6.000e victoire de jean-claude rouget : « j’ai ramé pour en arriver là, alors je ne suis pas près de m’arrêter »

Autres informations / 07.04.2016

6.000e victoire de jean-claude rouget : « j’ai ramé pour en arriver là, alors je ne suis pas près de m’arrêter »

6.000e victoire de Jean-Claude Rouget

« J’ai ramé pour en arriver là, alors je ne suis pas près de m’arrêter »

Ce mercredi 6 avril, Jean-Claude Rouget a décroché sa 6.000e victoire en tant qu’entraîneur avec Zelzal (Sea the Stars) dans le Prix du Pavillon Egler (B). Dans l’histoire des courses, aucun professionnel en France n’a atteint ce score. Nous avons profité de ce cap important pour parler avec l’entraîneur palois de ses débuts, du présent et de l’avenir...

 

Jour de Galop. – Six mille victoires ! Quand vous vous êtes installé en 1978, avec 20.000 francs et un vieux camion donnés par votre père, pensiez-vous atteindre un jour un tel niveau ?

Jean-Claude Rouget. – Quand j’ai pris ma licence, je n’étais pas du tout dans ce trip-là ! Lors de mon installation, je m’efforçais surtout de tirer la quintessence de quelques mauvais chevaux que je recevais. Je débutais, donc c’était normal de ne pas recevoir des bons chevaux ; je devais faire mes preuves. Il faut d’abord être capable de faire ses preuves avec des chevaux modestes pour mériter ensuite d’en entraîner des bons.

Pour moi, ç'a été très, très long. Ma première victoire de Listed, c’était en 1988, au bout de dix ans, dans le Derby du Midi, avec Lucky Ship, un poulain que j’avais acheté à Deauville.

Mais pendant toutes mes premières années, j’étais plus orienté obstacle que plat ; j’avais deux tiers de chevaux d’obstacle pour un tiers de chevaux de plat. Ceci peut expliquer pourquoi ce fut long à venir.

 

N’aviez-vous pas peur qu’on vous colle cette étiquette de "fils de" lors de votre installation ?

À chaque fois qu’un fils d’entraîneur s’installe, on dit que c’est le fils de son père. C’est vrai que mon père a fait une belle carrière. Quand je me suis installé, ce n’était pas évident d’espérer faire aussi bien que lui. Il a obtenu le Cheval d’or en obstacle en 1987 ; c’était un bon entraîneur. Mais j’avais confiance en moi. J’estimais avoir un jugement assez bon sur les chevaux. Rapidement, j’ai remarqué que j’arrivais à améliorer un peu les chevaux moyens. Cela m’a donné confiance, même si je n’ai pas eu de cheval déclencheur en début de carrière pour décoller rapidement.

 

Il vous a fallu du temps pour obtenir la confiance de grands propriétaires ?

Les premières casaques internationales que j’ai reçues, c’est quand Robert Nataf m’avait envoyé des représentants Firestone et quand Jean-Louis Branère m’avait fait confier des représentants Farès. Mais nous recevions des petites pouliches pour essayer de gagner un maiden chez nous. Ces chevaux, je ne les recevais pas yearlings. Il s'agissait bien souvent de chevaux qui venaient de prendre 3ans et semblaient limités pour la région parisienne.

Mais le contexte n’était pas le même qu'actuellement. C’était dans les années 85 et la province n’avait pas explosé du tout. À l’époque, la province était une réserve pour courir les chevaux trop justes à Paris. Il y avait un fossé énorme entre Paris et province.

Legende : Baino Hope, gagnante du Prix de Pomone (Gr2) 2015 sous les couleurs Farès

 

Mon premier "Nureyev"...

« Un jour, un fils de Nureyev est arrivé à l’écurie, un inédit de 3ans. Il était beau, mais beau. Comme un étalon, magnifique, alezan, avec une belle gueule. Il avait une action magnifique au travail et allait aussi bien que les autres. Je l’ai débuté à La Teste et l’avais même fait prendre en photo dans le rond avant la course. À mi-ligne droite, il était à cinq longueurs de l’avant-dernier. Il a fini dernier décollé... »

 

Vous avez commencé avec des chevaux de petite catégorie. Pensez-vous que ce modèle soit toujours viable aujourd’hui pour un jeune qui s’installe ?

Ils sont nombreux à commencer petitement. Je ne crois pas que cela soit rendre service à un entraîneur de tout lui amener sur un plateau d’argent.

Nous, entraîneurs, avons tous, les uns et les autres, nos qualités et nos défauts qui font que nous réalisons une carrière excellente, ou bonne, ou moyenne ou pas bonne. Un entraîneur qui a du talent, on le repère vite. Nous l’avons vu ces dernières années avec des jeunes qui se sont installés. Mais nous avons vu aussi que c’étaient des jeunes qui ont rapidement joué la carte du jeune cheval et non la carte du cheval de handicap ou de "réclamer". Il faut un peu de chance pour tomber sur un numéro qui vous met en lumière et, ensuite, il faut durer, ne pas prendre la grosse tête.

On ne peut pas partir avec une licence d’entraîneur en pensant que tout va tomber du ciel. Je trouve qu’il y a beaucoup de jeunes qui sont talentueux en France. Même si c’est dur aujourd’hui, ils vont y arriver. À condition de croire dans le jeune cheval. Ce n’est pas le cheval de handicap qui permet de faire la différence.

 

Aujourd’hui, estimez-vous que vous êtes meilleur qu’à vos débuts ?

Entraîneur est un métier d’expérience. Je fais beaucoup moins d’erreurs qu’avant. Au fil des années, si on a la faculté de se remettre en question, on corrige beaucoup de choses. Après chaque partant, je veux arriver à m’expliquer pourquoi mon pensionnaire a pu mal courir. Mon obsession est que chacun de mes partants termine dans les cinq premiers.

 

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous donne l’envie de continuer ?

Premièrement, il reste beaucoup de belles courses que je n’ai pas gagnées. Et deuxièmement, je ne me suis jamais senti aussi bien dans ma peau qu’aujourd’hui. J’ai mis trente-cinq ans à en arriver là, à tout construire, alors ce n’est pas pour en user pendant cinq ans. Tant que j’ai de bons propriétaires, une équipe formidable et que ma santé est bonne, je n’ai pas d’obstacle qui me contraigne à m’arrêter.

Je n’ai pas vraiment de rêve à accomplir avant ma retraite. Je l’ai toujours dit, l’"Arc" n’est pas une obsession. Tant que je pourrai continuer à pratiquer mon métier comme aujourd’hui, je continuerai. Je fais tout au feeling, dans la vie comme dans mon métier, et quand je sentirai que je ne peux plus accepter certaines choses, je dirai stop.

 

 Légende : Jean-Claude Rouget avec Simone Brogi

 

Vous avez commencé à transférer progressivement une partie de votre effectif chez votre ex-assistant, Simone Brogi. Si ce projet suit son cours, doit-on vous imaginer à la tête d’un effectif réduit d’ici quelques années ?

Quand j’ai eu l’idée d’une éventuelle passation, je ne devais pas être bien, en avoir un peu marre… être fatigué. Aujourd’hui, je ne suis plus dans cet état d’esprit. C’est la première chose ; je n’y pense plus.

Deuxièmement, Simone a très bien commencé. S’il continue, dans les cinq ou six ans qui viennent, à obtenir des résultats qui satisfont ses clients, son effectif va monter énormément. Et là, il ne pourra pas assumer le tout, ses chevaux et les miens. Donc il faudra revoir un autre schéma.

Je pense que je ne suis pas assez proche d’arrêter pour que Simone prenne ma suite. Je ne pensais pas cela il y a cinq ans. Comme quoi tout change.

Finalement, aujourd’hui, tout en ayant placé certains éléments chez Simone, je suis toujours plein. Cela résout une partie du problème et je ne peux accepter tous les chevaux. Je pourrais sans doute en avoir cinquante de plus…

 

Les coups de gueule de Jean-Claude Rouget

Chaque année, nous avons le droit au coup de gueule de Jean-Claude Rouget sur Equidia – parfois même au moment où on s’y attend le moins, par exemple quand l’un de ses pensionnaires vient de gagner. En 2014, visiblement affamé, il s’énerve sur les nouveaux horaires des courses premium qui débutent à midi. L’an dernier, c’est le directeur de l’hippodrome de Toulouse qui en a pris pour son grade pour avoir trop arrosé la piste.

Nous lui avons donc tout simplement posé la question : mais qu’est-ce qui le fait donc exploser comme ça ?

« Le but est de faire passer des messages et de dire tout haut ce qu’il y a besoin de dire. Il y a beaucoup de gens qui crient dans les couloirs et qui finalement ne disent rien. Je ne fais pas cela par hasard. Même si trois minutes avant de le dire, je ne pense pas le dire. Mais parfois, quand on me tend la perche, je la prends.

Les nouveaux horaires de courses n’intéressent personne. Ils sont faits soi-disant pour améliorer la recette ; tant mieux si c’est le cas, mais pour l’instant, ils emmerdent tout le monde. On ne peut plus inviter un client à déjeuner aux courses et les enjeux sur ces courses du midi sont plus faibles. Pour moi, c’est un échec total. Et quand on a la fringale, on peut avoir l’araignée qui monte au plafond, d’où cette réaction que j’ai eue à Deauville.

Sur le cas de Toulouse, c’était scandaleux. On arrose les pistes quand il n’y a pas besoin de le faire. C’est du non-professionnalisme. Quand le samedi, la piste est bonne, et que le mercredi suivant, alors qu’il n’a pas plu, elle devient lourde, c’est bien qu’il y a une faute professionnelle.

Et les fautes de ce genre, nous, professionnels, nous les payons toujours. Mais les dirigeants des sociétés et les directeurs de site, eux, ne payent jamais. Donc la façon de faire payer cette faute, c’est de passer un coup de gueule. »

Vous pouvez réécouter Jean-Claude Rouget sur les horaires de courses avec ce lien :

https://youtu.be/8SsErbnK-LM

Légende : Ervedya

Les expériences d’Ervedya

Ervedya (Siyouni) a été le cheval de l’année 2015 pour l’écurie de Jean-Claude Rouget. Elle est devenue classique dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1) et a permis à l’entraîneur d’ouvrir son compteur à Royal Ascot en s’imposant dans les Coronation Stakes (Gr1). En 2016, à 4ans, Ervedya reste à l’entraînement, ce qui amène quelques questions…

 

Voici quelques noms : Lily of the Valley XX, Stacelita, Avenir Certain XX et Elusive Wave. Ce sont des pouliches classiques à 3ans que vous avez entraînées et qui ont continué leur carrière à 4ans, sans être aussi performantes. Doit-on être inquiet pour Ervedya en 2016 ?

J’ai du mal avec mes vieux chevaux. C’est quelque chose que j’ai remarqué à tous les niveaux. Pas simplement avec les chevaux de niveau classique… Sans doute parce que je les amène au mieux à 3ans. Beaucoup de mes pensionnaires ont couru des survaleurs à 3ans et donc, à 4ans, ils ne vont pas de nouveau courir des survaleurs.

Ervedya a été conservée à l’entraînement à 4ans, parce que nous l’avons jugée physiquement et mentalement intacte. Il y a un beau programme pour les juments sur son créneau de distance. Mais elle, elle a un double handicap par rapport aux pouliches que vous me citez en exemple. Elle a aussi fait une vraie carrière à 2ans, en ayant débuté tôt et en ayant couru le "Morny" et le "Marcel Boussac".

 

Ervedya vous a permis d’ouvrir votre compteur à Royal Ascot. Doit-on s’attendre à plus de réussite de votre entraînement lors de ce meeting, comme c’est le cas dans les classiques français depuis Le Havre ?

Avant le succès d’Ervedya, cela avait plutôt bien marché pour nous à Royal Ascot. Nous avons pratiquement toujours été à l’arrivée, là-bas. En 2007, j’ai eu cinq partants à Royal Ascot et tous ont été "dans l’argent", mais sans gagner.

C’est dur d'y remporter la victoire. Avant Ervedya, mon seul partant à Royal Ascot avec lequel on pensait vraiment s’imposer, c’est US Ranger et il a terminé deuxième des Jersey Stakes.

J’adore cette semaine-là, mais elle est la plus dure de toute la saison anglaise pour gagner. C’est leur meeting, leur semaine. Les chevaux anglais arrivent au top à ce moment de la saison. Pour gagner, il faut, comme avec Ervedya, un cheval au top, un jockey impeccable et un déroulement de course parfait. Et avec tout ça, on gagne seulement d’une tête !

Les Champion Stakes de Literato ont été un grand, grand moment. Ma première victoire de Gr1 en Angleterre. À l’heure qu’il est dans ma carrière, les Coronation Stakes d’Ervedya et les Champion Stakes sont deux des plus belles courses que j’ai gagnées.

Légende : George Patton, lors de sa victoire devant Robin of Navan

Les 3ans de 2016

Tant que les épreuves préparatoires n’ont pas franchement débuté, Jean-Claude Rouget n’aime pas s’avancer concernant ses 3ans. Nous l’avons donc surtout interrogé sur George Patton (War Front), un poulain invaincu en deux courses et qui a défait très facilement Robin of Navan (American Post) à Deauville, dans une course B...

 

« Je me sens très bien armé avec mes 3ans pour 2016. Mais je n’aime pas vendre la peau de l’ours... Trois semaines, du 5 au 25 avril, seront décisives.

George Patton a travaillé d’un boulet après Deauville. Il aurait pu courir en fin d’année 2015, mais il aurait alors évolué dans des terrains trop lourds pour lui. J’ai donc préféré le protéger, sachant que sa famille n’est pas particulièrement précoce. Je l’ai même peut-être débuté un peu tôt à Deauville. J’aurais peut-être dû attendre septembre.... Connaissant sa qualité, je l’ai protégé et j’ai bien fait. »

 

Jean-Claude Rouget et les ventes

Une majorité de l’effectif de Jean-Claude Rouget est choisie par ses soins. Il achète aux ventes de yearlings, pour ses propriétaires. Les ventes sont donc un moment important pour l’écurie.

 

« J’aime les ventes. J’aime acheter des chevaux. C’est ma première passion dans mon métier. Je serais embêté de ne plus pouvoir acheter de chevaux.

Même sans moyens, j’y suis allé et j’achetais. Dans la limite du raisonnable bien sûr. Mon premier cheval, je l’ai acheté quand j’étais à l’armée. Sans le dire à mon père. Il avait coûté 10.000 francs. C’est mon père qui a dû le payer, car je n’avais pas un rond. Ce fut un loupé complet ; ce cheval n’était pas bon.

Je me trompe encore quand j’achète des chevaux ; j’en ai choisi beaucoup de mauvais. Mais quand vous regardez les résultats des ventes, vous vous rendez compte qu’il y a très peu d’entraîneurs qui achètent en nombre. Alors forcément, on entend : « Jean-Claude Rouget achète bien ». Mais comme je suis l’un des rares entraîneurs qui en achète, c’est logique ! Ce n’est pas parce que, sur cinquante chevaux achetés, deux sont très bons, que je sais forcément bien acheter les yearlings.

Dans mes achats, je fais beaucoup de choses au feeling. La seule règle, c’est de ne jamais dépenser plus de 100.000 euros dans mes achats pour mes clients.

J’achète un cheval qui me plaît. À force de les avoir observés au rond dans ma jeunesse, je sais quels types de chevaux peuvent aller aux courses. »

 

Le programme, les handicaps, les courses Afasec...

Jean-Claude Rouget présente des partants dans toute la France et dans toutes les catégories, du petit "réclamer" au Gr1. Il a donc forcément son avis sur le programme et il nous a fait part de ses réflexions, notamment sur les courses à conditions et les courses Afasec. Mais son point de départ a été les handicaps pour 3ans qu’il faut, selon lui, supprimer totalement...

 

« Stop aux handicaps pour 3ans ! »

Je suis contre les handicaps de 3ans. Je suis pour leur suppression totale. Les handicapeurs n’ont pas assez de références pour juger les chevaux sur trois courses. C’est facile de "faire le tour" trois fois et de partir à une valeur plus basse que la valeur réelle.

La suppression des handicaps pour 3ans obligerait les chevaux à courir et à se découvrir dans les courses à conditions et permettrait d’établir un très beau programme de handicaps réservés aux seuls 4ans, puis aux vieux chevaux.

Dans les premiers handicaps pour 3ans, vous verrez qu’une grande majorité des chevaux ont couru "à réclamer". Ce n’est pas normal. Ensuite, on leur offre, pour une victoire de handicap Quinté, 28.000 euros plus la surprime, ce qui fait 44.000 euros. Ils reçoivent plus d’argent que dans une Listed.

Ils ont moins de valeur marchande, certes, mais c’est une fausse d’excuse d’entendre ça. Il y a quand même beaucoup de propriétaires qui ne veulent pas vendre leurs chevaux, souhaitant seulement se faire plaisir en allant les voir courir.

 

Comment remplacer tous ces handicaps pour 3ans du programme ?

À la place des handicaps de 3ans, créons des courses à conditions.

Pourquoi ne pas instaurer un autre système que le handicap jusqu’à la fin de l’année de 3ans ? Ensuite, vous aurez des chevaux qui ont couru une dizaine de fois et qui auront une valeur plus juste pour se lancer dans les handicaps à 4ans. Je sais que c’est révolutionnaire, mais il faudrait interroger des joueurs pour savoir ce qu’ils en pensent.

Les chevaux sont faits pour aller aux courses. Donc, s’ils n’ont pas de handicaps à disposition, ils sortiront des boxes pour courir des courses à conditions.

Je suis conscient qu’il n’est pas évident de concocter ces courses à conditions. Il n’est pas évident de les créer par les gains. D’autant plus qu’on s’aperçoit qu’avec le système actuel, ce ne sont pas les meilleurs chevaux qui ont le plus de gains.

Nous avons l’avantage, par rapport aux trotteurs, qu’au bout de deux ans, les galopeurs repartent avec 0 de gain. Le système au galop n’est pas mauvais. Mais il faut sans doute essayer de sortir de ce système des handicaps.

 

Oui, mais aujourd’hui, il y a une pénurie de partants dans les courses à conditions...

Pourquoi n’y-a-t-il pas de partants dans les courses à conditions ? Parce que 80 % des entraîneurs ont des chevaux de valeur moyenne. Donc, leur seule issue de secours, c’est le handicap. Aujourd’hui, même les courses E font peur aux gens. Alors il faut arrêter de leur faire peur. Sans handicap comme porte de sortie, les chevaux vont sortir des boxes. Quitte à faire des "réclamer" et des courses à conditions à cinq étages et chacun court dans l’étage qu’il veut à l’âge de 3ans.

Vous donnez l’impression d’être anti-handicap et parfois aussi de mal maîtriser cette catégorie pour vos pensionnaires. On pense à Fée d’Artois, facile lauréate d'un handicap Quinté à Deauville, même si vous estimiez que 5,5 kilos de pénalisation pour une précédente victoire dans un handicap, c'était trop cher payé.

La pouliche a fait des progrès immenses en deux mois et a été plus vite que le handicapeur et moi-même. Elle s’était améliorée de dix kilos en deux mois. C’est un cas particulier sur un grand nombre de chevaux. Aujourd’hui, elle n’a plus d’engagement et est obligée de courir "à réclamer".

Mon problème avec les handicaps est dû au fait que mes pensionnaires courent "vrai" à chaque fois. Ce n’est pas le handicapeur qui est à blâmer, car il juge sur des chevaux qui ont couru vrai. Or, ce n’est pas le cas pour tous les chevaux. Donc, certains peuvent bénéficier d’une valeur handicap plus basse que le même cheval chez moi. Le système du handicap fait que mon pensionnaire qui a couru vrai est battu par le cheval qui n’a pas couru vrai quand ils se rencontrent dans un handicap. En incitant à ne pas courir sa valeur alors que le Code des courses demande à chaque fois de le faire, il y a forcément une sorte de cache-cache, sinon une tricherie, qui s’organise.

 

Il n’empêche que Fée d’Artois, avec ses deux victoires de handicaps pour 3ans en 2015, est le treizième cheval dans votre écurie qui a gagné le plus d’argent l’an dernier...

Tout à fait et je suis le premier à dire que ce n’est pas normal !

C’est comme les "réclamer" : ils sont trop dotés. Il y a des "réclamer" pour 3ans offrant 13.500 euros au gagnant, quand la course D en donne 14.000. Nous sommes bien contents de trouver ces courses "à réclamer" pour ces chevaux pris trop haut en valeur handicap. On arrive à faire une saison comme ça, mais en prenant à chaque fois le risque de repartir sans le cheval. Ce n’est quand même pas intéressant de dire à son propriétaire « nous allons potentiellement gagner 20.000 euros, mais vous risquez, le soir, de ne plus avoir votre cheval ». C’est mieux de trouver pour le même cheval une course à conditions.

 

Y-a-t-il d’autres ajustements à effectuer sur les allocations ?

Il faut revoir certaines répartitions d’allocations. Il y a des choses qui ne sont pas logiques. Je l’ai déjà dit, mais il y a des Grs3 très difficiles à gagner qui valent un Gr1, comme par exemple les Prix de la Grotte ou de Fontainebleau, et ils n’offrent que 40.000 euros au vainqueur.

On a surdoté le Prix du Jockey Club pour tenter d’attirer les chevaux anglais, mais cela ne fonctionne pas vraiment. Il est également trop doté par rapport au Prix de Diane, alors qu’il n’a aucune raison de l’être. Enfin, ce classique n’a pas besoin d’être surdoté pour attirer les meilleurs 3ans français.

Je mettrais par exemple le "Jockey Club" et le "Diane" à 500.000 euros plus la prime. Cela permettrait de récupérer un peu d’argent pour mieux doter certains Grs3 qui sont vraiment des Grs1 déguisés, où parfois les chevaux y laissent leur peau tout en repartant avec seulement 40.000 euros. Il faut bouger certains curseurs.

 

Avec un an de recul, que pensez-vous du choix de rassembler mâles et femelles dans les courses B pauvres en partants ?

Les courses B ne sont pas vouées à participer activement à la recette du PMU. Nous sommes en train de tuer notre système de sélection pour essayer de faire des courses B des courses à dix partants. On n’y arrivera pas.

C’est vrai qu’il y a une trop mauvaise répartition des bons chevaux. Et deux ou trois chevaux engagés suffisent à vider une course.

Mais on détruit une filière pour préparer les Groupes et les Listeds. Nous avions des "B" par sexe qui se couraient à six ou sept partants par course. Et pour en avoir dix, on n’a fait qu’une course et il n’y toujours que six chevaux au départ ! Les pouliches font peur aux mâles et vice-versa.

Cette tentative de mixer les courses B n’améliore pas le nombre de partants et cela gêne les entraîneurs ayant des chevaux pouvant courir ces épreuves, pour bâtir un programme.

Cette année, les conditions des courses B sont illisibles et peuvent être interprétées de deux façons. Elles doivent être modifiées dès maintenant. D’une manière générale, il faut simplifier la lecture de ces conditions qui doivent être compréhensibles par tous.

Dans l’ensemble, le programme reste bien fait, on est rarement embêté au point de ne pas trouver une course pour un cheval.

 

Les courses d’inédits doivent réunir seulement des inédits

« Les courses d’inédits sont ouvertes aux chevaux ayant couru une course Afasec. Ce n’est pas possible, car ce n’est plus une course d’inédits.

Cette possibilité avait été enlevée, puis remise sur pression des entraîneurs parisiens. Quand on l’a retirée, il y a eu des courses Afasec annulées et les gosses ne pouvaient pas monter. Alors qu’il y en a, des chevaux, dans les boxes, qui peuvent courir ces courses Afasec.

Une de mes pensionnaires a récemment gagné en débutant face à une pouliche ayant couru Afasec. Mais cela l’a obligée à avoir une course plus dure que si la deuxième était totalement inédite. L’entraîneur n’a rien fait de mal. Il avait l'autorisation d'agir ainsi. Mais un inédit doit être inédit tout court.

Savez-vous qu’un apprenti qui débute n’a pas le droit de monter un inédit ? Et dans ces courses Afasec, que fait-on ? On fait monter des gosses dans de vraies courses, avec départ aux boîtes, sur des chevaux n’ayant jamais couru... Où est la logique ?

On ne doit pas être sous pression d’un nombre d’entraîneurs sous prétexte qu’ils en tirent un avantage. Concernant les courses Afasec, il n’y a pas de logique. »

 

Il est toujours difficile d’arriver à un consensus

C’est compliqué pour France Galop, car il y a beaucoup d’intérêts divergents dans notre métier. Chaque entraîneur défend sa chapelle et il n’est pas facile de faire une synthèse de toutes les idées.

Je ne suis pas pour le tout "sociopro", parce qu’il y a trop d’intérêts personnels qui entrent en compte. Il faut des gens à France Galop qui ont du bons sens et aillent vers une certaine logique. Que les socioprofessionnels soient consultés, c’est parfait, mais qu’ils soient décisionnaires, ce n’est pas bon du tout. On ne peut pas arriver à un consensus. Donc il faut faire quelque chose qui ait du bon sens et soit logique pour l’intérêt général.

Ce n’est pas possible d’entendre un entraîneur réclamer une année des courses pour sprinters, car il a beaucoup de ce type de chevaux dans son écurie, puis de l’entendre dire, trois ans plus tard, qu'il souhaite plus de courses pour stayers, car il dispose cette fois de stayers dans son écurie.

 

Le Sud-Ouest fait bouger les lignes

Le Sud-Ouest, entre l’obstacle et le plat, est la Fédération qui a fait bouger les lignes.

Les jeunes professionnels ne ressentent pas de rivalité Paris-province, car ils ont toujours vécu dedans. Il y a longtemps, pour les gens de ma génération, il n’y avait que Chantilly qui comptait. Tout yearling bien fait et bien né partait à Chantilly. Aujourd’hui, il y a peut-être deux cents de ces yearlings qui vont en province.

Le Sud-Ouest n’a pas plus de courses qu’avant ou de meilleures allocations que les autres fédérations. Cette région n'est pas favorisée. Il y a beaucoup de bons hippodromes dans le Sud-Ouest et c’est pour cela que cette région est forte par rapport à d’autres.

On a longtemps dit que j’allais tuer le Sud-Ouest parce que je gagnais trop de courses. Je n’ai rien tué du tout et la région n’a jamais été aussi forte. C’est une satisfaction pour moi. Il y a aujourd’hui sept ou huit entraîneurs du Sud-Ouest qui courent toutes les semaines à Paris et fournissent un nombre de partants premium énorme.

 

6.000 victoires, un total jamais atteint pour un entraîneur français

Une performance comparable à celle des entraîneurs américains

Avec ses 6.000 victoires, Jean-Claude Rouget a atteint un niveau comparable à celui des grands entraîneurs américains (sachant que le programme américain propose bien plus de courses que le programme français). Et seulement cinq entraîneurs américains ont dépassé la barre des 6.000 succès.

Ces statistiques sont arrêtées au 31 mars 2016.

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