Bertrand bélinguier : pourquoi il ne sollicitera pas un second mandat

Autres informations / 12.05.2015

Bertrand bélinguier : pourquoi il ne sollicitera pas un second mandat

BERTRAND BÉLINGUIER : POURQUOI IL NE SOLLICITERA PAS UN SECOND MANDAT

Lundi après-midi, le président de France Galop a répondu aux questions de JDG. Nous reproduisons aussi l'intégralité de l'allocution prononcée le matin même devant le Comité.

Jour de Galop. L'actualité institutionnelle parfois tendue a-t-elle justifié votre décision ?

Bertrand Bélinguier. Ma décision n'est pas liée aux difficultés actuelles. Cette décision, je l'ai prise il y a longtemps. En septembre, vous m'aviez demandé si j'avais l'intention de briguer un nouveau mandat. J'avais été très précis dans ma réponse, en vous disant que je ferais connaître ma décision avant l'été 2015. C'est volontairement que je n'avais pas dit " je prendrai " mais " j'annoncerai ".

Avez-vous consulté avant de vous décider ?

Non, j'ai pris ma décision seul. Si j'avais brigué un second mandat, et si j'avais été élu, cela m'aurait conduit à une présidence jusqu'à l'âge de 78 ans. Pour une maison comme France Galop, je pense que c'est mieux d'avoir un président plus jeune. Tout au long de ma vie professionnelle et associative, j'ai vu tellement de gens qui s'accrochaient à un poste, en refusant de décrocher. Alors, même si certaines personnes m'avaient fait savoir qu'elles souhaitaient que je continue, je me suis dit qu'il était temps de passer à autre chose.

La présidence est-elle devenue trop politique ?

J'ai dit lundi matin devant le Comité ce que je pense vraiment : les préoccupations électorales prennent trop de place à France Galop. À présent que j'ai annoncé ne pas solliciter un nouveau mandat, le processus électoral va s'enclencher, c'est clair.

Ce lundi matin, le Comité se prononçait également sur les nouveaux statuts...

Oui et les statuts ont été très bien votés, avec seulement six voix contre.

Quand je pense que certains ont dit partout que je voulais accroître la représentation régionale pour favoriser ma réélection... que ce vote était une forme de référendum... C'est vraiment absurde.

Vous aviez plutôt prévu une annonce en juin. Qu'est-ce qui vous a fait avancer votre prise de parole ?

Initialement, j'avais pensé annoncer ma décision au Comité de la fin juin. Mais je me suis dit : pourquoi attendre ? En présentant clairement ma position, cela permet au moins à certains de cesser de s'imaginer des choses, cesser de fantasmer et regarder les choses simplement. La réalité apparaît désormais.

Avez-vous été blessé par ce que vous avez lu ou entendu ?

Cela ne m'a pas blessé mais c'était idiot.

Pourquoi ne pas avoir sollicité la jurisprudence Lagardère, qui vous aurait permis de contourner la question de la limite d'âge ?

Nous avons voté cette disposition pour Jean-Luc Lagardère : un dispositif exceptionnel pour un homme exceptionnel.

Vous avez aussi annoncé renoncer à siéger comme coopté dans le prochain Comité. Pourquoi ?

Nous venons de proposer de réduire le nombre de cooptés de deux unités. Alors je montre l'exemple en laissant la place.

Comment imaginez-vous les mois qui suivront votre départ en décembre ?

Pour l'instant, ma préoccupation est de mener mon travail à bien jusqu'à la fin de mon mandat. Après, je tournerai la page.

La tâche du président de France Galop est-elle plus difficile que jamais ?

Aujourd'hui, je suis très profondément convaincu qu'on ne peut pas être président de France Galop en y consacrant seulement quelques heures par semaine. Ce serait un mensonge de le laisser croire. Il est important que France Galop soit bien représenté lors des grandes réunions institutionnelles en régions, à Paris et auprès des pouvoirs publics. Cela demande une vraie implication et un vrai engagement.

Cette tâche est-elle ingrate ?

Disons que ce n'est pas un chemin de rose ! La structure de France Galop est assez lourde. Il y a beaucoup d'instances, beaucoup de demandes et beaucoup d'attentes. Elle exige beaucoup de travail et d'attention.

Faut-il réformer France Galop en profondeur, ou la société-mère pourra-t-elle encore continuer selon le même mode de fonctionnement ?

J'espère qu'elle pourra continuer ainsi, mais il est toujours possible d'imaginer des processus d'évolution qui peuvent être positifs. La mise en conformité des statuts est une bonne chose par exemple. Je suis heureux que, comme au Trot, la réforme ait été votée à main levée et dans de très bonnes conditions.

Dans quel état d'esprit êtes-vous désormais

Je suis serein. J'ai passé énormément de temps au service de l'Institution : trente-deux ans exactement. J'ai connu les années Lagardère, douze de présidence du PMU et bientôt quatre à la tête de France Galop. Avant de quitter mes fonctions, j'aurai un témoignage à laisser.

DISCOURS PRONONCÉ PAR BERTRAND BÉLINGUIER DEVANT LE COMITÉ

Lundi matin, Bertrand Bélinguier a surpris tous les membres du Comité de France Galop en effectuant l'annonce suivante (texte intégral) : " À la fin de l'année, des élections auront lieu. L'année dernière, j'avais indiqué qu'en ce qui me concernait, je ferais connaître ma décision pour l'avenir avant l'été. Nous y sommes. C'est vous, membres du Comité, qui m'avez fait l'honneur de m'élire comme votre président. C'est donc naturellement à vous que je fais connaître ma décision. Je ne serai pas candidat au renouvellement des fonctions que vous m'avez confiées.

En effet, je vais avoir 73 ans. Or, nos statuts limitent à 72 ans l'âge pour être membre du Comité. Je sais bien qu'une disposition de nos statuts donne au président sortant la possibilité de se représenter à la présidence s'il a plus de 72 ans. Mais c'est une disposition exceptionnelle faite pour un homme exceptionnel, que la mort a, hélas, empêché d'en bénéficier. Nos statuts permettent aussi au président sortant de rester membre du Comité, à condition bien sûr, en ce qui me concerne, d'être redésigné par les membres associés. Au moment où il va être proposé de réduire de deux le nombre de membres associés, je ne demanderai pas l'application de cette disposition. J'y renonce afin de faciliter le renouvellement des membres associés. Je vous communique aujourd'hui ma décision, prise il y a longtemps. C'est d'ailleurs à dessein que j'avais indiqué que je ferais connaître ma décision, et non pas que je la prendrais, car je ne souhaitais pas, pour France Galop, que s'ouvre trop tôt une campagne électorale. Je vous le dis franchement, avec la liberté que me donne la position que je viens de vous exprimer : si normales que soient les préoccupations électorales, elles prennent trop de place dans la vie de France Galop. À preuve : le sujet des statuts. Il a été dit que j'aurais moi-même voulu instaurer une plus grande représentation régionale, à seule fin de favoriser ma réélection. On a même parlé de référendum ! Comment, en effet, pourrait-on savoir comment voteraient dans six mois, des personnes inconnues aujourd'hui ! Absurde. Je préfère prendre cela avec humour : quel pouvoir m'est ainsi prêté, avec des intentions aussi machiavéliques ! J'ai été surpris de voir le nombre de personnes certaines que j'allais me représenter, qui le disaient, l'écrivaient ou le faisaient écrire, sans même m'avoir consulté. La réalité est toute simple. Personne, ni dans cette salle, ni ailleurs, ne peut dire que je lui ai demandé conseil. S'il est vrai que beaucoup m'ont encouragé à continuer, j'ai pris seul ma décision parce que je suis convaincu que le mieux, pour France Galop, est d'avoir pour les quatre ans à venir, un président plus jeune que moi. Je suis sûr que, quel qu'il soit, il travaillera en confiance avec le directeur général, dont la valeur et la compétence sont connues de tous, et avec ses équipes. Un mot encore : il y a cette année trente-deux ans que j'ai été élu au Comité et au Conseil d'administration de la société-mère. En quelque sorte, je vous ai tous vus arriver ! Il sera donc temps de tourner la page à la fin de l'année. Vous le voyez, je m'exprime devant vous en toute sérénité. Enfin, je tiens à vous assurer que, jusqu'au jour de l'élection du nouveau président, je continuerai d'exercer la tâche que vous m'avez confiée, avec le même engagement et la même détermination, au service de France Galop. "

LES RÉACTIONS DES PRINCIPAUX ÉLUS

Loïc Malivet, vice-président de France Galop et président du Conseil du Plat, à France Sire :

" Je remercie tout d'abord Bertrand Bélinguier pour la confiance qu'il m'a accordée en me nommant vice-président, alors que je ne le connaissais pas avant. Il était alors venu me voir par l'entremise de Jean Biraben. Très rapidement, nous nous sommes bien entendus sur la façon de travailler, et ce malgré quelques divergences. Nous discutions, nous débattions avant de tomber d'accord à la fin. Et je répète que cette notion de confiance est très importante à mes yeux. J'estime qu'il a très bien géré sa mandature, et que son mandat sera retenu pour de nombreuses raisons, avec des réformes importantes dont voici les principales :

Malgré la période très difficile que tout le monde connaît, avec la baisse des enjeux, les allocations ont été maintenues.

Des dossiers laissés sous le tapis depuis trente ou quarante ans ont enfin été pris à bras le corps, comme les ARS (retraites spéciales de l'Institution) sur lesquelles l'État nous sommait de revenir dans la légalité, mais aussi et bien sûr le P.M.H., dont le Galop et le Trot ne pouvaient plus supporter qu'il continue de coûter 15 à 18 millions d'euros par an. Ce dossier n'est pas encore terminé bien sûr, mais il est en cours.

L'évolution importante du calendrier avec la densification des courses en hiver sur les P.S.F. de Chantilly, Lyon-La Soie et Pornichet, car il a tout de suite pris conscience que les professionnels et les propriétaires avaient besoin de courir douze mois sur douze.

La refonte des indemnités de déplacement qui sont devenues équitables désormais.

Je trouve également que Bertrand Bélinguier a très bien géré le timing en faisant sa déclaration dès aujourd'hui. Cela fait taire les mauvaises langues qui disaient que le nouveau décret était fait sur mesure pour qu'il puisse se représenter. J'aurais préféré qu'il fasse un deuxième mandat car il connaît tous les rouages des courses et du PMU. Je trouve que nous nous en sommes très bien tirés pendant ces quatre dernières années et j'espère que sa succession fera aussi bien. À titre personnel, j'ai toujours pris les élections au fur et à mesure qu'elles se présentent. J'aviserai de mon positionnement selon les candidatures qui pourraient se déclarer, pour voir les personnes avec qui on pourrait bien s'entendre. À savoir si je vais être moi-même candidat, je trouve qu'il est un peu tôt pour prendre positon. Il va falloir que je réfléchisse sereinement, avec mes bons amis, pour prendre une position fin juin, début juillet. "

Jean d'Indy, vice-président de France Galop et président du Conseil de l'Obstacle, à Equidia :

" La décision prise par Bertrand Bélinguier va faire taire beaucoup de gens qui pensaient ou disaient qu'il travaillait pour son intérêt personnel. Il a pris cette décision il y a longtemps déjà et il ne souhaitait pas la rendre publique avant aujourd'hui. Le but étant que la période

électorale à France Galop ne commence pas trop tôt.

Je n'ai pas toujours été d'accord avec lui, mais ma conviction est qu'il a toujours travaillé dans l'intérêt général du Galop et non pour son intérêt personnel. Il n'a fait aucun calcul politique durant son mandat à la présidence de France Galop. Nous avons pris beaucoup de décisions durant le mandat, mais le dossier le plus marquant qui me vient à l'esprit est celui de Longchamp. C'est le dossier en cours qui engage le plus durablement le Galop français au niveau financier, et du marketing notamment. Il a été initié sous la présidence Lagardère et beaucoup depuis s'y sont cassé les dents. Bertrand Bélinguier a réussi à mener ce dossier difficile à son terme. "

Louis Romanet, président de la Fédération internationale des autorités hippiques (Fiah), à Equidia : " C'est à mon avis, et je le dis à titre personnel, une décision qui l'honore. Vous savez, j'ai travaillé une grande partie de ma carrière avec Bertrand Bélinguier et je peux vous assurer qu'il a toujours été au service de l'Institution. Pour ce second mandat à la tête de France Galop, il aurait pu utiliser la modification des statuts, mise en place autrefois par Jean-Luc Lagardère. Il ne l'a pas fait, là encore c'est tout à son honneur. Lorsqu'il était président du PMU, il a beaucoup œuvré et a connu une douzaine d'années prospères. En raison notamment de la crise économique, les trois dernières années sont évidemment plus difficiles. Il a d'ailleurs encore beaucoup de travail durant ces prochains mois avec la finalisation et la signature de contrats pour le Nouveau Longchamp.

Il faut souligner que Bertrand Bélinguier a toujours eu une grande liberté de parole. C'est un grand connaisseur et un véritable passionné des courses, de l'élevage. La France fait partie de ces grandes nations en termes d'élevage et de courses hippiques et nous en parlons souvent ensemble. Il pourra désormais consacrer encore plus de temps à cette grande passion. Je lui souhaite de bien terminer tous les dossiers en cours et je souhaite aussi bonne route à son successeur. "

Patrick Fellous, président du Syndicat national des propriétaires : " Il sort par la grande porte et avec une grande élégance. Je suis frappé que personne n'ait remarqué ceci : non seulement Bertrand Bélinguier a dit qu'il ne se représenterait pas, mais il a aussi ajouté qu'il ne briguerait pas un siège au Comité comme coopté. C'est inédit : avant lui, les présidents ou vice-présidents sur le départ ont conservé leur place de coopté. De plus, en faisant ce choix, il envoie un message très fort aux cooptés : place aux jeunes ! C'est très élégant de sa part. " Philippe Bouchara, administrateur de France Galop :" Bertrand s'est engagé pour les courses sur le long terme. À la tête de France Galop, il a mené plusieurs réformes importantes pour notre filière. L'Institution doit lui dire un grand merci. Quant au constat de son annonce, je ne trouve pas que ce soit une très bonne nouvelle sur le plan de la gouvernance. Comme Bertrand Bélinguier l'a laissé entendre dans son allocution, l'atmosphère n'est pas bonne et France Galop souffre de luttes internes. Je comprends sa décision dans le climat actuel. La société-mère est en difficulté et son successeur va devoir faire plusieurs changements s'il veut écrire une nouvelle page de l'histoire des courses. Nous avons besoin que les querelles s'arrêtent et qu'un projet novateur réunisse tout le monde. "