Daniel augereau : " pour préparer le changement, la filière a d'abord besoin d'un audit détaillé

Autres informations / 17.10.2015

Daniel augereau : " pour préparer le changement, la filière a d'abord besoin d'un audit détaillé

DANIEL AUGEREAU : " POUR PRÉPARER LE CHANGEMENT, LA FILIÈRE A D'ABORD BESOIN D'UN AUDIT DÉTAILLÉ "

Pour Jour de Galop, la tête de liste " Renouveau du galop " détaille ses priorités et ses objectifs.

 

Jour de Galop. Quel est le sens de votre candidature ? Daniel Augereau. Je suis à la tête d'une liste qui a envie de changer  les  choses,  d'œuvrer pour France Galop de manière entrepreneuriale, ce que ne font pas nos dirigeants actuels. Notre objectif, car je travaille en équipe, c'est de faire entendre nos propositions  pour  remettre  le  train France Galop sur les rails. L'Institution doit s'inscrire dans une stratégie plus réaliste que celle menée depuis quelques années.

Vous insistez sur le fait que votre candidature n'est pas une candidature individuelle. Est-ce parce que, à son époque, le rapport qui porte votre nom avait trop focalisé l'attention sur vous ?

Non. Le rapport était un outil qui avait été demandé parce que des difficultés commençaient à apparaître et parce que la filière cheval ne présentait pas de véritables perspectives d'avenir. Le nombre de propriétaires commençait à baisser, des entraîneurs entraient dans de grandes difficultés... On comprenait bien qu'il ne fallait pas continuer comme cela si l'on voulait espérer retrouver un jour des perspectives de développement. J'entendais beaucoup de mots, mais rien ne changeait. Puis le pari hippique lui-même s'est mis à diminuer et je ne voyais toujours pas de véritable projet de réorganisation, d'adaptation au monde d'aujourd'hui. Les sociétés mères restaient sur un même type de gouvernance, sans envisager de révolution structurelle. Mais on ne peut pas continuer à fonctionner comme si le monde ne changeait pas alors qu'il change très vite !

Vous êtes tête de liste dans le collège "Propriétaires" et pourtant, vous ne tenez pas un discours spécifiquement tourné vers les propriétaires mais plus généraliste. Pourquoi avoir choisi ce collège plutôt qu'un autre ?

Tout simplement parce que la base des courses ce sont les propriétaires et les parieurs. Trop de gens ignorent à quel point ils financent les courses... même s'il y a aussi les sponsors quand on se donne la peine d'en chercher un peu. Je le répète : la base, ce sont les propriétaires, des gens qui achètent, qui se lancent dans des projets d'élevage et qui vont jusqu'à la compétition.

La cooptation, il n'en a jamais été question ?

Jamais.

Ce n'est pas parce que vous avez un problème avec les cooptés ?

Non. La question des cooptés est une vraie question puisqu'ils jouent un rôle important dans la gouvernance. Les cooptés sont intéressants parce qu'ils permettent d'aller chercher des compétences, mais il faut que tous se sentent concernés par la filière.

Mais, quoi qu'il en soit, les cooptés pèsent dans l'élection du président. Donc l'homme qui réformera sera aussi élu par les cooptés...

Le désir de réforme sera toujours là et j'espère que les gens qui veulent la réforme seront les plus nombreux. Sinon on en restera au constat de 2012. En tout cas, ce n'est pas en empêchant l'innovation, la responsabilisation et la mise en place d'une organisation entrepreneuriale que l'on va redresser les courses.

À l'époque où vous publiiez votre rapport, la situation pouvait sembler moins grave qu'aujourd'hui. Est-ce que l'aggravation de la crise vous donne raison ?

On le constate dans d'autres domaines. Les gens commencent à prendre conscience de la situation. L'ennui, c'est que la prise de conscience est souvent tardive. Certaines choses sautent aux yeux pourtant. C'est pour cela qu'il faut se mettre en ordre de marche pour établir un vrai plan de bataille tout en gardant en tête, pour ce qui nous concerne, l'objectif d'amélioration de la race chevaline dont nous nous sommes à mon sens écartés. Il faut accepter la modernité et, en fonction des moyens dont on dispose, s'adapter et agir.

Vous ne semblez ni aller à la pêche aux voix ni partir au combat contre les autres listes de propriétaires. Quelle est votre approche politique ?

Pour l'instant, je me concentre sur la première partie du scrutin. Bien sûr, j'aimerais que notre liste obtienne le plus de voix possible pour faire entrer le plus d'élus possible dans les instances. Je veux aussi faire partager notre volonté de changement. C'est un grand mot le changement. Mais ce grand mot doit devenir la réalité. S'incarner dans les faits. Je sens, pour avoir rencontré de nombreuses personnes depuis quelques mois, qu'il y a la volonté de gérer France

Galop comme une entreprise. Et je le ressens aussi au trot. Pierre Julienne, le président du GAET, le dit.

Même l'institution des courses se convertit à l'économie de marché ?

Oui, car elle est obligée de le faire !

La première image qui a été accolée à votre candidature est le soutien de l'Association des entraîneurs-propriétaires. On est loin de l'économie de marché ou du libéralisme que vous prônez. Ce soutien vous gêne-t-il ?

J'apprécie tous les soutiens, mais je dois préciser que je n'ai personnellement sollicité aucun soutien auprès de qui que ce soit. Les entraîneurs-propriétaires font partie des acteurs qui demandent un changement, mais ils ne sont pas les seuls... et je ne suis pas leur candidat. Je suis un homme complètement indépendant. Tous les soutiens sont les bienvenus, mais je reste libre.

Le constat, vous l'avez fait dans le cadre de votre rapport. Mais si vous êtes élu, quelles seront les réformes prioritaires à mener ?

La priorité des priorités, c'est de réaliser un audit complet de la société mère. Mon rapport de 2012 n'était qu'un simple constat, car je n'ai pas eu le droit d'entrer dans le niveau de détails que j'aurais souhaité. Les détails, cela veut dire auditer, ce que je n'ai pas pu faire en 2012. On peut tout promettre, mais ceux qui promettent tout ne savent pas ce qu'ils vont trouver. Aujourd'hui, l'opacité est telle que personne ne peut savoir avec précision quel est l'état de la filière. Or, tout part de là. Nous avons tous besoin d'un état des lieux. Il faut un audit établi par des organismes externes. Je parle d'un audit du propriétariat, de l'élevage, de la situation économique des socioprofessionnels et un audit de France Galop lui-même, car les circuits financiers de la filière doivent aussi être étudiés. On masque tout avec de grandes déclarations, mais seule compte la réalité. Il faut maintenant aller au fond des choses.

Quelle sera ensuite votre première action ?

Lorsque nous aurons des éléments précis et chiffrés, nous pourrons bâtir un plan d’action réaliste. Le nombre d’actions est très important. Il faut avoir un objectif qui va au-delà de la passion. Je veux me tourner vers tous les propriétaires français qui font la recette. C'est d’eux que nous avons besoin. Sans propriétaires, pas de partants ; et sans partants, pas de jeu. Il faut travailler sur la motivation des propriétaires français à faire courir. Ce qui peut les intéresser, c’est d’avoir un retour meilleur. Car la passion ne fait pas tout.

Aujourd’hui, le taux de couverture par les gains est de 50 %...

Non ! Au galop, il est plus proche de 40 %. Alors qu’au trot, il est supérieur. Ça, c’est la réalité. Mais personne ne veut l'avouer. C'est un grand sujet. Car le président du trot a déjà dit dans la presse que la répartition à 50/50 des bénéfices du PMU ne durerait pas.

Vous dites qu'il faut aider les propriétaires français. Mais quelle est votre idée ?

Il faut travailler dans deux directions. Donner un meilleur retour sur investissement aux petits et moyens propriétaires et développer le pari hippique pour augmenter les recettes. Cela passe par un renouvellement de la clientèle du PMU. Il y a un travail de fond à faire sur le programme, pour encourager plus de partants. Je pense aussi qu'il faut travailler sur les charges de France Galop. Aujourd'hui, le PMU verse 100 à France Galop ; puis France Galop ne redonne que 70 en allocations, car il garde 30 pour sa gestion. Ce n'est pas bon. Il faut travailler sur les frais de fonctionnement, car si on ne donne plus que 20 pour le fonctionnement, on pourra offrir 80 en allocations.

Et au niveau du PMU ?

Je suis mille fois d'accord avec ce qu'a dit Philippe Germond récemment. Le PMU doit devenir une Société anonyme et prendre son indépendance. S'il a beaucoup plus de liberté, il rendra alors beaucoup plus aux courses, car il pourra se développer librement. On critique aujourd'hui Xavier Hürstel parce que c'est un haut fonctionnaire, mais c'est injuste, car il a les mêmes idées que Philippe Germond ! Il faut faire confiance au PMU et lui donner les moyens.

Comme l'État en donne à la Française des jeux ? 

Oui ! Quand je vois ce que l'État fait pour elle... Nous avons des gens compétents au PMU. Donnons-leur les moyens de réussir !

Un autre coup de baguette magique ?

Non, pas de baguette magique. Concrètement, il faut auditer, aller chercher des propriétaires et soigner les socioprofessionnels. Nos entraîneurs souffrent autant que les propriétaires. Je suis cartésien, comme tous les autodidactes. Je veux répondre aux problèmes actuels : avoir plus de propriétaires, plus de monde sur les hippodromes et plus de jeu [jeu ou jeux ?]. Et puis il faut que l'État s'investisse, parce que l'État peut être un très bon partenaire.

Comment estimez-vous vos chances de succès ?

La connaissance du milieu et mes idées semblent convenir à un nombre de plus en plus important de gens. En tout cas, tout le monde est convaincu qu'il faut une autre méthode.

Est-ce que vous pensez que les résistances sont aujourd'hui moins fortes qu'à l'époque de votre rapport ?

Je pense que tout le monde a compris qu'il fallait changer l'organisation.

Êtes-vous candidat à la présidence de France Galop ? Ou envisagez-vous de vous présenter à la présidence de France Galop ?

J'ai lu les propositions des différentes listes, notamment celles de Génération Galop. J'ai lu des choses très intéressantes. Nous verrons le moment venu. Je ne peux rien faire seul. Attendons le résultat des urnes. Dans la vie, il est primordial de savoir s'entourer, de déléguer et de faire confiance. Je suis convaincu de l'importance des hommes qui composent l'entreprise, l'association ou la collectivité. Il faut fédérer. J'ai toujours travaillé comme ça : j'entraîne des équipes. C'est ce que j'essaierai de faire à France Galop.