Hommage à guy thibault

Autres informations / 10.03.2015

Hommage à guy thibault

HOMMAGE À GUY THIBAULT

C'est avec une infinie tristesse que nous venons d'apprendre la disparition de notre ami et confrère Guy Thibault, dans sa 85e année, dimanche en fin de matinée.

Guy restera comme le grand historien des courses françaises, auteur de nombreux ouvrages qui font référence dans notre pays et au-delà. Mais cet ancien élève de l'école du Haras du Pin, grand sportsman devant l'éternel, fut aussi, dans une première vie, un des précurseurs du métier de courtier.

Guy est né le 13 août 1930 dans la cité normande d'Elbeuf, en SeineMaritime, au sein d'une famille où l'on aime les courses de chevaux.

En 1941, il assiste pour la première fois aux courses à Longchamp, à l'occasion du Prix Vermeille. Comme le signe d'une vocation d'historien, il détenait d'ailleurs toujours le programme de cette journée !

Il voit son premier Prix du Jockey Club en juin 1943 au Tremblay, gagné par Verso II, et à l'automne de la même année, il découvre l'obstacle à Auteuil. Son premier Prix de l'Arc de Triomphe est celui de Nikellora, en 1945. Il se passionne alors pour l'étude des origines des chevaux de course. Il ne manquera jamais un "Arc" jusqu'au doublé de Trêve... sauf en 1951, car il est au Maroc pour son service militaire. ?

En 1953-1954, il est élève à l'école du Haras du Pin. Pendant un an, il monte à cheval, panse lui-même son cheval plusieurs heures par jour et apprend les notions de base sur le cheval : modèle, élevage... Fièrement, il avait conservé le trophée en porcelaine de Limoges qui lui avait été remis pour avoir participé à un steeple-chase à Pompadour. Il est diplômé en septembre 1954.

L'automne 1954 marque un premier tournant dans son existence, lorsqu'il est nommé secrétaire de rédaction d'une nouvelle revue, Courses & Élevage, éditée par l'Union interprofessionnelle du cheval (Unic). Jean Romanet, qui a fondé la revue et signe sous le pseudonyme de N.E. Marot, conseille à Guy Thibault d'écrire des articles sur l'élevage et les courses. Ainsi, le jeune homme publie des articles sous le nom de "Maximum". De plus, en 1957, il devient le titulaire de la rubrique de l'élevage dans le quotidien Sport Complet-Paris Turf, toujours sous le pseudonyme de "Maximum", ce jusqu'en 1969. Dans la presse, il collaborera aussi avec Jour de Galop dès sa création en 2007.

En parallèle, il voyage et découvre l'Argentine en 1960, où il assiste au Gran Premio Carlos Pellegrini auquel prennent part deux chevaux français.

En 1962, il devient directeur d'une société de vente aux enchères de chevaux : l'Association d'éleveurs de chevaux de sang (Adecs), reprise ultérieurement par l'Agence Française).

Son destin d'historien des courses débute en 1966, avec la publication d'un ouvrage qui fait toujours référence : L'ABC des courses. Mais c'est encore le courtage qui l'occupe le plus. En 1967, il crée l'Agence de courtage du cheval qu'il dirige pendant vingt ans. Il achète des foals, yearlings et poulinières pour le compte de clients. Son premier très bon cheval, acheté yearling en 1968, est Dictus, lauréat du Prix Jacques Le Marois en août 1971. Pendant quelques années, il est consultant pour deux grands éleveurs, Walter Haefner (Moyglare Stud) et Paul de Moussac (Mézeray) ainsi que pour Henry Lazar et l'Écurie Seutet.

En 1977, il crée aussi avec quelques amis l'Écurie Mouana, acquéreur du cheval Tetrac qui, dressé sur les haies par Jean Sens, s'adjuge le Grand Prix d'Automne à Auteuil en 1978.

Fort de son expérience, il est nommé en 1981 expert judiciaire en chevaux près la Cour d'Appel de Caen, qui le charge d'évaluer les chevaux de course et d'élevage, fonction officielle assurée jusque fin 1995.

A partir de 1987, il va pouvoir se consacrer en majorité à sa passion pour l'histoire et la culture hippiques. C'est l'année de sortie de son deuxième livre, Propriétaire d'un cheval de courses. En 1989-1990, il participe activement à la création du Musée du cheval de course installé dans le château de Maisons-Laffitte dont l'inauguration a lieu le 1er juin 1990. En 1993, à la demande de Bertrand du Breuil et du marquis de Geoffre, il publie une incroyable somme : Les heures mouvementées de la Société d'Encouragement, 1933-1991. Il enchaîne en 1994 avec Les ventes de Deauville de 1887 à nos jours, une histoire des ventes de yearlings en France écrite à la demande de Philippe Augier, alors candidat à la mairie de Deauville. En 1995, c'est Au cœur des jockeys, qui détaille évidemment la profession de jockey depuis les origines mais aussi l'histoire des courses de gentlemen-riders et de cavalières. ?

En 1996, il crée l'Espace musée sur l'hippodrome d'Auteuil, où il organise chaque année deux expositions temporaires sur un thème hippique. Deux ans plus tard, il signe les textes du catalogue de l'exposition Alfred de Dreux, peintre de chevaux organisée au château de Maisons-Laffitte. Puis publie le livre de référence sur les courses d'obstacles en France : Auteuil hier et aujourd'hui, (tome 1, 1830-1915). Le tome 2 verra le jour en 2003, couvrant la période 1916-2003. Entre-temps, il aura donné Un siècle de galop en 2001, tout en écrivant pour France Galop les cent cinquante-cinq textes publiés sur son site internet, sous la rubrique "Encyclopédie des courses de Groupe".

En 2007, il publie Un autre regard sur les courses, histoire des courses et de l'élevage en France, de Louis XIV à nos jours, plat, obstacle, trot. De l'avis de l'auteur, son livre le plus important.

En 2011 et 2012, il signe 70 ans au galop, puis Un siècle d'élevage, 1911-2011, d'Épinard à Goldikova pour le 100e anniversaire de l'écurie Wertheimer, et Fontainebleau 18622012, 150 ans de courses dans la Vallée de la Solle.

Enfin, en 2014, il publie un dix-huitième et dernier livre : 1864-2014, 150 ans de courses à Deauville. Avec un grand regret : commandé par France Galop, il sera décommandé

en janvier 2014 alors que le livre est presque achevé.

 

UN TESTAMENT, PARMI TANT D'AUTRES TEXTES...

Un proverbe africain dit que quand un homme meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Fort heureusement, Guy Thibault a consacré un grand nombre d'années de sa vie à accumuler son savoir et à le transmettre, en publiant dix-huit livres sur les courses. À eux seuls, ils constituent plus de cinquante pour cent de la bibliothèque du sportsman en langue française ! Que nous resterait-il, s'il n'avait passé des heures plongé dans les archives et devant une page blanche ? Plus que jamais, France Galop doit avoir conscience de cet enjeu, elle qui a encouragé plusieurs de ses ouvrages : il n'est pas d'avenir possible sans une mémoire vivante. Les autres sports l'ont compris, eux qui mettent régulièrement en vedette leurs anciennes gloires et créent un musée à chaque fois qu'ils créent un nouveau stade...

JDG a eu l'honneur de faire paraître beaucoup de textes de Guy Thibault au cours des dernières années. Pour lui rendre hommage, et pour exprimer à son épouse, Chantal, nos amicales pensées en ces heures difficiles, nous avons choisi de publier un texte de Guy encore inédit. Un texte qui montre que, bien qu'elle étudie le passé, l'histoire nous aide avant tout à comprendre le futur.

Mayeul Caire, directeur de JDG

 

" FAIRE BIEN EST INSUFFISANT ; ON SE DOIT DE FAIRE MIEUX "

UN TEXTE INÉDIT DE GUY THIBAULT

" Si les courses françaises trouvent une issue satisfaisante dans le domaine de leur financement, demeure pour elles le problème de la compétition qu'elles rencontrent face à la sévère concurrence d'autres loisirs. Problème qui se résume à rassembler sur un hippodrome à la fois les fervents de sport hippique il en reste -, les parieurs et les amateurs de loisirs, ceux-ci formant un public volatil. En somme, occuper l'intervalle de trente minutes nécessaire entre deux courses pour donner, tout au long d'une réunion, satisfaction à une clientèle bigarrée. Faire en sorte que cette réunion soit pour chacun un spectacle permanent, incitant à revenir demain. Tel est le défi posé aux organisateurs qui doivent aussi veiller à ce que les courses ne perdent pas leur "âme".

Le produit originel de cette sélection n'est autre que le pur sang. Qu'est-il exactement ? Le docteur vétérinaire et ostéopathe Dominique Giniaux a voulu récemment éclairer le monde des courses trop mal informé à son sujet. En 1995, dans Paris-Turf, sous le titre " Vous avez dit Pur ? ", il présente ainsi le pur sang : " Cet animal est bien fondamentalement différent des autres chevaux. [...] Le pur sang est bien nommé puisqu'on le laisse pur, on a raison de le faire courir jeune puisque c'est le jeu auquel il s'adonne naturellement à cet âge. On ne lui apprend rien ! On le laisse " pur " et nous allons voir que cela entraîne pour la suite ce qui serait un gros inconvénient dans les autres disciplines. Il court parfois à 2 ans, puis à 3 et 4 ans, parfois encore à 5 ans et rarement à 6 ans et plus. Les âmes sensibles remarqueront avec effroi que la carrière est donc finie avant que le jeune cheval soit adulte. C'est très bien ainsi, on ne peut faire autrement : en effet, en fin de 4 ans ou à 5 ans, il arrive un jour où il n'a plus envie d'être en tête ! Ce n'est pas parce qu'il est écoeuré, c'est tout simplement parce qu'il n'est plus un gamin. On l'a laissé réellement pur, on ne lui a rien appris, on l'a laissé faire ce qu'instinctivement il aurait fait dans la nature... et l'instinct fait qu'un jour il pense à la reproduction et qu'alors sa place est derrière le groupe ! [...] Les courses classiques de plat permettent donc une sélection comparable à la sélection naturelle des chevaux sauvages. Ce ne sont certes pas les mêmes chevaux, mais les critères donnant accès à la reproduction sont bien les mêmes que dans la nature. [...]

Dans les autres disciplines (trot, obstacle, concours hippique, dressage), l'homme enseigne réellement des choses au poulain, il lui apprend des comportements et des réflexes qu'il n'aurait pas dans la nature. Ce " travail " appris se dissocie donc de l'instinct de l'animal. On casse son instinct, on modifie en partie sa personnalité. Ce comportement artificiel peut alors durer toute la vie, même à l'âge adulte. Cela explique qu'un cheval puisse conserver l'envie de bien faire son travail et donc de gagner même quand il est devenu reproducteur. [...]

Les autres chevaux (que pur sang) sont sélectionnés pour l'homme, et en fonction de leur aptitude à satisfaire les humains. [...] Une conséquence capitale de ce type de sélection (basée sur un travail accepté et appris) est qu'il est aberrant et néfaste de commencer trop jeune. En particulier les trotteurs sont entraînés trop tôt et trop durement. La contrainte est trop forte, tant physiquement que psychiquement : on ne met pas en sixième un enfant qui a l'âge de la maternelle. [...] Prenons-y bien garde, si on continue à laisser dénigrer les courses de pur sang de plat par des gens mal informés et si les courses de plat disparaissent, c'est l'humanité tout entière qui perdra cette partie du patrimoine qu'est le vrai cheval. Nous n'aurons plus que des chevaux faits pour l'homme et pour son plaisir, des races de chevaux fabriqués que la nature n'aurait jamais sélectionnées. Il n'y a déjà pratiquement plus de vrais chevaux sauvages, sachons garder une race dont les lignées se rapprochent de ce qu'elles auraient été dans la nature. "

Ainsi le défi de sélection du pur sang est vieux comme le monde des courses. C'est bien pourquoi la sélection est l'essence des courses de chevaux, leur socle. Elle a permis leur développement de par le monde. Elle seule peut assurer leur continuité. Aujourd'hui, les courses constituent un véritable patrimoine mondial. Quadri-centenaires dans leur pays d'origine, la Grande-Bretagne, baptisées en France en 1833, confirmées en 1891 et solidement établies de nos jours sur les cinq continents, elles n'ont résisté à l'usure du temps que parce qu'elles sont fondées sur la sélection.

L'amélioration de la race est une nécessité, n'en déplaise à ceux qui considèrent que les courses n'ont plus aujourd'hui que deux raisons d'être, essentiellement économiques : la première, l'alimentation des caisses d'un État affamé ; la seconde, l'utilisation de main d'œuvre en mal d'emploi. Pour demeurer, les courses doivent opérer une sélection rigoureuse. C'est l'alpha et l'oméga. Faire bien est insuffisant ; on se doit de faire mieux. "