Disputées en ligne droite en 2016, nos "poules" vont enfin ressembler aux "guinées" !

Autres informations / 21.05.2015

Disputées en ligne droite en 2016, nos "poules" vont enfin ressembler aux "guinées" !

DISPUTÉES EN LIGNE DROITE EN 2016, NOS "POULES" VONT ENFIN RESSEMBLER AUX "GUINÉES" !

Si les travaux débutent comme prévu à Longchamp en octobre 2015, toutes ses courses vont devoir trouver un hippodrome-hôte en 2016. On savait que le Qatar Prix de l'Arc de Triomphe aurait lieu à Chantilly. Mais les Poules d'Essai ? Réponse de France Galop mercredi après-midi : elles auront l'honneur de fouler les 1.600m ligne droite du "Jacques Le Marois". JDG approuve ce choix, qui offre à nos "Poules" un parcours enfin digne des "Guinées" de Newmarket ! Avec, à la clé, la possibilité d'une grande et vraie fête autour des courses dans un de leurs berceaux : Deauville. La "tare génétique" des places à la corde

Les Poules d'Essai des Poulains et des Pouliches (Grs1) sont un peu les mal aimées du programme, engoncées dans leur écrin si critiqué des 1.600m de la grande piste de Longchamp.

La vielle antienne du rôle déterminant des places à la corde, qui pénalise l'équité des chances des candidats, reste accrochée aux "Poules" comme le sparadrap au capitaine

Haddock, le compagnon au long cours de Tintin, dans L'affaire Tournesol.

Les échecs de certains concurrents de premier plan, incapables de tenir leur rang, en raison de positions exécrables dans les stalles, sont légion.

Et les champions battus par des rivaux indubitablement inférieurs apportent de l'eau au même moulin : celui de la sélectivité douteuse et inégale des "Poules". ?

Nos pouLes en 2016

De manière très contemporaine, quelques grands perdants de la Poule d'Essai des Poulains sont Rio de la plata (Rahy stalle 16), deuxième en 2008 de Falco (Pi-

votal 9), Intello K (Galileo 17), troi-

sième en 2013 dans l'édition de style Vendôme (Anabaa 3), et, cette année, new Bay (Dubawi 16), dauphin de Make Believe K (Invincible Spirit 9). Chez les pouliches, on peut citer le cas d'Immortal Verse K (Pivotal 12), future lauréate des Coronation Stakes (Gr1), nettement battue dans la "Poule" 2011.

L'opportunité de la sélectivité rectiligne

Le choix de la ligne droite deauvillaise est la parfaite réponse aux lacunes du parcours avec tournant de Longchamp. Si 2016 et 2017 sont des années test et de transition, il faudra en tirer tous les enseignements possibles. Car mettre les Poules d'Essai françaises à armes égales avec la référence en la matière, les inamovibles "Guinées", est une chance historique qu'il ne faut pas laisser passer. Le nec plus ultra du classicisme européen va, pour la première fois, se retrouver en situation vraiment concurrentielle. Une première qu'il est nécessaire de réussir. Et qui doit aussi permettre à des candidats étrangers (anglais et irlandais), jusque-là systématiquement orientés vers les "Guinées", de se laisser tenter par les nouveaux atours des "Poules" françaises. Voilà aussi, de façon immanente, réglés les questionnements sur le rating inquiétant de l'épreuve réservée aux poulains. Un sujet qui taraudait les puristes et ridiculisait le système car, si les "Poules" françaises perdaient leur statut de Gr1, quel sens donner à la notion de Gr1 ?

Deauville vs "Maisons" : l'évidence normande en 2016

En termes de tracés rectilignes, comment ne pas parler de celui de Maisons-Laffitte ? Dans la balance, pour 2016, tout penche en faveur de l'hippodrome deauvillais.

Le calendrier d'abord. La journée des Poules d'Essai 2016 trouvera sa place lors du week-end de la Pentecôte. Perspective de week-end rallongé et promesse de désertion des grandes villes, et de Paris au premier chef. A contrario, la cité deauvillaise sera un lieu de séjour pour beaucoup.

L'idée relayée par France Galop et quelques figures deauvillaises des courses, telles que son maire, Philippe Augier, et l'administrateur de l'hippodrome, Philippe Bouchara, est de transformer le rendezvous en long week-end sur la thématique du cheval et des courses. La possibilité de créer un vrai événement médiatique dans une ville du cheval, hors du calendrier classique et estival, est séduisante. Si l'on pousse encore plus loin le projet, en y accolant la vente breeze up d'Arqana, on obtient un concept fédérateur et mobilisateur pour l'ensemble des acteurs des courses. On peut d'ailleurs y trouver une forme d'aboutissement logique et opportuniste. L'organisation de la breeze up à Deauville a déjà été évoquée par le passé. Voilà le moment de concrétiser les idées.

Par effet miroir, que peut proposer un site parisien, comme Maisons-Laffitte, lors d'un tel week-end ? Un réservoir de spectateurs largement hypothéqué par le long week-end et une concurrence de loisirs à nulle autre pareille.

Enfin, dans la confrontation imaginaire Deauville/"Maisons", l'avantage tombe une nouvelle fois du côté de Deauville d'un point de vue technique. D'un côté, l'offre deauvillaise sera celle d'une piste vierge et neuve en mai 2016. De l'autre, on trouvera une piste mansonnienne déjà sollicitée à de nombreuses reprises depuis le lancement de la saison. Par comparaison, cinq réunions ont été organisées en avril, cette année, à Maisons-Laffitte. Et, dans un contexte de réduction de l'offre fermeture de Longchamp oblige -, on voit mal comment alléger l'an prochain le calendrier de l'hippodrome de Seine-et-Oise.

2016 et après...

Deux mille seize sera un test. Un test qui nous doit ouvrir de belles perspectives pour le galop français. En toute logique, le choix deauvillais pourrait devenir pour les années suivantes le schéma archétypal.

Soit, le calendrier ne sera pas toujours aussi favorable que celui de 2016. Mais la question vaudra d'être vite posée. Les "Poules" devront-elles rester à Deauville ?

Et la réponse vite élaborée. Dans le paysage du galop français, un autre argument pourrait plaider d'ailleurs en faveur du choix deauvillais : la loi du sport. Car concentrer toutes les épreuves classiques et d'importance à Paris (Longchamp et Chantilly) offre un avantage substantiel aux résidents parisiens lire cantiliens. Amener, pour certains rendez-vous choisis mais sélectifs, les concurrents sur un site plus neutre, nonobstant l'effectif entraîné à Deauville, serait un joli geste de décentralisation réussie. Ou de régionalisation de la France hippique jusque-là si jacobine.

DES PROFESSIONNELS PARTAGÉS

Carlos Laffon-Parias, entraîneur à Chantilly

" Je préférerais que les "Poules" soient déplacées à Chantilly plutôt qu'à Deauville. Sachant que beaucoup de partants sont fournis par le centre d'entraînement de Chantilly, le choix de Deauville impliquerait pour beaucoup de candidats un déplacement que l'on pourrait éviter si les "Poules" étaient installées à Chantilly. Mais je reconnais que le choix de Deauville a aussi des arguments pour lui. Le parcours de 1.600m en ligne droite, sur une piste classique, présente des avantages. Le tracé me semble suffisamment sélectif pour jouer pleinement son rôle. Cela donnera aussi plus de chances à tout le monde, avec le moindre impact du problème des places dans les stalles de départ. Il y a en revanche un sujet qu'il faudrait creuser dans le scenario. C'est l'organisation de la breeze up Arqana quelques jours avant les "Poules". Il ne faudrait surtout pas qu'elle ait lieu sur la piste en gazon utilisée pour les courses. Ce serait catastrophique pour la qualité du sol. Cette breeze up ne pourrait avoir lieu, à mon sens, que sur la piste en P.S.F. ou sur la piste intérieure en gazon. "

Freddy Head, entraîneur à Chantilly

" Le choix de déplacer les "Poules" sur un parcours en ligne droite me semblerait une excellente idée. Mais je préférerais les déplacer sur la piste en ligne droite de Maisons-Laffitte. Pour plusieurs raisons : d'abord pour valoriser au mieux les excellentes pistes mansonniennes, ensuite pour une question de gestion des sites français. En Grande-Bretagne, plusieurs  grandes  épreuves  en  ligne droite se disputent sur des hippodromes différents comme Newmarket, Ascot ou Newbury. Je trouve important que l'offre en ligne droite soit variée et complémentaire. On a Deauville et sa ligne droite en été avec de très belles épreuves. Les "Poules" organisées à Maisons-Laffitte permettraient donc une alternative française au haut niveau. "

Alain de Royer Dupré, entraîneur à Chantilly

" Je suis totalement contre le scenario "Deauville". Techniquement, ce ne serait pas une bonne idée car s'il y a "trois gouttes" d'eau, la piste se détériorerait très vite. Or, en mai, de telles probabilités sont importantes. Si on voulait vraiment un parcours en ligne droite, il faudrait plutôt opter pour Maisons-Laffitte. Pour ma part, je préférerais le choix de Chantilly. Le parcours des 1.600m cantilien n'est pas plus pénalisant que celui de Longchamp quant aux places dans les stalles. Et on peut remporter des "Poules" avec des numéros à l'extérieur. Plusieurs de mes vainqueurs étaient dans ce cas-là. "

 

John Hammond, entraîneur à Chantilly

" Organiser les "Poules" à Deauville serait pour moi une bonne idée. La ligne droite de Deauville sera de toute façon une meilleure option que Longchamp et le problème des places au départ. À Deauville, en ligne droite, il y aurait peut-être un petit avantage pour les petits numéros, mais rien de comparable avec les conséquences imposées par le parcours de Longchamp. Je serais plutôt favorable à cette initiative. "

LES ARGUMENTS DE POIDS DE FRANÇOIS ROHAUT

François Rohaut est entraîneur à Pau. Il est le seul entraîneur contemporain français installé en province à figurer aux palmarès des deux Poules d'Essai (Grs1). Il a remporté deux fois celle des Pouliches, avec Torrestrella (Orpen) en 2004 et Tie Black (Machiavellian) en 2006. Il a fait de même dans celle des Poulains avec Lucayan (Turtle Bowl) en 2012. Cette   année,   son   pensionnaire

Mr. Owen (Invincible Spirit) a conclu troisième chez les poulains.

 

Jour de Galop. Si nous vous proposions de participer en tant qu'entraîneur aux poules d'essai l'an prochain à Deauville, quelle serait votre réaction ?

François Rohaut. Je serais très satisfait ! C'est en fait la position que j'ai défendue au Conseil d'administration de France Galop en tant que représentant des entraîneurs.

 

Quels sont à vos yeux les arguments en faveur de Deauville ?

Il faut essayer en 2016 à Deauville pour différentes raisons. D'abord pour organiser les Poules d'Essai sur un parcours en ligne droite. C'est vraiment l'argument phare de faveur de la régularité des courses.

J'ajoute que les 1.600m rectilignes de Deauville sont exceptionnels. Pour moi, le plus beau mile européen de l'année a lieu à Deauville, en août. C'est le Prix Jacques Le Marois (Gr1).

L'avantage d'organiser les "Poules" à Deauville serait aussi de bénéficier d'une piste totalement neuve puisque aucune réunion ne serait organisée dans les mois précédents sur la piste en herbe [c'est le calendrier en cours cette année avec deux seules réunions disputées jusqu'alors, en mars, et toutes les épreuves organisées sur la piste fibrée, ndlr].

 

Certains professionnels évoquent le cas de Maisons-Laffitte et de sa ligne droite. Qu'est-ce qui vous pencher en faveur de Deauville ?

Du point de vue technique, la piste de Maisons-Laffitte n'aurait pas le caractère neuf de celle de Deauville. On sait aussi qu'elle est très sensible aux intempéries. Sous cet angle, cela ne lui confère aucun avantage sur celle de Deauville. Mais l'argument principal en faveur de Deauville est le calendrier 2016.

 

C'est-à-dire ?

Les "Poules" seront organisées lors du week-end de la Pentecôte l'an prochain. Cela ouvre de belles possibilités à Deauville ; beaucoup moins à Maisons-Laffitte. Lors d'un tel week-end de trois jours, les parisiens désertent la capitale. On aurait beau faire du bruit autour de l'événement, on risque de ne pas avoir un chat aux courses.

À Deauville, au contraire, on peut réfléchir et imaginer un grand week-end festif et animé autour du cheval. Sur un week-end de trois jours, beaucoup de choses sont possibles. Les vendredis et samedis pourraient être consacrés à la breeeze up Arqana.

 

Les dimanches et lundis seraient consacrés aux courses. On imagine bien attirer du monde avec un tel programme au mois de mai, pour peu que le temps soit de la partie.

Concernant la vente breeze up d'Arqana, cela permettrait aussi d'envisager les canters sur la piste fibrée. Cela se fait à l'étranger et cela permettrait d'avoir des galops plus homogènes. Et d'éviter des fautes d'appuis de certains lots qui entrent en lice en fin de vente, sur une piste inévitablement hachée.

 

L'argument de la ligne droite vous semble déterminant pour les "poules" 2016 ?

Évidemment. On en parle depuis tellement longtemps. Beaucoup se plaignent des 1.600m de Longchamp et du rôle déterminant des places à la corde. Pour moi, ce parcours est un peu bâtard, ne permettant pas une sélection indiscutable.

Avec un numéro de stalle supérieur à 10, c'est très compliqué. Cette année, mon pensionnaire Mr. Owen avait le 12. Je suis persuadé qu'avec un meilleur numéro, il aurait pu conclure deuxième [il s'est classé troisième, ndlr] et que new Bay, qui avait hérité du 17, aurait pu s'imposer avec une meilleure stalle.

Je me répète mais, pour la régularité des Poules d'Essai, la ligne droite est la solution.

 

Voyez-vous d'autres arguments en faveur de Deauville ?

La participation étrangère ! Sur le parcours rectiligne de Deauville, on aura sans doute la chance (ou la malchance pour certains) de voir plus de chevaux étrangers participer. Les Anglais, qui étaient frileux de venir à Longchamp dans les conditions que l'on connaît, pourraient opter pour les "Poules" françaises plus facilement.

Cela aura une incidence sur le niveau de la course. Les questions et incertitudes qui ont touché le niveau des "Poules" il y a quelques années, trouveraient là une réponse claire et limpide.

 

Il y a un autre point qui vient à l'appui de vos propos pro-Deauville ?

Oui, il faut relever que tout le programme de Longchamp va être déplacé en région parisienne et notamment à Chantilly.

Or, il n'aurait pas été absurde de transférer quelques belles épreuves sur des hippodromes de province et certains le méritent à tous points de vue.

 Évidemment Deauville est un cas à part, mais déplacer les "Poules" en Normandie contribuerait à apporter un peu de variété au programme. Et ne pas favoriser à l'excès les seuls entraîneurs de Chantilly. Si on déplaçait les grandes épreuves de Longchamp uniquement à Chantilly, on donnerait un avantage supplémentaire et non négligeable aux professionnels parisiens.

En conclusion, je suis totalement favorable à cette idée de grand week-end sur le cheval autour des Poules à Deauville en 2016. Il faut faire cet essai et en tirer toutes les conclusions avant de se projeter plus loin. Et d'un point de vue sportif, je répète que la piste de Deauville mérite de recevoir les Poules d'Essai.

L'ENTHOUSIASME DES FIGURES DEAUVILLAISES

Philippe Augier, maire de Deauville

" LA VILLE S'INVESTIRA "

" Sur un point purement technique, organiser des classiques à Deauville a du sens. Le parcours des 1.600m rectilignes de La Touques a prouvé qu'il était l'un des plus sélectifs en Europe. Le palmarès du Prix Jacques Le Marois

Haras de Fresnay-le-Buffard en atteste. Cette course a sacré nombre de chevaux qui sont ensuite devenus de grands étalons. Je pense aux Lyphard, Kenmare, ou, plus proche de nous, Dubawi. J'ai toujours été un amoureux de cette course, bien avant de devenir maire de Deauville. Après l'édition 2013, la course avait d'ailleurs été couronnée meilleur mile au monde selon les ratings de la Fiah. Au-delà de cet aspect technique, je pense que France Galop, avec le déplacement obligatoire de certaines épreuves, peut en profiter pour créer des événements extraordinaires, en impliquant les collectivités. Demain, si l'on me dit que les "Poules" auront lieu à Deauville, je peux garantir que la ville va s'investir et mettre le paquet autour de ces courses classiques. Ce serait une chance, et on peut déjà imaginer un grand week-end des festivités avec les "Poules" en point d'orgue. "

Philippe Bouchara, administrateur de l'hippodrome de Deauville

" UN BEAU PROGRAMME DE FESTIVITÉS EN NORMANDIE "

" Si Longchamp est en travaux, les Poules d'Essai 2016 pourraient se courir à Deauville. Un tel déplacement est une vraie bonne idée. Le parcours des 1.600m à Longchamp génère souvent des déçus. Les concurrents qui s'élancent depuis l'extérieur sont désavantagés par rapport à ceux qui partent à la corde. D'ailleurs certains professionnels ne sont pas satisfaits et pour cette raison on voit régulièrement de bons chevaux, passés par le "Djebel" ou l' "Imprudence", prendre le chemin des "Guinées". En ligne droite à Deauville, ces épreuves pourraient vraiment concurrencer les "Guinées" et s'améliorer encore en attirant d'autres chevaux de qualité. Il y aurait beaucoup de choses à faire autour des "Poules" si elles se positionnaient durablement à Deauville. Cela pourrait être l'occasion d'organiser sur deux jours un beau programme de festivités en Normandie. On pourrait vraiment mettre en valeur ces épreuves qui souffrent parfois d'un manque de public, alors que j'ai le sentiment qu'il s'agit de l'une des plus belles réunions de la saison hippique. Deauville est proche de la Grande-Bretagne et au cœur de la Normandie. Or, les "Poules" sont l'occasion de voir les futurs étalons et poulinières de premier plan. Enfin en ce qui concerne le terrain de Deauville, il est aussi bon qu'à Paris en cette saison. Compte tenu de la date des "Poules", il aurait largement le temps de se remettre en état avant l'été. "