Grève à auteuil puis à maisons-laffitte : p.m.h. : un marqueur des temps passés

Autres informations / 29.05.2015

Grève à auteuil puis à maisons-laffitte : p.m.h. : un marqueur des temps passés

ÉDITORIAL

GRÈVE À AUTEUIL PUIS À MAISONS-LAFFITTE : P.M.H. : UN MARQUEUR DES TEMPS PASSÉS

Par Willy Flambard, éditorialiste à JDG

La grève du P.M.H. le jour du "Grand Steeple" et celle de jeudi à Maisons-Laffitte n'ont étonné personne. Elles n'ont surtout ému personne. Dans sa forme actuelle, le P.M.H. appartient au passé. Les Trente Glorieuses sont finies depuis trop longtemps et le monde socioprofessionnel souffre trop pour pouvoir accepter un tel non-sens social et économique.

Et si les actes de manifestation, dominicale à Auteuil, d'abord, puis de jeudi à Maisons-Laffitte, ensuite, étaient des barouds d'honneur d'une structure, le groupement d'intérêt économique du Pari Mutuel Hippodrome, dont la fin est déjà programmée et actée ?

Car  la question du P.M.H. est déjà réglée depuis quelques mois par ses organisations fondatrices, les deux sociétés-mères. En réalité, la grève qui fait perdre beaucoup d'argent à la filière ne sert qu'à faire monter le montant du chèque que chaque salarié du P.M.H. encaissera lors de son départ.

Mais que s'est-il passé pour en arriver là ?

D'abord, il y a l'émergence d'un nouveau contexte économique et social. Qu'on y adhère ou non, la société se construit aujourd'hui ou se déconstruit sur des piliers et les fondements du libéralisme. L'obligation du profit s'installe partout et dans tout. Or, rien n'a jamais été pensé dans le

P.M.H.  pour  intégrer  cette  donnée  du  marché,  cette contrainte de la rentabilité. La faute à la structure même mais aussi à ses mandants et clients, les sociétés-mères.

Que vaut dans ces conditions une structure qui coûte environ quinze millions d'euros par an à la filière ? Que vaut une structure qui est passée de "pompe à fric" positive à "gouffre à fric" ? Même si certains historiens refuseront la formule, il y a le sens de l'Histoire dans cette disparition annoncée. La longue traîne de  crise  économique  et  les contingences du présent vont dans le sens de la disparition des conventions collectives ultra avantageuses (du point de vue de ses bénéficiaires salariés), d'acquis de branche extravagants, vécus par ceux qui n'en bénéficient pas comme une injustice, un scandale... Mais surtout un vrai frein à la compétitivité.

Un marqueur historique

Quant à la grève, elle s'inscrit bien dans la logique propre d'une structure qui n'est pas entrée dans la modernité et ses exigences de flexibilité ce peut être quelquefois, et même souvent, une qualité, mais sans doute pas dans le cas présent. Voilà donc le fameux réflexe pavlovien gréviste revenu dans une négociation qui avance bon gré mal gré. C'est-à-dire l'arme absolue d'une époque (les "Trentes Glorieuses") qui devient contreproductive et dérisoire en 2015.

Nous sommes là dans le registre du tic.

La grève y compris les actions de blocage des courses comme cela a eu lieu ce jeudi devient illisible car elle s'inscrit dans le contexte d'une structure privilégiée et trop longtemps surprotégée, car elle résulte de la quête d'avantages qui  sont rudoyés aujourd'hui. La quête d'avantages n'est plus un idéal et un enjeu de solidarité. Il faut dire qu'elle a laissé place, depuis beau temps, au simple usage des avantages. À leur consommation.

Et ceci est aujourd'hui perçu sous l'angle des privilèges et de la cohorte de jalousies qu'ils font naître. Ces grèves sont des marqueurs historiques. Il faudra s'en souvenir comme d'un acte de changement d'époque. Comme le tournant de la rigueur lancé par la gauche française au pouvoir en mars 1983.

Un schisme entre les intentions et les actes

Dans sa présentation et une forme de mise en perspective historique, les représentants du P.M.H. placent très justement le rôle de leur société dans l'histoire des courses. On parle à juste raison de lien social ; de l'échange et de la mémoire ; d'un métier détenteur d'une culture, du langage et des codes, partie intégrante du Pari Mutuel centenaire, etc.

En dépit de ces arguments et de l'historicisation flatteuse de son rôle, la vérité est aujourd'hui autre. Il y a un fossé inexorable qui s'est installé entre ces (ses) vœux, entre cet (son) idéal pour étudiant en sociologie, et la pratique. Il y a là une forme de schizophrénie humaine, de schismes définitifs entre les intentions et les mots d'une part, et les actes et les attitudes d'autre part.

Dimanche 17 mai à Auteuil et sur les autres hippodromes parisiens depuis longtemps, je n'ai trouvé aucune mansuétude dans la bouche d'acteurs des courses. Acteurs au sens large : des socioprofessionnels aux parieurs affichés. ?

Jeudi 28 mai, les harangues du leader du mouvement des parieurs – autoproclamé représentatif, mais de qui ? – à l'endroit  des  guichetiers  du P.M.H. n'a rien créé. Et surtout pas de gestes de soutien : pas d'empathie et peu de sympathie.

Il est rare de trouver de tels ressentiments contre un acteur constitué d'un monde le nôtre, celui des courses qui concentre autant de haine contre soi. L'incompréhension des professionnels ce jeudi en est un criant exemple.

Il est très difficile de trouver des "supporters" du P.M.H. Pourquoi ? Parce que, ce que l'on constate depuis longtemps déjà, ce sont les désengagements et les abandons du P.M.H. Des guichets fermés après la dernière course, voire même avant, qui empêchent de toucher ses gains. L'impression de toujours déranger des opérateurs plus disposés à discuter entre eux que de répondre aux questions des béotiens. Il ne faut pas stigmatiser mais... Étrange contraste avec la patience rencontrée à l'étranger face aux guichets anglais, irlandais et américains (je parle ici des paris mutuels pour bien se situer à périmètre comparable). Avez-vous essayé d'initier des amis néophytes aux paris hippiques ? Alors, surtout, ne les lâchez pas devant les guichets. Accompagnez-les, dictez aux guichetiers leurs jeux. Car la pédagogie, l'écoute, l'empathie n'ont pas lieu d'être dans cet échange.

Le processus est engagé depuis quelques mois, au sortir du meeting d'hiver de Vincennes. Un meeting qui a, sans doute, joué le rôle de la goutte d'eau qui fait déborder le vase ou de catalyseur. En fait, il s'agit d'une vieille rengaine dans le milieu. Depuis trente ans, le P.M.H. est un sujet de discorde, d'inquiétude, de contre-productivité. À force de ne pas entrer dans une logique a minima économique, de reculer sine die les décisions d'importance et structurelles, on en arrive à cette extrémité.

La responsabilité est collective. Trop d'élus et de dirigeants de courses ont appliqué la politique du tapis. Celle qui consiste à soulever un coin de tapis dans une pièce pour y glisser la poussière (quelquefois avec l'élégance héroïque d'un geste qu'on aimerait courageux mais qui se résume à la seule capitulation). À force d'ajouter des avantages aux avantages, de concilier à l'infini, on a constitué le P.M.H. tel qu'il est devenu : un corps d'élite dans ses acquis, un corps médiocre dans ses réalisations. Il faut sortir de ce système de tenaille et d'étau mis en place depuis des années. Il s'agit là d'accords cadre qui imposent, par exemple, un nombre incompressible de guichetiers, depuis longtemps inadapté dans le scénario qui vaut actuellement en semaine, c'est-à-dire de la désertification des hippodromes. Les logiques de besoin du client et de qualité (intimement liées dans l'industrie et les services) ne sont pas entrées dans le code du P.M.H. Évidemment, sans doute, pourra-t-on trouver le contre-exemple salvateur, la démarche ou l'engagement exemplaire de telle ou telle personne du G.I.E. Soit. Heureusement. Mais l'arbre ne peut cacher la forêt.

Plus que cela, il y a comme une indécence à convoquer le terme de bien commun quand le corps constitué du P.M.H. a œuvré depuis des décennies à l'accumulation d'avantages et de privilèges disproportionnés. On retrouve d'ailleurs les mêmes arguments et les mêmes logiques de défense qui procèdent dans d'autres bastions du même genre, qui tombent les uns après les autres (ouvriers du Livre, dockers).

Dans l'argumentaire en vogue dans la lutte actuelle du P.M.H., on trouve pêle-mêle : " La fin des guichets contre des centaines de bornes. La fin du lien social, de l'échange et de la mémoire. " Le second point a déjà été abordé. Quant au premier, il va de soi qu'un projet intelligent – et le seul possible ? – est de conserver des guichetiers sur les hippodromes. Mais des guichetiers régis par une vraie société de service, avec la notion de qualité et d'efficience dans leurs missions. Cantonner l'avenir aux seules bornes automatiques de prise de paris est la vision dégradée du futur. Et celle vers laquelle ne doivent pas s'orienter à deux pieds les décideurs des courses.