La grande interview  :  la nouvelle vie de rupert pritchard-gordon

Autres informations / 29.03.2016

La grande interview : la nouvelle vie de rupert pritchard-gordon

LA GRANDE INTERVIEW

La nouvelle vie de Rupert Pritchard-Gordon

En l’espace de quatre jours, Toliman (Hat Trick) et Dicton (Lawman) ont offert deux succès de Listed à leur propriétaire, Robert Ng. Les deux chevaux ont été achetés par Rupert Pritchard-Gordon, qui manage les intérêts européens du propriétaire hongkongais. Depuis deux ans et demi, l’homme a changé de casquette, passant des rangs des entraîneurs à ceux de courtier et racing manager. Un choix qui s’est imposé naturellement, comme il nous l’a expliqué.

Jour de Galop. – Toliman et Dicton ont mis à l’honneur Robert Ng, pour qui vous travaillez. À quelle époque remonte votre histoire commune ?

Rupert Pritchard-Gordon. – C’est une longue histoire, qui a débuté avec un cheval nommé With the Flow (Irish River). J’étais alors assistant chez Criquette Head. Ce cheval avait couru aux États-Unis, à Singapour, et son propriétaire cherchait à le vendre, sans y parvenir. J’allais m’installer, et c’était le genre de cheval avec qui je voulais commencer ma carrière. J’ai contacté un entraîneur australien installé à Singapour, en lui demandant s’il n’avait pas un client que le cheval pourrait intéresser. Il m’a dit d’appeler Robert Ng. Je n’osais pas ; je n’étais même pas installé ! Finalement, je l’ai appelé, le cheval l’intéressait mais l’affaire ne s’est pas faite, le cheval ayant été vendu comme étalon. Mais Robert Ng m’a dit que le jour où j’aurai un cheval qui pourrait l’intéresser, il faudrait le prévenir.

Vous êtes donc devenu l’un de ses entraîneurs…

L’une des premières yearlings que je lui ai achetée s’est révélée être Malaica (Roi Gironde), avec laquelle nous avons pris la troisième place des Albany Stakes (Listed à l’époque) à Royal Ascot. Il a gardé Malaica à l’élevage et elle lui a donné Success Days (Jeremy), gagnant de deux Groupes et qui lui a permis d’avoir un partant dans le Derby d’Epsom l’an dernier… Nous avons eu aussi un cheval comme Light of Joy (Mark of Esteem), qui fut deuxième du Prix de Fontainebleau (Gr3) de Stormy River (Verglas) avant de poursuivre sa carrière en Malaisie. Les choses se sont donc bien passées dès le début.

Photo 2 : « Malaica fut l’une des premières acquisitions de Rupert Pritchard-Gordon pour Robert Ng »

Désormais, quel rôle jouez-vous pour lui ?

Depuis le début de cette année, je gère les chevaux qu’il possède en Europe, c’est-à-dire en France, en Grande-Bretagne, et en Irlande. Cela comprend à la fois les chevaux à l’entraînement et les juments, puisqu’il élève un peu. Ses juments françaises sont stationnées au haras de Castillon, et nous allons ramener en France une partie des juments qui sont outre-Manche. Monsieur Ng ne vient jamais en Europe. Il lui fallait donc quelqu’un sur place pour manager l’ensemble de ses effectifs européens, sachant en plus qu’il travaille avec quatorze entraîneurs différents ! Mais depuis que j’ai cessé mon activité d’entraîneur, j’ai continué d’acheter des chevaux pour lui, souvent dans l’optique d’une carrière à Hongkong.

Parlons de Toliman. Il présente la particularité d’avoir été acheté "à réclamer", ce qui est rare pour un cheval destiné à aller à Hongkong…

J’ai en effet acheté Toliman quand il a gagné son "réclamer" à Chantilly. L’impression visuelle était très bonne, et nous avons dû mettre un peu plus de 60.000 euros pour l’avoir ! Il ne m'était pas possible de garantir à monsieur Ng que le cheval atteindrait le niveau requis pour aller à Hongkong : il n’avait pas encore le rating suffisant et n’avait pas passé de visite vétérinaire, forcément. Mais il m’a fait confiance. Alessandro Botti a fait un très bon travail avec lui, et le cheval a remporté le Prix Montenica (L) après avoir progressé à chacune de ses sorties.

Quel est son programme ?

Toliman, est engagé dans les Prix Djebel et Sigy (Grs3). Il pourrait courir l’une des deux courses, mais nous avons envie de nous faire plaisir et d’aller courir les Jersey Stakes (Gr3) à Royal Ascot. La distance de 1.400m sera parfaite pour lui, et généralement, le terrain est bon à Ascot.

Photo 3 : « Toliman, le deuxième cheval en partant de la gauche, à la lutte avec Dicton, en décembre 2012. »

Ce critère de l’aptitude au bon terrain est-il primordial dans vos choix de chevaux destinés à Hongkong ?

Il faut en effet des chevaux de bon terrain, mais il est également nécessaire qu'ils disposent de qualités de maniabilité, car ils vont devoir courir sur des hippodromes qui tournent beaucoup. Toliman a le bon profil pour réussir là-bas. Il est possible qu’il parte pour Hongkong en cours d’année, ou qu'il intègre l’écurie de M. Ng à Singapour.

Avec Dicton, l’histoire est un peu différente, même si le cheval est aussi issu des "réclamer". Comment l’avez-vous repéré ?

Il avait battu Toliman fin décembre à Deauville, en étant capable de placer deux accélérations dans une course sans train. Cela m’avait plu. Il avait été inscrit à la vente de février Arqana, mais finalement, avait été retiré. Il a gagné sa course B à Compiègne et nous avons pu l’acheter à l’amiable, juste avant qu’il ne gagne le Prix Omnium II. C’est un très beau cheval, bien né, et il pourrait rester faire carrière en Europe un moment.

Les deux chevaux sont entraînés par des professionnels italiens, basés en France. Est-ce un hasard ?

Dicton était entraîné par Gianluca Bietolini, et quand je suis allé voir le cheval à Maisons-Laffitte pour l’acheter, j’ai constaté à quel point il s’en occupait bien. Robert Ng a trouvé qu’il était logique de laisser le cheval à son entraîneur. Ce qui lui importe, c’est que ses chevaux soient bien. Pour Alessandro et Giuseppe Botti, c’est un peu différent. Ils entraînent la plupart des chevaux de la casaque en France. Quand j’ai décidé d’arrêter ma carrière d’entraîneur, c’est à eux que j’ai vendu ma cour, à condition que je puisse y rester encore un an. Nous avons donc travaillé côte à côte pendant un an. J’aime beaucoup le travail d’Alessandro, et nous avons trouvé naturel que les chevaux de monsieur Ng restent avec lui quand j’ai arrêté. C’était une certaine continuité…

Photo 4: « Rupert Pritchard-Gordon, Khalifa Al Attiyah et Lanfranco Dettori après la victoire de Ruler of the World dans le Qatar Prix Foy. »

On vous connaît aussi en tant que représentant français d’Al Shaqab Racing. Comment fonctionnez-vous avec l’écurie qatarie ?

J’ai été très bien accueilli par l’équipe française d’Al Shaqab, notamment Benoît Jeffroy, Audrey Leyval et Nicolas de Watrigant. Ils m’ont beaucoup aidé dans mon intégration. À présent, l’organisation d’Al Shaqab est bien huilée. Je suis le référent français de toutes les personnes qui travaillent pour Al Shaqab. Je suis en contact régulier avec les entraîneurs, les préentraîneurs et les jockeys qui travaillent pour Al Shaqab, je me déplace moi-même beaucoup, et je tiens informé Khalifa Al Attiyah, le manager général, et Harry Herbert, en charge du racing office basé en Angleterre, de tout ce qui concerne les chevaux basés en France. Je vais aussi régulièrement au haras de Bouquetôt pour faire le tour des foals et des yearlings avec Benoît Jeffroy. Il est intéressant et important pour moi d’avoir les informations de Benoît sur les poulains, afin de bien les avoir en tête quand ils partent au préentraînement. Je travaille avec une assistante, Émilie Heyligen, qui est un appui au quotidien pour tout ce qui est administratif.

Comment conciliez-vous vos différentes activités ?

Chantilly, où je suis basé, me permet d’aller très facilement en Irlande, en Grande-Bretagne, dans le Sud-Ouest… Je peux donc concilier Al Shaqab avec mes autres clients. Il n’y en a pas un qui est plus important que l’autre. Je fais au mieux pour chacun. J’ai aussi l’aide de Lizzy Sainty pour le côté administratif de l’activité RPG Bloodstock, c’est-à-dire tout ce qui est en dehors d’Al Shaqab Racing.

Photo 5: « Rupert Pritchard-Gordon, Christiane Head-Maarek et Thierry Jarnet. »

Outre Robert Ng et Al Shaqab Racing, vous avez d’autres clients réguliers ?

J’achète quelques chevaux de plat pour des clients anglais à la recherche de hurdlers ou de profils polyvalents, et des chevaux pour l’Australie pour un client que j’avais déjà quand j’étais entraîneur. J’ai eu la chance que plusieurs de ces chevaux se soient distingués au niveau des Groupes…

Vous avez cessé d’entraîner fin 2013. Pourquoi avez-vous pris cette décision ?

J’avais l’impression de travailler pour l’État, et j’avais besoin de tourner une page ! Les Botti cherchaient une cour à acquérir… J’avais déjà ce client australien pour qui j’avais acheté des chevaux qui avaient bien réussi, et le projet de devenir courtier était assez excitant… Mais je ne voulais pas décevoir monsieur Ng. Quand je lui ai proposé la solution de laisser les chevaux chez Alessandro, tout en continuant de m’occuper de ses achats, et qu’il a affirmé me suivre dans cette nouvelle orientation, cela m’a réellement convaincu. La décision a alors été assez facile à prendre, et il m’a semblé que c’était une suite logique.

Ne regrettez-vous pas vos années d’entraîneur ?

Pas du tout. Je ne regrette rien, je suis content de l’avoir effectué. Mais je pense que j’ai arrêté au bon moment. Je garde de bons souvenirs, notamment avec des chevaux comme Malaica, Belle Allure (Numerous), qui m’a permis de remporter le Prix Vanteaux (Gr3), King Air (Kingsalsa), qui a su monter les échelons, d’un maiden à Tours jusqu’aux gros handicaps et offrant même un succès de Groupe au cheikh Fahad Al Thani, ou encore Chantilly Beauty (Josr Algarhoud), qui a gagné au niveau Listed en France et en Italie, et qui s’est placée de Groupe en Grande-Bretagne. Elle était en acier trempé et a aussi couru à Royal Ascot…

On vit de grands moments, par exemple lorsqu'on met le chapeau pour aller seller un partant un jour de "Diane", ou à Royal Ascot. Mais c’est aussi un métier où nous sommes finalement assez seuls. Je ne m’en rendais pas compte quand je l’exerçais, mais j’ai réalisé en le quittant que toutes les responsabilités reposent sur une seule et unique personne.

Les Pritchard-Gordon, une grande famille des courses

Rupert Pritchard-Gordon porte un patronyme célèbre dans le monde des courses. Son père, Gavin, a remporté, en tant qu’entraîneur, les Sussex Stakes et les Queen Anne Stakes. L’un de ses oncles, Grant, a longtemps été le directeur des effectifs de Khaled Abdullah avant de créer son agence de courtage. Son autre oncle, Giles, décédé en 2011, avait une grosse société de pétroliers, mais élevait aussi des chevaux. La mère de Rupert est la compagne de Sir Michael Stoute. Sa famille est aussi très connue en Irlande. Son oncle était Aubrey Brabazon, jockey d’obstacle de Vincent O’Brien, associé notamment aux champions Cottage Rake (Cottage) et Hatton’s Grace (His Grace), et sa mère représentait l’Irlande en concours hippique.  

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