Ce dont on va parler à l’international en 2016

Autres informations / 08.01.2016

Ce dont on va parler à l’international en 2016

CE DONT ON VA PARLER À L’INTERNATIONAL EN 2016

(DUBAWI vs GALILEO, AIR FORCE BLUE, FRANKEL, LEONTES, LA BHA & LES BOOKMAKERS, APRÈS AMERICAN PHAROAH, MIN, SURPRODUCTION AU ROYAUME-UNI, DEEP IMPACT, PETER MOODY)

 

Quels sont les sujets qui vont animer la planète courses cette année ? De l’Europe au Japon, en passant par les États-Unis et l’Australie, voici un tour du monde de quelques-uns des grands événements de 2016.

 

DUBAWI vs GALILEO : LA GUERRE DES ÉTOILES

En piste comme sur les rings, la bataille entre Dubawi (Dubai Millenium) et Galileo (Sadler’s Wells) devrait se poursuivre en 2016. Selon les statistiques du TDN, Dubawi est passé devant Galileo au classement par les gains en 2015 : 22.696.299 $ pour Dubawi, contre 17.704.285 $ pour Galileo. Précisons que, sur les gains de Dubawi, plus de 6.000.000 de dollars proviennent de la victoire de Prince Bishop dans le Dubai World Cup (Gr1), la course la plus richement dotée au monde.

Dubawi a réalisé une excellente année 2015, avec de nombreux gagnants de Gr1 comme New Bay, Erupt, Arabian Queen, Red Dubawi, Al Kazeem, Postponed, Night of Thunder, ainsi que des gagnants de Gr1 en Australie. Galileo, la superstar de Coolmore, a pu compter sur Gleneagles, Highland Reel, Found, Mondialiste, Order of St George, ou encore Curvy… Il y a une différence marquante entre les deux étalons : aucun produit de Dubawi n’a encore réussi à remporter un Gr1 à 2ans : ils se sont jusque-là révélés plus tard et cela donne donc un avantage à Galileo, capable de produire des juveniles vieillissant bien. Citons, en 2015 : Ballydoyle, gagnante du Total Prix Marcel Boussac, Minding, double gagnante de Gr1 outre-Manche et meilleure pouliche européenne de 2ans, et Johannes Vermeer, gagnant du Critérium International (Gr1)…

Sur les rings, Dubawi et Galileo se sont tenus de près et cela devrait encore être le cas en 2016. Les yearlings de Dubawi, dont le prix de saillie est passé à 225.000 livres en 2016 (+ 80 %) ont été adjugés en 2015 à un prix moyen de 1.108.417 euros. C’est un produit de Dubawi qui a réalisé le top price de la vente d’août Arqana, adjugé à une somme record pour l’agence de 2.600.000 euros. Dubawi a aussi passé la barre des deux millions lors de la vente de yearlings d’octobre Tattersalls, avec un produit adjugé 2.100.000 guinées… à M. V. Magnier. Notons cependant que Galileo place quatre de ses yearlings dans le top 10… Anecdote amusante : lors de la dernière vente européenne de 2015, la vente d’élevage de décembre Tattersalls, le top price (2.700.000 guinées) a été réalisé par une jument associant les deux étalons : Hanky Panky, fille de Galileo… et pleine de Dubawi. Les deux étalons seront à nouveau inséparables en 2016, sur les pistes comme sur les rings, et avec, en toile de fond, la longue bataille entre Coolmore et Godolphin/Darley.

 

AIR FORCE BLUE, DÉCOLLAGE ATTENDU

Air Force Blue (War Front) a été la sensation chez les 2ans en 2015 et le représentant de Coolmore s’annonce extrêmement difficile à battre en 2016. Le pensionnaire d’Aidan O’Brien a survolé chacune de ses courses, laissant à chaque fois une impression de plus en plus formidable : Keeneland Phoenix Stakes, Vincent O’Brien National Stakes et Dubai Dewhurst Stakes (Grs1). Il a remporté cette dernière épreuve sur une piste assouplie, ce qui aurait pu être moins favorable pour ce fils de War Front. Mais il s’est baladé, balayant l’opposition sur une simple accélération. Nous n’avons certainement pas encore tout vu d’Air Force Blue, qui ne devrait pas être qu’un 2ans. Les 2.000 Guinées lui tendent d’ores et déjà les bras. Il a tout pour devenir le meilleur miler de 3ans en 2016 et, pourquoi pas si leurs chemins se croisent, le principal adversaire de Solow (Singspiel) au second semestre.

 

LES PREMIERS 2ANS DE FRANKEL EN PISTE

En 2015, les premiers yearlings de Frankel (Galileo), le meilleur cheval du monde, passaient en vente. Ils ont été bien accueillis sur les rings : son mâle issu de Platonic a été vendu 1.150.000 euros à Arqana, où six produits ont été adjugés à un prix moyen de 566.666 euros. À Tattersalls, il y a eu un léger sentiment de déception, certainement dû au fait qu’aucun yearling par Frankel n’ait passé la barre du million de guinées. Mais neuf de ses yearlings se sont vendus pour un chiffre d’affaires de 4.005.000 guinées et un prix moyen de 445.000 guinées, ce qui est un très bon résultat. Il faut aussi souligner que beaucoup d’éleveurs ayant envoyé des juments à Frankel sont des propriétaires/éleveurs : nous n’avons vu qu’un petit échantillon des poulains de l’étalon sur les rings des ventes et il nous réserve encore des surprises. Désormais, Frankel devra confirmer sur les pistes. Son premier produit foulant un hippodrome sera un événement, tout comme l’ont été son premier produit à naître, son premier foal et son premier yearling à passer en vente…

 

LEONTES, LA NOUVELLE STAR JAPONAISE

Leontes (King Kamehameha) a créé la sensation en faisant un "truc", pour sa deuxième sortie seulement, dans les Futurity Stakes (Gr1), l’équivalent japonais du Qatar Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1). Le représentant de U. Carrot Farm, encore vert, s’annonce comme le cheval à battre dans les 2.000 Guinées et le Derby japonais (Grs1) en 2016. Né dans la pourpre, c’est un fils de la championne Cesario (Special Week), gagnante de Gr1 au Japon et aux États-Unis, et il est donc le frère d’Epiphaneia (Symboli Kris S), gagnant d’un Japan Cup (Gr1) sous la selle de Christophe Soumillon. Si Leontes fait impression dans son pays au premier semestre de ses 3ans et s’il ne connaît pas de soucis, il sera certainement au départ du prochain Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Mirco Demuro, son partenaire, pourrait avoir un choix cornélien à faire dans l’"Arc". Il est en effet le jockey de Duramente (King Kamehameha), meilleur 3ans japonais mais sur la touche depuis la fin du printemps 2015. Duramente devrait être de retour en 2016, avec comme objectif annoncé le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe et peut-être le Dubai Sheema Classic (Grs1). Si le poulain s’est remis de ses blessures et retrouve son niveau, il aura le droit d’avoir les plus hautes prétentions face aux meilleurs chevaux européens.

 

LE BRAS DE FER ENTRE LA B.H.A. ET LES BOOKMAKERS

Deux mille seize sera une année importante pour les courses britanniques, 2015 ne s’étant pas très bien terminée, avec un nouveau bras de fer opposant la British Horseracing Authority (B.H.A.) et un certain nombre de bookmakers. En cause : le plan Authorised Betting Partners, le nouveau moyen de pression du B.H.A. sur les "bookies". Les bookmakers sont en effet interdits, entre autres, de sponsoriser des courses en Angleterre en 2016 s’ils ne signent pas cet accord ayant pour but de les obliger à reverser au Levy Board de l’argent sur les bénéfices des paris internet. Les plateformes de betting en ligne sont pour la majorité délocalisées et les bookmakers ne sont légalement pas obligés de reverser de l’argent au Levy Board. Dans l’attente d’une modernisation du système de financement des courses britanniques – le projet étant entre les mains de l’État – le bras de fer devrait se poursuivre tout au long de 2016 et certainement 2017. La plupart des hippodromes ont signé cet Authorised Betting Partners, mais ce n’est pas le cas de York, par exemple, ou encore d’Ascot. Ce dernier a annoncé le 4 janvier, alors qu’une signature semblait proche, qu’il ne rejoignait pas le système, tout en le soutenant en partie. Reste à savoir comment cette interdiction va affecter les allocations des courses britanniques, particulièrement en obstacle.

 

ÉTATS-UNIS : APRÈS AMERICAN PHAROAH, LE VIDE ?

En 2015, American Pharoah (Pioneerof the Nile) a offert la plus belle publicité qui soit à des courses américaines en souffrance, en enlevant la Triple couronne et le Breeders’ Cup Classic (Gr1). Mais American Pharoah est entré au haras. Il fera encore parler de lui en 2016 bien sûr, avec un carnet de bal de prestige, mais cela ne devrait pas toucher le grand public. Ses premiers poulains le pourraient ensuite… Les courses américaines entrent donc dans une année charnière. Elles ont réussi à se refaire – avec American Pharoah – une place au cœur d’une partie du public américain et elles vont désormais devoir conforter ce statut en ayant perdu leur meilleur ambassadeur. Et il n’est pas certain que le pourtant populaire California Chrome (Lucky Pulpit), qui prépare son retour, arrive à porter cette vague d’enthousiasme. American Pharoah a réussi à faire en partie oublier les scandales autour du dopage, par exemple. Reste donc à savoir si ces questions ne reviendront pas au premier plan en 2016…

 

MIN, LE NOUVEL ESPOIR DE WILLIE MULLINS

C’est un nom à retenir : Min (Walk in the Park). Ce pensionnaire de Willie Mullins a effectué des débuts irlandais fracassants en s’imposant de toute une classe à Punchestown, balayant ses vingt adversaires en s’imposant de quatorze longueurs. Min est très estimé et les bookmakers en avaient eu vent, ayant fait du poulain le favori du prochain Supreme Novices’ Hurdle (Gr1) de Cheltenham, avant même qu’il ait débuté en Irlande ! Min devrait recourir une fois avant le Festival de Cheltenham. Il a les moyens de devenir la nouvelle superstar de l’écurie Mullins et l’entraîneur devrait à nouveau dominer de la tête et des épaules Cheltenham, avec plusieurs de ses pensionnaires grands favoris des Grs1 : Un de Sceaux (Denham Red, Queen Mother Champion Chase), Djakadam (Saint des Saints) et Don Poli (Poliglote, Gold Cup), Faugheen (Germany, Champion Hurdle), Vautour (Robin des Champs, Gold Cup ou Ryanair Chase), Douvan (Walk in the Park, Arkle Trophy Chase)… Et nous devrions encore entendre parler de Willie Mullins à Auteuil durant le printemps !

 

LE SPECTRE DE LA SURPRODUCTION AU ROYAUME-UNI

En conclusion de la vente d’élevage de décembre 2015 Tattersalls, Edmond Mahony, président de l’agence de ventes, a déclaré : « Même si la demande internationale pour les pur-sang du haut du marché reste élevée, il ne serait pas bon d’ignorer certains signes alarmants concernant le bas du marché. Le nombre de chevaux que nous avons présentés cette année a augmenté de plus de 500 et une telle hausse a entraîné un marché plus sélectif, particulièrement sur les chevaux du bas du marché. Faire s’accorder offre et demande est un équilibre délicat et nous avons pour but de contrôler avec attention le nombre en 2016. »

Le nombre de naissance en Grande-Bretagne est en hausse, porté par l’embellie du marché constatée depuis plusieurs années. Ainsi, 4.466 naissances ont été enregistrées en 2015, soit une hausse de 5 % par rapport à la même période en 2014 et les naissances sont dans l’ensemble à la hausse depuis 2013. Le haut du marché restera assurément très puissant en 2016, porté par une forte demande internationale et des acheteurs prêts à beaucoup investir. Mais les "petits" éleveurs risquent, eux, de vivre une année 2016 difficile. Il n’y a qu’à regarder certains chiffres de 2015 : prix moyen et médian en nette baisse pour le book 3 de la vente de yearlings Tattersalls, pour les derniers jours de la vente de foals de décembre, pour le jour 4 de la vente d’élevage de décembre… Cela risque de s’accentuer encore en 2016, avec un déséquilibre trop important entre une offre repartie à la hausse et une demande, sur le bas du marché, n’évoluant pas.

 

DEEP IMPACT ATTENDU EN EUROPE

Deep Impact (Sunday Silence) reste l’étalon star au Japon, malgré la concurrence de plus en plus affirmée de King Kamehameha (Kingmambo), lequel saillit pourtant moitié moins de juments par an. Mais nous devrions aussi parler du fer de lance de Shadaï en Europe, avec des produits entraînés sur notre continent. Deep Impact n’est pas inconnu, puisqu’il est déjà père de classique en France grâce à la victoire de Beauty Parlour XX dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), la famille Wildenstein ayant précocement fait confiance à l’étalon.

L’écurie Wertheimer & Frère a elle aussi choisi de faire confiance à l’étalon japonais et André Fabre a dans ses boxes un 2ans par Deep Impact et Baahama (Anabaa) nommé Akihiro. Baahama a aussi une pouliche yearling par l’étalon, nommée Bartaba, tout comme Iron Lips (Iron Mask), avec une pouliche nommée Tempel. Coolmore a également envoyé des juments à Deep Impact : il s’agit des gagnantes de Gr1 Maybe (Galileo), qui a une pouliche de 2ans par l’étalon, et Peeping Fawn (Danehill), laquelle a un mâle de 2ans par l’étalon.

On retrouve plusieurs produits de Deep Impact chez Qatar Racing, le cheikh Fahad Al Thani ayant investi massivement lors de la vente de yearlings de sélection de la J.R.H.A. 2014. Un de ces poulains a 3ans et n’a pas encore débuté : New World Power, un fils de Listen (Sadler’s Wells) entraîné par Roger Varian et engagé dans le prochain Derby d’Epsom (Gr1). Qatar Racing a aussi un mâle de 2ans par Deep Impact et Musical Way (Gold Away), soit un propre frère de la meilleure pouliche japonaise de 3ans en 2015, la classique Mikki Queen. Il est engagé dans le Derby 2017, tout comme un 2ans par Deep Impact et Keiai Gerbera (Smarty Jones), gagnante de Gr3 au Japon, et un mâle par Deep Impact et Rumba Boogie (Rainbow Quest). Qatar Racing a aussi une autre pouliche de 2ans par Deep Impact propre sœur du classique et étalon Deep Brillante, et un mâle de 2ans, premier produit de l’américaine May Day Rose (Rockport Harbor).

 

PETER MOODY, UN DES SYMBOLES DU FEUILLETON DU COBALT

Le feuilleton autour du cobalt va se poursuivre en Australie en 2016. Une des personnalités concernées est Peter Moody, l’entraîneur de la championne Black Caviar (Bel Esprit), accusé d’avoir donné du cobalt à Lidari (Acclamation). L’entraîneur espérait être fixé sur son sort avant Noël mais l’audience a été repoussée à mi-février. Le problème est que l’importante vente de yearlings Gold Coast de Magic Million a commencé ce mercredi 6 janvier. Peter Moody, qui explique avoir déjà perdu des propriétaires avec cette accusation, doit donc sortir le carnet de chèque sans être assuré de pouvoir entraîner les poulains puisqu’il risque une longue suspension. Mais ne pas investir le menacerait de ruine s’il était déclaré non-coupable. L’un des plus célèbres entraîneurs australiens est donc dans une situation délicate et sa suspension serait un coup de tonnerre. Touchant aussi bien le monde du trot que du galop australien, le cobalt n’a pas fini de faire parler de lui.