Ar mad, la belle récompense d’un éleveur patient

Autres informations / 12.02.2016

Ar mad, la belle récompense d’un éleveur patient

LE MAGAZINE

AR MAD, LA BELLE RÉCOMPENSE D’UN ÉLEVEUR PATIENT

En à peine deux mois, le French bred Ar Mad (Tiger Groom) est devenu l’une des stars des steeple-chases de vitesse en Angleterre. En décembre, il a fait sien le Racing Post Henry VIII Novices’ Chase (Gr1) à Sandown et le Williamhill.com Novices’ Chase (Gr2) à Kempton. Son prochain grand objectif sera l’Arkle Chase (Gr1) de Cheltenham, dans lequel il fera face à un autre champion élevé en France : Douvan (Walk in the Park). Quatre semaines avant ces Jeux Olympiques de l’obstacle, nous avons choisi porter l'objectif sur Michel Le Meur, éleveur d’Ar Mad.

Ar Mad, un premier vainqueur de Groupe à 83 ans !

C’est en Bretagne, au Haut-Corlay, chez son éleveur, Michel Le Meur, qu’Ar Mad a vu le jour, le 11 avril 2010. Cinq ans plus tard, il s’est forgé un nom en Angleterre sous l’entraînement de Gary Moore. Il a enlevé le Henry VIII Novices’ Chase à Sandown et le Novices’ Chase à Kempton en fin d’année passée. À l’heure actuelle, il est le plus sérieux opposant à Douvan pour l’Arkle Chase de Cheltenham.

Son éleveur a vécu avec beaucoup d’émotion les succès d’Ar Mad au plus haut niveau : « Avant Ar Mad, j’avais gagné plusieurs courses en tant qu’éleveur, mais jamais de Groupes. En tout, je dois avoir une cinquantaine de gagnants. J’en ai eu à Enghien, en province, mais pas à Auteuil. J’ai le DVD de la course d’Ar Mad lorsqu’il a remporté le Gr1. Sinon, j’ai suivi ses courses sur internet. C’était beaucoup d’émotion et de satisfaction car je suis dans les courses depuis 48 ans et j’ai 83 ans. Mais comme je le dis souvent : "Tout vient à point à qui sait attendre !" »

Tiger Groom pour apporter un peu de légèreté

Vainqueur des Prix Jacques d’Indy et de Pépinvast (Grs3), deuxième du Prix Renaud du Vivier (Gr1) derrière la championne Line Marine, et du Grand Prix d’Automne (Gr1), en obstacle, Tiger Groom a également gagné le Derby suisse (L) en plat. Il a été choisi par Michel Le Meur pour sa poulinière Omelia (April Night) pour plusieurs raisons : « Nous avons choisi Tiger Groom pour Omelia, la mère d’Ar Mad, car il était à Corlay à l’époque. Il était donc à côté de chez moi et l’un de ses propriétaires était Éric de Kerpezdron, que je connais bien puisqu’il fait partie de ma famille. De plus, Tiger Groom m’avait beaucoup plu quand je l’avais vu gagner. Omelia est une jument très importante, un peu grosse. Quand je l’ai achetée, elle faisait six cents quatre-vingts kilos… Tiger Groom était complémentaire, car lui n’est pas lourd. Il avait aussi de bons tissus. À l’inverse, Omelia a couru cinq fois et elle a claqué à la fin, du fait de son physique… »

 

Ar Mad, primé aux concours AQPS et délicat au débourrage

Ar Mad n’a pas attendu les pistes de courses pour faire parler de lui. Il s’est rapidement distingué lors des concours de modèles et allures réservés aux AQPS. « Ar Mad avait gagné sa section lors d’un concours AQPS chez les foals, mais il avait perdu en finale. Puis à 2ans, il a terminé deuxième du concours du Lion-d’Angers. Jeune, c’était un poulain costaud, relativement facile avec moi. En revanche, il a été très, très difficile au débourrage. »

 

Les débuts en obstacle : la révélation

Après deux sorties discrètes en plat, Ar Mad a débuté sur les haies à Nantes, sous l’entraînement et les couleurs de Gaëtan Taupin. C’était le 2 octobre 2014 et il a fait quelque chose en finissant fort pour accrocher la troisième place. Suite à cette performance, il a été acheté par Joffret Huet et Claude Charlet pour rejoindre l’Angleterre et les boxes de Gary Moore, l’entraîneur d’un autre champion français, Sire de Grugy (My Risk). « J’ai remarqué qu’Ar Mad était un champion lorsqu’il a débuté en obstacle à Nantes. Ce jour-là, il a fait l’accordéon, il passait de premier à dernier. Il a fini troisième en concluant comme une balle. Son entraîneur, Gaëtan Taupin, a levé l’option d’achat au de cette course. Ensuite, le cheval a été vendu en Angleterre et il a la carrière que l’on connaît. »

Et la famille d’Ar Mad ?

La belle histoire d’Ar Mad continue avec ses frères et sœurs. Michel Le Meur nous a détaillé la production d’Omelia, qui est la seule poulinière sur les sept hectares de son élevage. « Au haras, Omelia a donné d’emblée Ar Mad. Puis elle a eu deux produits d’Axxos, qui était à Corlay : Breizh Mad et Calett Mad. Ensuite, elle a une 2ans par Fragrant Mix, que j’ai nommée Eurus Mad, et une foal par Lauro, Fest Mad, que j’ai vendue. Elle est actuellement pleine de Racinger. Et il y a de grandes chances qu’elle aille cette année à Ballingarry. Lorsque je choisis mes croisements, je m’intéresse au modèle et aux performances des étalons. » L’imposant Calett Mad n’a pas encore gagné mais il a pris trois places en trois courses à Auteuil, dont une troisième place dans le Prix Fifrelet (L).

Premier partant et premier gagnant : la machine était lancée

Michel Le Meur a fait son entrée dans le monde des courses il y a près de cinquante ans. Son histoire hippique a commencé avec une yearling qui a été son premier partant, et d’emblée son premier gagnant. La machine était alors lancée… « Je suis arrivé dans les courses parce que je suis de Corlay et nombre de mes amis y allaient. Du coup, j’ai commencé à m’y intéresser. Je suis un ancien gendarme motocycliste. J’ai acheté mon tout premier cheval en 1968. Il s’agissait d’une yearling nommé Oiseau Sauvage (Venture). C’était la sœur de plusieurs placés de Groupe. Oiseau Sauvage a remporté huit courses plates, dont sa toute première course. Elle a débuté victorieusement à Nantes sur 1.100m en ayant le 16 sur 16 dans les stalles. Elle avait fait quelque chose. C’est ma plus belle victoire ! C’est elle qui m’a lancé. Ensuite, j’ai acheté d’autres chevaux, sans avoir parfois de réussite. Presque à chaque fois que j’ai acheté un cheval cher, je n’ai pas eu de réussite. En revanche, lorsque je trouvais des chevaux bon marché, j’ai souvent réussi. » Les élèves de Michel Le Meur portent tous le suffixe "Mad" et des noms bretons en hommage au lieu où ils sont nés : « Je donne des noms bretons à mes élèves. Mad veut dire bon. Calett veut dire costaud, Eurus signifie heureux… »

AR MAD, UN ACHAT DE LA FRENCH TEAM

À l’issue de la troisième place d’Ar Mad pour ses débuts sur les haies à Nantes, le courtier Joffret Huet et son associé Claude Charlet se sont portés acquéreur du cheval. Joffret Huet nous a dit : « Ar Mad m’avait été signalé par son entraîneur, avant qu'il ne débute. Ses courses en plat ne m’avaient pas emballé et j'attendais de le voir débuter en obstacle. Il a terminé troisième à Nantes, en haies, en faisant quelque chose. À la base, je devais être à Auteuil ce jour-là, mais Claude Charlet, avec qui je travaille, a pu aller sur la butte Mortemart et je suis resté à Nantes. J'ai appelé Claude car Ar Mad m’avait tapé dans l’œil pour se classer troisième. Je pensais qu'il ferait un bon cheval sur 3.200m en steeple. Si je n’étais pas allé à Nantes, je ne pense pas que nous l'aurions acheté. C'est le premier produit de Tiger Groom que nous avons acquis. »