Disparition du comte pierre de montesson

Autres informations / 26.05.2015

Disparition du comte pierre de montesson

DISPARITION DU COMTE PIERRE DE MONTESSON

Le comte Pierre de Montesson nous a quittés ce lundi matin, à l'âge de 96 ans. Sa casaque bleu clair à toque orange a marqué une époque, aussi bien à Auteuil qu'à Vincennes.

Triple lauréat du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), le crack Katko a été son représentant le plus populaire avec la reine une de mai au trot. Katko provenait de son élevage, un des plus brillants qui ait existé, aussi bien au trot qu'en obstacle.

C'est au haras des Coudraies, à Francheville, à une dizaine de kilomètres d'Argentan, que ses élèves grandissent. Plusieurs centaines de bovins vivent également sur sa propriété. C'est en 1938 que le comte Pierre de Montesson a créé le haras des Coudraies, lequel s'étend sur six cents hectares. Parallèlement à la gestion de son élevage, il a assuré la direction de la société Socopa, destinée à l'abattage de viande bovine, jusqu'en 1990.

Mais il a aussi été le président de la Société du cheval français pendant une dizaine d'années, et celui qui a accueilli deux présidents de la République sur l'hippodrome de Vincennes : François Mitterrand et Jacques Chirac.

À sa famille, ainsi qu'à ses proches et ses amis, Jour de Galop adresse ses plus sincères condoléances.

LA PLUS GRANDE FAMILLE D'OBSTACLE AU MONDE

Lorsque l'on dit "Montesson", on pense bien évidemment à son haras des Coudraies et donc à ses élèves Katko ou encore Kotkijet, lesquels comptent cinq succès à eux deux dans le "Grand Steeple". À la base de ces deux monstres sacrés de l'obstacle, on retrouve la même jument : Kotkie (Rheffic). C'est avec elle que le comte Pierre de Montesson a lancé la plus belle souche d'obstacle au monde. En compétition, Kotkie a gagné quatre courses, toutes en obstacle. Elle a notamment débuté par deux succès à Auteuil. Après sa carrière en course, elle a rejoint les Coudraies, où elle avait été élevée. C'est là que sa grande aventure et celle de sa lignée ont commencé. Le premier produit de Kotkie a été le roi Katko, triple vainqueur du "Grand Steeple" en 1988, 1989 et 1990. Katko a marqué lui aussi une époque car il partait devant et usait ses rivaux au train, quelle que soit la distance. Douze ans plus tard, Kotkie a donné le jour à Kotkijet, lequel a remporté deux "Grands Steeples", en 2001 et 2004. Kotkijet avait été acheté par l'association composée de Daniel Wildenstein et Jean-Pierre Dubois. En visite aux Coudraies avec Frédéric Sauque en 1996, ils ont acheté un lot de huit chevaux, parmi lesquels Kotkijet, Geos, Katarino et indien Bleu.

Que des chevaux d'exception ! C'est au haras de la Beauvoisinière que Kotkijet a été débourré et a commencé son entraînement. D'ailleurs, les premières sorties de sa carrière ont eu lieu sous l'entraînement Dubois, jusqu'à ce qu'il rejoigne les boxes de Jean-Paul Gallorini à l'âge de 5ans. En plus de Katko et Kotkijet, Kotkie a donné Kotkito, vainqueur des Prix Congress, Jean Stern (Grs2) et Fleuret (Gr3), et Kitko, gagnant du Prix James Hennessy (L).

Kakira, digne de sa mère

Fille de Kotkie, Kakira (Cadoudal) n'a pas couru, mais elle a poursuivi l'œuvre de sa mère au haras. Elle a produit elle aussi des chevaux de grande classe tels que Katkovana (Westerner), deuxième du Grand Steeple-Chase d'Enghien (Gr2) et du Prix Alain du Breil (Gr1), mais aussi lauréate des Prix Roger de Minvielle, Hopper et Roger Saint (Ls), soit les trois Listeds réservées aux jeunes steeple-chasers à Enghien. Kakira a également produit Kotkita (Subotica), lauréate du Prix Cambacérès (Gr1) 2001, troisième du Prix Renaud du Vivier (Gr1) et deuxième du Prix Héros XII (Gr3). Kakira est aussi la mère de Kitka (Épervier Bleu) trois fois placée de Listed à Auteuil, Kotky Bleu (Pistolet Bleu), deuxième du Prix Finot (L), Kotkido (Subotica), troisième du Prix Georges de Talhouët-Roy (Gr2) et Kalkir (Montmartre), vainqueur de Gr3 sur les claies de Fairyhouse.

Kotkita et Katiana prolongent la réussite familiale Passée au haras, Kotkita est devenue la mère de la championne Kotkikova K (Martaline), lauréate des Prix Ferdinand Dufaure (Gr1), Jean Stern (Gr2) et Fleuret (Gr3) et invaincue en steeple, et de Kotkidy (Anabaa Blue), vainqueur du Prix Wild Monarch-Poulains (L) en 2009.

Sœur de Kotkita, Katiana (Villez) a donné Katenko K (Laveron), vainqueur des Prix Morgex (Gr3) et d'un Gr3 sur les fences de Cheltenham, Kotkieglote (Poliglote), elle aussi lauréate du Prix Morgex, Kotky West (Westerner), troisième du Prix Wild Monarch (L), et Kotkira (Subotica),

mère de Kobrouk K (Saint des Saints), deuxième du Prix Ferdinand Dufaure et vainqueur du Prix Congress (Gr2).

La production de Kotkie a été mise en valeur en course par Bernard Sécly (le mentor de Katko et Kotkita notamment), Jean-Paul Gallorini (entraîneur de Kotkijet, Kotkikova, Katkovana ou encore Kotkieglote...), Guillaume Macaire (mentor de Kobrouk), Jehan Bertran de Balanda (entraîneur de

Katenko)... Liste non exhaustive ! J

UNE FIGURE DU TROT

Le comte Pierre de Montesson fut également l'une des très grandes figures du trot. Président de la Société d'encouragement du cheval français (Secf) de 1986 à 1994, il a eu sous ses couleurs la jument la plus populaire de l'histoire du trot : la légendaire une de mai (Kerjacques). Ses couleurs ont aussi brillé dans le Prix d'Amérique, grâce à toscan (Kerjacques), en 1970.

Une action de modernisation des courses

Président de LeTrot (ex-Secf), Dominique de Bellaigue est revenu avec nous sur l'action du comte Pierre de Montesson à la tête du "Cheval français". " Il faut remonter à 1983. Selon moi, il s'est passé cette année-là une véritable révolution dans le monde des courses puisque le pouvoir a été donné aux professionnels : propriétaires, entraîneurs, éleveurs ou encore jockeys. En 1986, les professionnels ont élu le comte Pierre de Montesson à la tête de la Société. "

Président élu par les professionnels, le comte Pierre de Montesson a aussi été un président de la modernité. Il a permis de faire basculer les courses de trot dans les temps modernes. Dominique de Bellaigue témoigne : " Le comte Pierre de Montesson a apporté quelque chose de nouveau, que mon père avait déjà tenté d'amener au début des années 70, sans succès. Mon père avait eu à l'époque l'indécence de dire qu'il fallait, à la tête de la Société, une partie technique avec son directeur, un directeur financier, mais aussi un département dédié à ce que nous appelions la publicité et l'information. Cela n'était pas passé à son époque. C'est le comte Pierre de Montesson qui a mis cela en place. Il a réussi à faire rentrer une personne de l'administration comme directeur financier et administratif, ainsi que Claude-Pierre Bloch pour le marketing. Avec ce dernier est rentrée Isabelle Coltier [aujourd'hui directrice de la communication du Trot, ndlr]. Claude-Pierre Bloch est arrivé fort d'un annuaire exceptionnel ainsi qu'un culot assez extraordinaire. Il fallait le voir rencontrer des ministres et très vite les tutoyer ! C'est vraiment le comte Pierre de Montesson qui a modernisé le Trot en mettant en place cette nouvelle grille de travail. Il a aussi pris contact avec des artistes, par exemple. Aujourd'hui, avoir une direction marketing est quelque chose qui semble normal mais c'était loin d'être évident à l'époque. Beaucoup se demandaient à quoi cela servait. La partie technique restait bien sûr essentielle mais le comte Pierre de Montesson a su imposer une nouvelle direction et a apporté une grande modernisation aux courses hippiques. "

Le nouveau visage de Vincennes

Vincennes a connu plusieurs rénovations au cours de son histoire et le comte Pierre de Montesson a contribué à lui donner le visage que nous lui connaissons aujourd'hui, avec ses immenses baies vitrées, des tribunes couvertes aux différents restaurants panoramiques. Dominique de Bellaigue nous confie : " Il existait des plans pour l'hippodrome de Vincennes qui étaient antérieurs à l'arrivée du comte Pierre de Montesson. Mais c'est sous sa présidence qu'une vraie réflexion a été menée, dans les années 1990 et 1991. Le comte Pierre de Montesson a donc contribué à réaménager Vincennes, tel que nous le connaissons. Grâce à lui ont été installés les ascenseurs reliant les balances à tous les différents étages. Nous lui devons vraiment une rénovation très importante. Il a aussi contribué à moderniser la restauration sur l'hippodrome. " En 1993, la piste de Vincennes a aussi le droit à un nouveau lifting.

Toscan, "l'autre Kerjacques", et tant d'autres

Les victoires au trot du comte Pierre de Montesson ne se réduisent pas qu'à Une de Mai. Le propriétaire vit ses couleurs s'imposer dans le Prix d'Amérique en 1970 avec

UNE DE MAI, LA LÉGENDE

" Si vous me demandez une jument aussi célèbre qu'Une de Mai, je répondrai peut-être Roquépine !, nous a dit Dominique de Bellaigue. Elle a été exceptionnelle. Elle a conduit le comte de Montesson à traverser le monde. ". Une de Mai est certainement, avec le "roi fainéant" Ourasi, un des trotteurs les plus célèbres du monde. Elle a construit sa légende à force de succès (dix-huit victoires de Gr1 en France) mais aussi d'échecs. En six participations, Une de Mai n'a jamais remporté le Prix d'Amérique. Peut-être aurait-elle pu le remporter si elle ne s'était pas accrochée avec Vismie, en 1972. Elle a malgré tout disputé quatre fois l'arrivée de la plus grande course de trotteurs au monde. Une de Mai a porté les couleurs du comte Pierre de Montesson partout sur le globe : soixante-quatorze victoires, dont trente-et-une à l'étranger !

 

Toscan, un fils de Kerjacques, tout comme Une de Mai. Toscan remporta aussi le Critérium des Jeunes, le Critérium des 3 Ans, le Prix de Sélection, le Critérium des 4 Ans ou encore deux Grands Prix de Paris.

Le haras des Coudraies a donné plusieurs grands champions du trot. Le comte Pierre de Montesson a élevé Elpénor, champion au trot monté : Prix des Centaures, Prix du Président de la République, Prix de Normandie et Prix des Élites. on lui doit aussi le champion et étalon Jardy (Cygnus d'odyssée), qui porta les couleurs de Daniel Wildenstein. Jardy remporta le St. Leger des Trotteurs à Caen, le Prix de Vincennes, ou encore le Prix du Président de la République, le tout au trot monté. Il remporta ensuite trois Grands Prix de Paris. Citons malice Bleue et son fils Big Prestige... La liste est longue. Plus récemment, l'imposant utoky (Cygnus d'odyssé) enleva le Prix de Vincennes et le Prix du Président de la République. Signalons que Jardy et Utoky sont des fils de Cygnus d'odyssée, lui-même un fils de l'américain Workaholic. Ceci n'est pas anodin car c'est sous l'ère de Pierre de Montesson que le stud-book du trotteur français a été ouvert au sang américain... Rappelons aussi que le comte Pierre de Montesson a contribué à révéler l'entraîneur Jean-René Gougeon, qui fut l'entraîneur particulier du haras des Coudraies au trot.

Une de Mai a remporté deux Championnats du monde aux États-Unis, faisant tomber un américain réputé invincible : nevele Pride. Elle est invaincue à Cagnes-sur-Mer où elle remporta cinq Critérium de Vitesse notamment. Elle s'est imposée en Italie et placée de l'Elitloppet en Suède. Une de Mai avait été découverte par Pierre-Désiré Allaire. L'entraîneur céda une moitié de la jument à son ami Pierre de Montesson, pour qu'elle puisse porter ses couleurs, quelque temps avant le Critérium des 3 Ans. Le palmarès d'Une de Mai restera comme l'un des plus formidables, peut-être inégalable, du trot français. Cela valait bien d'être immortalisée par Salvador Dali...