Darley flying start : voyage à lexington, dans la capitale mondiale du cheval

Autres informations / 15.05.2015

Darley flying start : voyage à lexington, dans la capitale mondiale du cheval

DARLEY FLYING START

VOYAGE À LEXINGTON, DANS LA CAPITALE MONDIALE DU CHEVAL

Basée depuis le début de l'année à Lexington (Kentucky), pour la phase américaine du programme Darley Flying Start, Fanny Cyprès revient sur les cinq derniers mois passés dans les environs de la célèbre "capitale mondiale du cheval".

" C'est avec une météo relativement clémente que nous avons commencé notre séjour au

Kentucky, tout début janvier, par deux semaines à l'école de maréchalerie. Dans une classe de cours au décor assez cocasse (des étagères garnies d'os de la troisième phalange...

), Mitch Taylor, notre professeur, nous explique en détail l'anatomie et la bio-mécanique du sabot, et pousse même l'empirisme jusqu'à la dissection complète d'un membre antérieur... Les après-midi sont consacrés à la pratique, dans l'atelier, où des dizaines de membres amputés congelés à déferrer et parer nous attendent.

Moins d'une semaine plus tard, on nous lance dans le grand bain. Déguisés en véritables maréchaux-ferrants, nous nous retrouvons dans un immense champ, avec nos outils, pour parer cette fois du vivant ... Drôle d'entrée en matière, donc, mais impensable accomplissement ! Ici, tout est à la grandeur des États-Unis, et il n'y a pas que les hamburgers qui sont extrêmes... Les écarts de températures le sont aussi ! Il aura fallu à peine quinze jours sur le sol américain pour expérimenter les premières chutes sévères des températures. Alertes au grand froid, deux épisodes neigeux saupoudrant chacun plus de 40 cm de neige et une tempête de glace pour les finitions du paysage de la "Whitegrass"... Ainsi commencèrent nos trois mois de rotation dans les différents établissements de Darley.

L'expérience est unique et, avec du recul, plutôt comique. Gants, bonnets, écharpes, quadruple épaisseur de vêtements, chauffe-mains, chauffe-pieds... Ce n'est toujours pas assez ! Des langues bien avisées m'avaient pourtant prévenue que l'hiver serait plus rigoureux qu'au pied du Morvan, mais je n'avais pas vraiment envisagé mon collègue australien non plus d'ailleurs l'idée d'un poulinage lors d'une nuit record où le ressenti a atteint 36°C ...

Après avoir expérimenté le débourrage des yearlings en Irlande et le préentraînement à Newmarket, notre séjour aux États-Unis coïncide avec la saison d'élevage, nous permettant ainsi de mettre l'accent sur la reproduction équine. Que ce soit à Stonerside (à Paris) ou à Gainsborough Farm (du coté de Versailles), les hectares se comptent par centaines et la journée marathon commence tôt le matin puisqu'il faut parcourir tous les barns avec le souffleur avant que le vétérinaire n'arrive. Le docteur Fishback, maître incontesté en reproduction équine, débarque avec la plus économique et archaïque des méthodes... Cela peut paraître assez stupéfiant lorsque l'on vient d'Europe, mais ici, on ne s'encombre pas de barres de contention, ni d'échographe... Tout est dans le palpé !

Que ce soit la semaine passée au barn d'entraînement à Keeneland, celle avec des vétérinaires de la clinique d'Haygard ou bien encore le séjour dans les bureaux et le barn des étalons de Jonabell Farm (édifice historique de l'empire Darley aux États-Unis), la diversité de ces rotations nous ouvre les yeux sur de nombreuses facettes du secteur économique local.

Les après-midi sont toujours aussi fournis. Les modules de nutrition et de comptabilité à l'université du Kentucky favorisent notre intégration à la culture locale. Si Lexington est en effet reconnue comme "capitale mondiale du cheval", cette ville est aussi animée par le sport en général, et voue un culte incommensurable à ses Cats, équipe de basket-ball de l'université du Kentucky qui n'évolue pourtant qu'au niveau universitaire, mais dont le championnat prend de véritables allures de Coupe du monde aux États-Unis... L'emploi du temps est complété par de nombreux intervenants, notamment d'éminents vétérinaires qui nous avisent de précieux conseils en termes de reproduction équine et management de la conformation des jeunes chevaux. Des inspections de yearlings, avec John Williams et Michael Banahan, nous permettent de travailler sur des cas concrets. Cela est d'autant plus intéressant que nous suivons l'évolution d'une dizaine de yearlings, tous les mois, sur une période de l'année critique pour ces jeunes quadrupèdes en pleine croissance, dont la nutrition et les aplombs      demandent la plus grande vigilance.

L'arrivée du printemps est une vraie bouffée d'oxygène. Tous ces paddocks, couverts de neige quelques semaines

auparavant, se métamorphosent à grande vitesse en de ravissantes prairies d'un vert bleu époustouflant.

Les visites nous permettent de sillonner les routes de la Bluegrass en effectuant des arrêts dans de splendides haras : Calumet Farm, Winstar, Ashford (Coolmore), Three Chimneys, Adena Springs, Gainseway, Castleton Lyons, etc. Après avoir eu le privilège de travailler avec des top-étalons tels Medaglia d'Oro, Bernardini, ou bien encore Street Sense, nous rencontrons le reste de la crème des étalons américains : Giant's causeway, Malibu Moon, Tiznow, Distorted Humor, ou bien encore Tapit, l'un des étalons les plus recherchés au monde.

L'arrivée des beaux jours, aussi associée à la saison des tornades (je vous parlais d'une météo de l'extrême), marque le début du meeting de Keeneland qui offre un condensé de réunions pendant trois semaines. Si le tout premier jour du meeting restera dans l'histoire des courses de Keeneland, puisqu'une violente tornade a contraint les organisateurs à annuler la réunion, nous avons, chacun notre tour, passé une journée entière avec les techniciens, les commissaires, les starters, explorant ainsi les coulisses de ce ravissant hippodrome qui accueillera pour la toute première fois le Breeders' Cup en octobre 2015.

Peu avant le coup d'envoi du meeting de Keeneland, notre voyage d'étude en Floride nous a permis de joindre l'utile à l'agréable. Là encore, nous découvrons de nouveaux pendants du secteur économique grâce notamment à des visites chez les spécialistes des ventes de breeze up (Nial Brennan et Stonestreet Stables) ainsi que des matinées passées chez des entraîneurs tels Christophe Clément (frère de Nicolas Clément, installé aux États-Unis depuis bientôt 25 ans) ou bien encore Kiarian McLaughlin (principal entraîneur de Godolphin et Shadwell aux États-Unis). Ce week-end prolongé fut couronné par le Florida Derby, couru à Gulfstream Park, hippodrome plein à craquer et très "Las Vegas" grâce à son casino intégré et son emplacement, assez insolite, accolé avec un centre commercial.

Et puis enfin, la course que l'on attendait depuis des mois : le fameux Kentucky Derby... un vrai show à l'américaine !

Des fans qui viennent en masse, tôt le matin, pour assister à l'entraînement des concurrents les quelques jours précédant le Derby, un hippodrome ultra-festif, et cette foule qui entonne avec la plus grande dignité "My Old Kentucky Home" lorsque les chevaux font leur entrée en piste. La mayonnaise est montée des mois à l'avance grâce à un système de courses aux points disputées aux quatre coins des États-Unis. Par chance, ce cru 2015 était aussi un des plus excitants depuis bien des années. C'est donc noyés dans une foule record dépassant les 170.000 personnes que nous avons eu la chance d'assister au triomphe de la nouvelle idole américaine, American Pharoah.

Tout le monde a désormais les yeux rivés vers les Preakness Stakes, deuxième manche permettant d'accéder au trône impérial qui a lieu ce weekend. Si california chrome est passé tout près de l'exploit l'an dernier, "American Hero" tentera dans les prochaines semaines de venger son compatriote californien en décrochant la Triple couronne américaine, remportée pour la dernière fois en 1978 par un certain Affirmed.

Dans quelques jours, nous prendrons des chemins différents afin d'effectuer un stage de six semaines immergés dans l'industrie américaine. Pour ma part, je me prépare à rejoindre les écuries de Christophe Clément à Belmont Park (New York).

À l'heure où j'écris ces quelques lignes, je suis de retour d'un weekend à Nashville. À défaut de Grand Steeple-Chase de Paris cette année, j'ai assisté au "Grand Steeple" iroquois (Gr1 avec 150.000 dollars d'allocations)...

Événement plutôt insolite, surtout dans les paysages des courses américaines, mais très bucolique. L'absence de prise de paris ne semble pas gêner les plus de 25.000 personnes qui viennent chaque année afin de passer une journée autour d'un pique-nique champêtre en famille ou entre amis et apprécier le spectacle. "