« plaidoyer pour les vieux garçons »

Autres informations / 14.02.2016

« plaidoyer pour les vieux garçons »

Tribune Libre

« PLAIDOYER POUR LES VIEUX GARÇONS »

Par Hubert de Rochambeau, turfiste

À la suite de la chronique "Un chameau, c’est un cheval qui a été dessiné par un comité", je souhaite nuancer les propos de Franco Raimondi et de David Powell en identifiant des points de consensus et des points de désaccord. Je me réjouis de pouvoir échanger des arguments à partir des très bons papiers des chroniqueurs de Jour de Galop.

Je suis totalement d’accord avec la remarque de Federico Tesio, citée par David Powell : la référence absolue est le poteau du Derby d’Epsom. Cette référence est malgré tout insuffisante pour comparer les milliers de chevaux qui courent chaque année en Europe. Le calcul d’une valeur handicap est utile pour les turfistes ou les éleveurs. Il est nécessaire d’être conscient de la limite de cette approche.

Comme le souligne David Powell, une valeur handicap constitue une simplification extrême d’une réalité complexe. Résumer la carrière d’un cheval à une seule valeur est une approximation encore plus forte. Pourquoi choisir la meilleure valeur ? Lorsque j’étudie la carrière d’un futur étalon, je préfère prendre en compte les quatre meilleures valeurs handicap d’un cheval qui aura couru huit fois.

Il me paraît utile de dépasser cette critique de toutes les approches quantitatives. Cet outil permet de comparer ce qui est comparable. Il apporte une information intéressante pour analyser une population de chevaux qui ont bataillé durant une saison sur des distances voisines. Cet outil est pertinent pour étudier la population des chevaux ayant participé à des courses de groupe sur le mile en France, en Angleterre et en Irlande. De nombreux chevaux ont traversé la Manche, créant ainsi des connexions entre les chevaux entraînés en France, ceux qui sont entraînés en Angleterre et en Irlande. Dans dix ans, ces valeurs nous permettront de placer les uns par rapport aux autres Solow, Gleneagles, Make Believe, Esotérique ou Ervedya.

Je rejoins nos chroniqueurs pour dire que la comparaison entre un sprinter comme Muhaarar et un stayer comme Vazirabad a peu de signification. Ils n’ont jamais couru ensemble et les connexions sont très indirectes. Pour passer d’une population de sprinters à une population de stayers, il faut chercher des connexions avec les milers, puis avec les intermédiaires et les "classiques"… Pour les mêmes raisons, la comparaison de chevaux australiens, américains ou européens a encore moins de sens…

Le problème des classements des courses de Groupe est intéressant. La moyenne des valeurs des quatre premiers est une solution très simpliste. La moyenne pondérée proposée par Jacques Soriaux est intéressante. Il est possible de faire beaucoup mieux en s’inspirant des travaux des experts du Timeform ou du Racing Post. L’idée serait d’estimer la valeur de la course en combinant les valeurs des chevaux ayant participé à l’arrivée. Il existe une abondante littérature sur le sujet.

Il faut aussi analyser l’hypothèse implicite de ces classements qui repose sur l’équivalence entre un kilogramme et une longueur. Tous les "vieux garçons" qui ont calculé des valeurs handicap, le soir au coin du feu, savent que la validité de cette hypothèse dépend de la distance et du terrain.

Dans la dernière partie de sa chronique, David Powell suggère d’utiliser les allocations pour classer les chevaux. Pour que cela fonctionne bien, il faudrait que les dotations des épreuves croissent avec la valeur des chevaux qui participent à ces épreuves. Cela n’est pas totalement le cas aujourd’hui, à cause notamment des handicaps. Un autre inconvénient des allocations est qu’il existe une liaison exponentielle entre la valeur d’un cheval et son gain annuel. Il est donc nécessaire de prendre en compte ces remarques pour construire un outil de comparaison basé sur les gains. Mais c’est une autre histoire.