black type. Ils peuvent se prévaloir d’une certaine antériorité dans ce domaine par rapport au Continent. La création de courses black type en obstacle est donc très influencée par les traditions et pratiques hippiques de chaque pays. De l’autre côté de la Manche, la plupart des courses sont soutenues par des sponsors. Or, ces derniers sont certainement plus enclins à investir dans des courses black type et plus particulièrement des Groupes 1. Jean d’Indy, vice-président de France Galop et président du Conseil de l’Obstacle, nous a expliqué : « Il n’y a aucune coordination internationale au niveau de la mise place des courses black type en obstacle, contrairement au plat. L’Irlande et la Grande-Bretagne fonctionnent séparément de la France et de l’Italie. Chaque pays fixe ses black type comme il le souhaite. » Au sujet de la limitation du nombre de courses de Groupes en France, Jean d’Indy explique : « En Grande-Bretagne, où les courses de Groupes sont plus nombreuses en obstacle, les épreuves de bon niveau et les bonnes allocations sont concentrées sur certaines périodes, le festival de Cheltenham en particulier. En dehors de ces meetings spécifiques, les niveaux des courses (niveaux sportifs et niveaux des allocations) sont beaucoup moins homogènes. Il y a parfois des courses black type de moins bon niveau et des allocations beaucoup plus faibles. Personnellement, je ne souhaite pas que nous nous dirigions vers cette situation. Je préfère que nous conservions des courses black type en nombre ré- duit, mais avec des valeurs sportives incontestables et des allocations conséquentes. L’autre raison pour laquelle le nombre de Groupes et de Listeds ne peut pas croître de manière exponentielle en France réside justement dans le fait que nous garantissons un niveau d’allocations pour ces courses. Il faut donc pourvoir en allocation supplémentaire toute création ou promotion. Or, l’enveloppe n’est pas extensible. » La situation actuelle trouve donc son origine dans l’absence d’harmonisation au niveau international. Plusieurs obstacles de taille barrent la route à une éventuelle homogénéisation des programmes entre les pays.

Louis Romanet, président de la Fédé- ration internationale des Autorités hippiques, nous a expliqué : « L’important développement des courses d’obstacle en Irlande et en Grande-Bretagne correspond, au-delà des traditions, à la nécessité d’occuper la saison hivernale où les chevaux de plat courent peu. C’est une nécessité pour les bookmakers. En France, les trotteurs occupent en grande partie cette fonction. En plat les Listeds et Groupes sont soumis à un examen régulier de leur rating, avec des promotions et des rétrogradations à la clé. Le plat est un sport mondial qui se court dans de nombreux pays. Pour évaluer le niveau des épreuves, il est donc important de disposer d’une échelle au niveau international. L’obstacle ne connaît pas cette problématique, car 88 % des courses sont concentrées en France, Grande-Bretagne et Irlande. Or, les professionnels du monde de l’obstacle ont une certaine expertise en ce qui concerne les programmes de ces trois pays. Ils connaissent bien la population qui court, car elle n’est pas immense et ce sont des chevaux que l’on voit évoluer pendant de longues périodes. La nécessité de classements internationaux est donc moins évidente. De plus, il serait très difficile d’établir des valeurs pour les chevaux d’obstacle entre les différents pays, car les profils de parcours et d’hippodromes induisent des variations importantes. » “C’est grave, docteur ?” Si les différences entre les programmes des deux côtés de la Manche sont bien réelles, il n’est pas certain que la situation actuelle soit réellement problématique. En ce qui concerne la valeur sportive des courses, et les conséquences sur les ventes et l’élevage, Jean d’Indy explique : « Le marché s’est professionnalisé. Les éleveurs sont très bien informés. Ceux qui le ne sont pas font appel à l’expertise des courtiers. On ne trompe plus personne sur la valeur des courses en France et à l’étranger. Les black type acquis sur les obstacles français ont une valeur pour l’élevage et les ventes incontestable et reconnue. » Nicolas de Lageneste, manager du haras de Saint-Voir, nous a expliqué : « Il manque quelques courses de Groupe pour les juments en France, car nous avons besoin d’un programme plus étoffé pour les valoriser, en particulier dans une optique d’élevage. Par contre, je pense qu’il ne serait pas forcément opportun de créer beaucoup de courses de Groupe en France. Si on prend l’exemple irlandais, il y a certainement trop de Groupes là-bas, avec des dotations faibles qui plus est. Mais les Britanniques et les Irlandais font ce qu’ils veulent, c’est leur programme. Les éleveurs d’AQPS militent pour que les meilleures de leurs épreuves soient promues au niveau Groupe AQPS (un peu comme les pur-sang arabe disposent d’un programme de Gr PA), notamment le Prix de Craon et le "Jacques de Vienne" qui seraient labellisés en Groupe 1. De telles promotions seraient valorisantes pour l’élevage AQPS, en particulier dans les programmes de ventes. » Au niveau du commerce des chevaux d’obstacle, l’éleveur et propriétaire précise : « Le programme français est valorisant, mais il n’y pas de règle absolue au niveau de ses conséquences sur le commerce. Chaque cheval est un cas particulier et demande une valorisation personnalisée. Certains chevaux sont vendus à l’élevage, d’autres après un coup d’éclat en course et enfin, pour ceux qui en ont les capacités, grâce à leurs performances dans les Listeds et les Groupes. » L’organisation des programmes actuels impacte moins la sé- lection en obstacle qu’en plat. À ce sujet, Louis Romanet précise : « La majorité des chevaux d’obstacle sont castrés. L’influence de la valeur des courses Groupe n’a donc pas le même impact sur l’élevage qu’au niveau des courses de plat, où le programme des courses est un passage obligatoire pour les futurs étalons. »

la situation doit-elle, peut-elle et va-t-elle évoluer ? Une harmonisation de la situation actuelle nécessiterait la création d’échelles internationales. Mais cette homogénéisation ne semble pas d’actualité. Chaque pays souhaite conserver ses spécificités et la maîtrise sur son programme. Louis Romanet nous a expliqué : « Par le passé, il y a eu des discussions entre les handicapeurs des différents pays organisateurs de courses d’obstacle. Ce fut un exercice très complexe, car dans chaque pays les programmes, parcours et hippodromes sont très différents. Ces rencontres n’ont pas été reconduites. Les acteurs du monde de l’obstacle n’en ont pas exprimé le besoin. » Au sujet de la création d’un éventuel European Pattern Committee pour l’obstacle, Jean d’Indy précise : « Je ne suis pas certain qu’il faille le faire. Ce système est parfois critiqué en plat et actuellement, cela se passe relativement bien. La création d’un European Pattern Committee pour l’obstacle n’a jamais vraiment été au goût du jour des deux côtés de la Manche. » Jean d’Indy poursuit : « Malgré tout, le système n’est pas figé et cette année nous avons créé une course black type et il y a une promotion au niveau Groupe. »

SIX FOIS PLUS DE GRS1 OUTRE-MANCHE… MAIS DES ALLOCATIONS TRÈS VARIÉES

En France, les épreuves de Groupe 3 ont une dotation minimale de 135.000 euros en haies et de 155.000 euros en steeple-chase. Les Groupes 2 sont dotés d’un minimum de 175.000 euros en haies et de 200.000 euros en Steeple. La dotation minimale d’un Groupe 1 est de 270.000 euros en haies et de 350.000 euros en Steeple. La France compte neuf Groupes 1 en obstacle. La Grande-Bretagne et l’Irlande rassemblent une soixantaine de Groupes 1 aux dotations très variables. La plus petite allocation pour ce niveau est de 35.000 livres, soit environ 49.000 euros. QUELLE INFLUENCE SUR LES VENTES PUBLIQUES ?

Les ventes aux enchères françaises ne sont jamais intégralement consacrées aux chevaux d’obstacle. Au sein d’un catalogue mixte, une augmentation exagérée du nombre de black type en obstacle risquerait de perturber la cohérence de l’information. Éric Hoyeau, président-directeur géné- ral d’Arqana, fut chairman du Society of International Thoroughbred Auctioneers (SITA) pendant deux ans. Il explique : « En l’absence de Pattern pour l’obstacle, la création de courses black types résulte de décisions unilatérales de chaque pays. Le programme fran- çais, avec ses spécificités au niveau des courses black type, est un gage de crédibilité et de valorisation. Bien sûr, le système ne doit pas être figé. Il faut que certaines courses puissent êtres promues et d’autres rétrogradées. Cela relève du bon sens des institutions et toute nouvelle course de Groupe devra tenir compte de la moyenne des valeurs handicap (rating) à l’arrivée. Mais tout excès de créations doit être banni. Par ailleurs, les acheteurs sont suffisamment professionnels pour faire la différence entre la valeur des courses. Ils savent qu’un Gr3 handicap sur un hippodrome secondaire n’a pas la même valeur qu’un Groupe à Auteuil ou Cheltenham. » En ce qui concerne la mise en place de courses de Groupes réservées aux AQPS, Éric Hoyeau pré- cise : « J’ai un avis réservé quant à la création de courses de Groupe réservées aux AQPS. Par définition, la notion de "Grade" n’existe que dans un contexte de course ouverte. En plat comme en obstacle, la mise en place de telles courses complique les choses, en particulier dans les catalogues mixtes (plat et obstacles, comme elles existent en France). La finalité et la valorisation de la race AQPS résident dans les performances acquises en obstacle, au meilleur niveau et dans des courses ouvertes. Je pense donc qu’il faut rester prudent quant à la création de "caractère gras" dans des courses non ouvertes. »QUELLE INFLUENCE SUR LES VENTES PUBLIQUES ? Les ventes aux enchères françaises ne sont jamais intégralement consacrées aux chevaux d’obstacle. Au sein d’un catalogue mixte, une augmentation exagérée du nombre de black type en obstacle risquerait de perturber la cohérence de l’information. Éric Hoyeau, président-directeur géné- ral d’Arqana, fut chairman du Society of International Thoroughbred Auctioneers (SITA) pendant deux ans. Il explique : « En l’absence de Pattern pour l’obstacle, la création de courses black types résulte de décisions unilatérales de chaque pays. Le programme fran- çais, avec ses spécificités au niveau des courses black type, est un gage de crédibilité et de valorisation. Bien sûr, le système ne doit pas être figé. Il faut que certaines courses puissent êtres promues et d’autres rétrogradées. Cela relève du bon sens des institutions et toute nouvelle course de Groupe devra tenir compte de la moyenne des valeurs handicap (rating) à l’arrivée. Mais tout excès de créations doit être banni. Par ailleurs, les acheteurs sont suffisamment professionnels pour faire la différence entre la valeur des courses. Ils savent qu’un Gr3 handicap sur un hippodrome secondaire n’a pas la même valeur qu’un Groupe à Auteuil ou Cheltenham. » En ce qui concerne la mise en place de courses de Groupes réservées aux AQPS, Éric Hoyeau pré- cise : « J’ai un avis réservé quant à la création de courses de Groupe réservées aux AQPS. Par définition, la notion de "Grade" n’existe que dans un contexte de course ouverte. En plat comme en obstacle, la mise en place de telles courses complique les choses, en particulier dans les catalogues mixtes (plat et obstacles, comme elles existent en France). La finalité et la valorisation de la race AQPS résident dans les performances acquises en obstacle, au meilleur niveau et dans des courses ouvertes. Je pense donc qu’il faut rester prudent quant à la création de "caractère gras" dans des courses non ouvertes. » 

LES NOUVEAUTÉS DU PROGRAMME FRANÇAIS 2015

En 2015, la France accueillera une course de groupe supplémentaire. Le Prix Christian de Tredern, qui était une Listed, devient Groupe 3. Il s’agit d’une épreuve pour femelles de 4ans et 5ans. Elle se disputera le 22 juin à Auteuil. Par ailleurs, le Prix d’Arles devient Listed. Il s’agit d’une course de haies pour femelles de 4ans et 5ans programmée lors du week-end du Grand Steeple-Chase de Paris. Le nombre de courses de Listed sera donc identique.?