Haras du lieu des champs

Autres informations / 09.08.2015

Haras du lieu des champs

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COUPESARTE

RICHARD

POWELL

JOUR DE

GALOP. - COMMENT AVEZ-VOUS DECOUVERT L’ELEVAGE DE CHEVAUX DE COURSES ?

Richard

Powell. - À la garderie de l’hippodrome de Deauville ! (rires) C’était un

endroit vraiment extraordinaire. Tous les professionnels laissaient leurs

enfants à côté de la petite tribune. Nous nous retrouvions tous là. Je m’en

souviens comme si c’était hier : nous faisions différents jeux et à chaque fois

que nous entendions la cloche qui annonçait le départ d’une course, nous nous

battions pour monter sur la haie afin de voir les chevaux passer. Sérieusement,

je suis certain que ces bons moments sont capables de créer des vocations. Je

me souviens aussi que nous dessinions les casaques avec les crayons ou les

pinceaux que l’on nous donnait. Nous découpions aussi les casaques en couleur

sur le programme pour recréer un jeu de petits chevaux. Nous prenions nos

voitures Majorette et nous installions les casaques à l’intérieur pour jouer à

amener nos chevaux aux courses !

L’ELEVAGE

EST UNE ACTIVITE DIFFICILE. QUELLE EST VOTRE MOTIVATION PERSONNELLE POUR

RELEVER LE DEFI JOUR APRES JOUR ?

Il y a

les très beaux moments : le processus de reproduction en lui-même, parce que

c’est la base ; les juments qui remplissent; les poulinages surtout, que je

fais moi-même. Quand tout se passe bien, on dort comme un bébé. Et quand ça se

passe mal, il faut être là pour essayer de prendre la bonne décision.

L’adrénaline, c’est ça qui me motive. J’aime être acteur à 100 % de ce que je

fais. Il y a tant de travail en amont des victoires que chaque chose qui se

passe bien est un bonheur indescriptible.

QUEL

PREMIER CONSEIL DONNERIEZ-VOUS A UN AMI QUI SOUHAITERAIT SE LANCER DANS

L’ELEVAGE ?

Se

donner du temps pour découvrir le monde des courses de l’intérieur, avant de se

lancer tête baissée et de risquer des déceptions. Ce qui prime, selon moi,

c’est une très bonne information. Il faut être certain d’avoir bien compris les

tenants et les aboutissants, car, dans l’élevage, c’est la nature qui nous

dicte sa loi. Il faut par exemple que les personnes qui découvrent l’élevage

comprennent que quand leur jument est pleine, c’est une bonne nouvelle et que

cela ne va pas de soi. Notre activité reste de l’agricole. C’est aussi un

domaine très technique et un investissement qui ne va pas sans risques. Je

dirais aussi : rester respectueux et humble face au vivant.

QUAND

VOUS REPENSEZ AUX MEILLEURS CHEVAUX CONÇUS AU HARAS, VOUS SOUVENEZ-VOUS DES

CRITERES QUI VOUS AVAIENT POUSSE A FAIRE TEL OU TEL CROISEMENT ?

Nous

avons tendance, en obstacle, à aller vers des étalons confirmés. En plat, c’est

différent parce qu’il y a des paris à jouer. Pour Blue Dragon, nous avions

choisi Califet, du fait de son modèle, car Nathalie Blue est

"carrossière". Latran [mère de Laterano], elle, a toujours bien

produit avec tous les étalons. C’est une évidence, mais l’idéal est de marier

un vrai étalon améliorateur à une jumenterie confirmée.

FAIRE

NAITRE UN POULAIN D’UNE JUMENT INEDITE, EST-CE REDHIBITOIRE ?

Cela

reste un risque en soi. Tout dépend de ce que vous recherchez : voulez-vous

vendre son produit foal ou faire du pinhooking ? Ou bien voulez-vous

l’exploiter vous-même et vous donner du temps ? Le pedigree d’une jument

inédite peut la sauver. Il faut tenter des coups, surtout lorsque l’on n’est

pas milliardaire, car les gagnantes de Groupe coûtent très cher.

QUEL

EST, SELON VOUS, L’ELEMENT DECISIF QUI VA FAIRE QU’UN YEARLING VA ATTEINDRE DES

SOMMETS D’ENCHERES ?

C’est un

ensemble. En octobre dernier, nous avons bien vendu un poulain, par Lope de

Vega et Atlanda. Sa mère n’avait pas fait grand-chose encore. Le cheval a

énormément évolué un mois avant la vente. Après, il faut savoir se vendre :

j’avais fait une publicité dans Jour de Galop, c’est vrai en plus (rires)…

C’est comme pour la course : le cheval doit être au meilleur de sa forme à un

moment précis. C’est à nous, consigners, de privilégier tel ou tel choix pour

que le risque soit réduit au minimum. Je pense que c’est comme pour une vache

laitière : si elle très heureuse, elle produit beaucoup de lait ; si on

respecte un cheval, normalement, il doit vous le rendre.

QUEL EST

VOTRE ELEVEUR PREFERE ?

Alec Head

! Au niveau européen, oui, c’est Alec Head. Alec Head a été grand dans tous ses

métiers : jockey, entraîneur, propriétaire, éleveur – en plat et en obstacle. À

chaque fois que je le croise et qu’il me dit « Salut mon vieux », ça me donne

des frissons. Il a tout réussi. Tout. Sa vie est parfaite. Il me fait vraiment

bayer. J’ai beaucoup appris, aussi, avec Jean-Pierre Dubois. Il a des bases

d’élevage très différentes de ce que l’on peut trouver dans de grandes maisons

plus aseptisées. Il n’hésite pas à tester de nouvelles méthodes pour affiner

certains détails. Et ça a payé. Lui sait prendre des risques et je trouve que

c’est une inspiration pour un jeune éleveur. J’ai envie aussi de citer deux

personnes qui m’ont aidé : Pierre Talvard et Éric Lhermite. Quand je

travaillais chez Spillers, j’allais chez eux et ils me donnaient des conseils

sympas qui me servent aujourd’hui. Quand ils parlent, on les écoute. On sent

qu’ils ont envie de voir des jeunes réussir autour d’eux.

QUEL EST

VOTRE CHAMPION PREFERE DANS TOUTE L’HISTOIRE?

En plat,

j’adorais Seattle Slew… et en obstacle Kauto Star. "Kauto" n’était

plus un cheval de course, il était devenu une idole. Quand vous alliez dans un

dîner en Angleterre et que vous disiez que vous travailliez dans les courses,

tout le monde vous parlait de Kauto Star. Goldikova et Zarkava aussi ont fait

le buzz. Mais cela a été moins fort que Kauto Star. Sans doute parce qu’elles

étaient françaises…

RACONTEZ-NOUS

VOTRE PLUS BELLE HISTOIRE AUX VENTES…

Ma

première vente chez Arqana, en août 2013, où mon petit Silver Frost s’est vendu

46.000 €. Je suis arrivé tout frais avec un yearling par un étalon français de

première production et cela s’est très bien passé. Ce fut un bon point de

départ, qui s’est poursuivi avec des deuxièmes top prices de vente notamment.

Mais c’est difficile pour moi de dire que tel ou tel moment est mon meilleur

souvenir, parce que lorsque le rêve est là, on retrouve vite à nouveau le

travail quotidien.