à l’approche des poules d’essai  : une question de marge chez les poulains  et de talent purchez les pouliches

Autres informations / 23.04.2016

à l’approche des poules d’essai : une question de marge chez les poulains et de talent purchez les pouliches

À l’approche des Poules d’Essai

Une question de marge chez les poulains

et de talent purchez les pouliches

Cette année, les Poules d’Essai (Grs1) vont se disputer dans un contexte particulier, en ligne droite, à Deauville. Cette modification dans le tracé de ces deux classiques français – due aux travaux de Longchamp – a pu changer l’approche de ces rendez-vous pour certains entraîneurs. Rapidement, il a été clair que les courses B disputées en ligne droite le 19 avril à Maisons-Laffitte s’annonceraient décisives pour étayer des hypothèses en vue du 15 mai. Ce fut le cas pour des éléments que le palmarès à 2ans n’obligeait pas à courir dans un Gr3 pour une rentrée. Malgré tout, ces courses B ne peuvent pas apporter toute la lumière. En effet, nous avons vu à l’œuvre le lendemain, à Chantilly, sur un parcours avec tournant, dans les Prix de Fontainebleau et de la Grotte (Grs3), des chevaux qui peuvent réussir dans les Poules d’Essai.

Pour corser un peu plus la difficulté, il y a un paramètre important qu’il faut prendre en compte. À cette époque de l’année, les pouliches proposent des performances plus franches que les mâles. Pourquoi ? D’une part, parce qu’elles sont opérationnelles plus tôt, d’autre part parce qu’une pouliche n’est jamais vraiment dévalorisée, alors qu’un mâle ne peut se permettre de saborder une éventuelle future carrière d’étalon. Avec un mâle, les entourages sont plutôt dans le tâtonnement, l’approche optimale du jour J. Il faut s’imaginer la marge de chacun et deviner quel est vraiment l’objectif du cheval. Les courses préparatoires pour pouliches sont donc souvent plus proches de la vérité qui sera observée le jour J que leurs équivalents pour les mâles.

Cette année encore, des favorites pour la Poule d’Essai des Pouliches se sont clairement dévoilées, alors qu’il est moins évident de dégager un chaud favori chez les mâles.

Les enseignements de 2015

En 2015, les français n’ont pas brillé dans les Grs1 pour 2ans. Seul Ultra (Manduro) a sauvé l’honneur en remportant le "Jean-Luc Lagardère" (Gr1). En consultant le palmarès de France Galop sur les 2ans de 2015, plusieurs constatations s’imposent :

Dans le top 50, trente-neuf chevaux sont entraînés en France ;

Parmi ces trente-neuf, neuf sont gagnants de Groupe (23 %), dont Ultra, seul français gagnant de Gr1 en 2015 et actuellement sur la touche ;

Dans le top 25 des 2ans en France, en 2015, il y a six mâles entraînés en France (24 %) et onze femelles (44 %) ;

Ultra, gagnant du "Lagardère", est le seul cheval entraîné en France dans le top 5 des 2ans en France en 2015...

Ultra étant actuellement indisponible – et sachant qu’il visait le Derby d’Epsom (Gr1) – aucun leader ne s’est affirmé en France en 2015. Nous sommes donc dans un cas de figure où les premiers classiques ne vont pas confirmer celui qui dominait déjà sa génération, mais bien mettre en avant un nouveau chef de file.

Poule d’Essai des Poulains : Zarak sera le favori français

Le jour J, il y a fort à parier que Zarak (Dubawi) sera le favori de la Poule d’Essai des Poulains, et ce, pour plusieurs raisons. En premier lieu, parce qu’il est invaincu en deux courses. Ensuite, il porte la casaque de S.A. l’Aga Khan qui est très suivie par les turfistes (comme le premier jockey de la maison, Christophe Soumillon). Enfin, parce que c’est le premier fils compétitif de Zarkava (Zamindar), qui a été l’une des héroïnes françaises des courses de ce siècle.

Cela étant écrit, Zarak détient-il une chance dans la Poule ? Réponse : oui ! Il a gagné avec plus de marge qu’il n’y paraît sa course B en ligne droite le 19 avril à Maisons-Laffitte. Il n’a jamais été poussé à bout par Christophe Soumillon, et son entraîneur, Alain de Royer Dupré, a indiqué qu’un bon cheval ne devait pas être à 100 % pour gagner une épreuve de ce niveau s’il veut avoir une chance dans le Gr1 inscrit ensuite à son programme. Zarak et son dauphin, George Patton (War Front), ont dominé le 19 avril des chevaux qui avaient déjà fait une rentrée, signe d’une vraie marge.

Alain de Royer Dupré a couru très peu souvent la Poule d’Essai des Poulains. Il n’a eu que six partants en tout (dont un leader), l’emportant à trois reprises. Quand S.A. l’Aga Khan présente un mâle sur le mile en début d’année de 3ans, c’est forcément parce que ce poulain sort franchement de l’ordinaire. Zarak doit être de ce bois-là. Il n’a pas le droit à l’erreur, puisque son origine (Dubawi × Zarkava) fait de lui le poulain le mieux né en Europe (on pourrait dire du monde, mais un fils de Zenyatta aux États-Unis ou de Black Caviar en Australie est aussi bien né que lui dans son pays). Il a une place d’étalon à gagner et si son entourage le "risque" dans la Poule d’Essai, c’est bien parce qu’il estime que Zarak est capable de terminer dans les trois premiers.

Poule d’Essai des Pouliches : du très solide avec Come Alive et Qemah

Il y a eu deux très grosses impressions chez les pouliches dans les préparatoires.

Quand elle a débuté à Deauville – le même jour que Zarak, dans l’équivalent pour les pouliches – Come Alive (Dansili) a tout de suite montré qu’elle avait le potentiel pour atteindre rapidement le haut niveau. Elle aurait pu courir le Prix de la Grotte, mais André Fabre a choisi de lui donner une expérience en ligne droite en la présentant dans la course B du 19 avril à Maisons-Laffitte. Come Alive s’en est parfaitement sortie, conservant son invincibilité avec brio. Elle a devancé alors Saimaa (Zoffany), qui avait l’avantage d’avoir couru et gagné en 2016 sur le parcours imposé. D’ailleurs, cette pensionnaire d’Henri-François Devin devrait fort logiquement gagner un Groupe cette année. Come Alive, c’est la grande classe et elle possède assez de talent pour gagner la Poule d’Essai dès sa première tentative dans un Groupe et pour sa troisième sortie seulement.

Troisième du "Marcel Boussac" (Gr1), Qemah (Danehill Dancer) a "répondu" à Come Alive dès le lendemain, en survolant le Prix de la Grotte (Gr3). Il lui a fallu à peine cent mètres pour créer la différence et confirmer ainsi qu’elle avait été la meilleure française vue en piste l’année précédente, si l’on prenait en compte uniquement les performances au niveau Gr1.

Entre les deux, dire que l’une est meilleure que l’autre relève d’un don de cartomancie. Come Alive a l’avantage d’avoir couru en ligne droite, mais Qemah possède plus d’expérience et a déjà couru au niveau Gr1. L’une comme l’autre feraient de très bonnes gagnantes de la Poule d’Essai et il faudra que les concurrentes étrangères soient vraiment au niveau pour pouvoir espérer les devancer.

Un plan sans accroc pour l’écurie de Jean-Claude Rouget

Jean-Claude Rouget n’a gagné que deux des dix courses préparatoires : le Prix La Camargo avec La Cressonnière (Le Havre) et le Prix de la Grotte, avec Qemah. Pourtant, c’est l’entraîneur le plus confiant que nous avons rencontré après toutes ses courses. Pour lui, « ce n’était pas ces courses-là qu’il fallait gagner ». Il y a donc de la marge.

Tous ses pensionnaires faisaient une rentrée dans leurs préparatoires et ceux que l’on attendait ensuite au départ des Poules d’Essai se sont, dans l’ensemble, très bien comportés :

 Qemah a gagné d’une classe le Prix de la Grotte ;

 pour sa première tentative au niveau Groupe, Taareef (Kitten’s Joy) a pris une très bonne deuxième place dans le Prix de Fontainebleau ;

Almanzor (Wootton Bassett) est troisième tout près du "Fontainebleau" après un parcours en épaisseur ;

George Patton, mieux équilibré, aurait peut-être pu devancer Zarak le 19 avril à Maisons-Laffitte et, ainsi, conserver son invincibilité ;

très maniable, La Cressonnière a gagné très facilement et de bout en bout, sans être à 100 %, le Prix La Camargo.

La seule déception dans l’écurie Rouget vient de Alnajmah (Dansili), quatrième de Come Alive le 19 avril, sans avoir fait franchement illusion. On peut lui prêter l’excuse d’être une fille de Dansili et de s’être présentée sur une piste souple, mais la gagnante est également une fille de cet étalon de bon terrain, signe que les deux n’habitent pas au même étage.

Depuis l’année 2009 où il a gagné trois des quatre classiques français, Jean-Claude Rouget a "dédramatisé" l’approche de ces Grs1. Cette année, ces préparatoires ont été vues comme des courses de rentrée et il faut s’attendre à des progrès de ses pensionnaires d’ici le jour J.

L’entraîneur l’a annoncé clairement : il a dans ses boxes des 3ans bien meilleurs qu’en 2015 où Ervedya (Siyouni) et War Dispatch (War Front) ont sauvé la saison classique. Pour l’instant, le plan de l’écurie Rouget se déroule donc sans accroc et ces pseudo-défaites préparatoires n’empêchent pas une victoire le 15 mai. Et si Qemah s’est imposée, ce n’est sans doute pas parce qu’elle était beaucoup plus prête que les autres (d’ailleurs, sa cote au PMU, 5,6/1 en individuel, ne traduisait pas une grande confiance), mais tout simplement parce que les pouliches sont capables d’être plus avancées que les mâles avec le même niveau de préparation.

Derrière Qemah et Come Alive

En ce qui concerne les pouliches battues par Qemah, peu ont un vrai espoir de revanche – mais cela ne veut pas dire qu’elles n’ont aucune chance dans la Poule d’Essai –, car la lauréate faisait une rentrée. Malgré cela, elle a tout de même réussi à balayer l’opposition.

Deuxième, Kenriya (Kendargent) possède encore peu d’expérience et s’est vraiment bien comportée pour son essai au niveau Groupe. Pascal Bary avait annoncé qu’Antonoé (First Defence) n’était pas prête. La pouliche a donc eu un très bon comportement en sauvegardant la troisième place. On ne peut que regretter sa fêlure au bassin lors du "Marcel Boussac", car, sans cela, elle aurait pu devenir la meilleure française de 2ans et de 3ans... La quatrième, Trixia (Siyouni), a perdu son invincibilité dans le Prix de la Grotte. Elle a eu un vrai "coup de pompe" avant de se relancer. Il lui faut mettre les bouchées doubles pour rattraper Qemah qui va également monter en condition.

Battue par Come Alive, Saimaa aurait une bonne chance d’outsider dans la Poule d’Essai. Mais son entourage peut se rabattre sur le programme parallèle et viser avec raison le Prix de Sandringham (Gr2), en juin, où les battues du 15 mai pourraient être déjà un peu fatiguées.

Come Alive, et après, chez André Fabre ?

Sur le rayon du mile pur, hormis Come Alive, André Fabre n’a rien sorti. Candide (Turtle Bowl) a trop mal couru dans le Prix de Fontainebleau pour courir la Poule, et ses deux pensionnaires du Prix de la Grotte n’ont pas convaincu également. Chez les mâles, le seul "Fabre" qui peut prétendre courir avec une chance la Poule d’Essai est Jimmy Two Times (Kendargent). Ce poulain possède une solide expérience en ligne droite et n’est pas qu’un cheval de terrain lourd. Il a vraiment bien couru pour sa rentrée, dans le Prix Sigy (Gr3), sur 1.200m, alors que les "bruits" annonçaient qu’il manquait encore de travail. Quelques mètres de plus et il devançait la britannique Quiet Reflection (Showcasing) qui est candidate au Gr1 d’Ascot pour sprinters de 3ans, le Commonwealth Cup. La question avec Jimmy Two Times réside dans sa capacité à tenir la distance de 1.600m. Sur ce qu’il a fait dans le Prix Sigy, il est capable d’aller sur 1.400m sans problème. S’il venait à courir la Poule d’Essai, ce serait donc un coup d’essai pour lui sur le mile et il lui faudrait filer – il sait très bien le faire – un maximum pour faire parler sa pointe de vitesse. Jimmy Two Times n’est pas un favori pour la Poule d’Essai et, s’il s’y présente, il y mérite l’étiquette d’outsider séduisant.

Le cas Dicton

Gagnant du Prix Omnium II, puis du Prix de Fontainebleau, Dicton (Lawman) ne mérite plus le titre de "cheval de réclamer". Toutefois, Gianluca Bietolini, en début d’année, avait dit à notre correspondant italien, Franco Raimondi, qu’il n’avait pas de "pur" dans ses boxes. Même si Dicton a fait beaucoup de progrès, il est difficile de voir en lui un favori pour la Poule d’Essai des Poulains – dans laquelle il n’avait pas été engagé à l’époque.

Il a pu profiter de sa condition avancée pour gagner deux préparatoires coup sur coup, mais cela n’explique pas tout. Les chevaux qu’il a nettement battus et qui avaient, comme lui, déjà couru, n’auront donc aucune chance dans la Poule d’Essai. Des "lignes" de Dicton il faut seulement retenir les poulains qui faisaient une rentrée et n’ont pas terminé loin de lui.

Si l’entourage de Dicton choisit de le supplémenter dans la Poule d’Essai, le cheval y possédera une cinquième ou une sixième chance. Les aspirants classiques devraient, logiquement, commencer à se mettre en route à cette période et être capables de devancer ce cheval hyper maniable et compétitif dans tous les terrains.

"Djebel" et "Imprudence"

De toutes les préparatoires, il est difficile de tirer des enseignements des Prix Djebel et Imprudence (Grs3), courus sur une piste éprouvante. Pourtant, on pouvait s’attendre à ce que ces courses soient la voie royale, puisque courues en ligne droite, comme les prochaines Poules d’Essai.

Dans le Prix Djebel, le britannique Ribchester (Iffraaj) a beaucoup penché, obligeant de ce fait Vedevani (Dubawi) à jouer malgré lui le rôle de la boule de flipper. Le Prix Djebel a été remporté par son animateur, Cheikeljack (Myboycharlie), qui est désormais candidat aux Groupes sur le sprint, mais pas à la Poule d’Essai. Bien que gêné à de multiples reprises, Attendu (Acclamation) s’est montré courageux, mais sans être non plus franchement convaincant, tandis que Moon Trouble (Lope de Vega) est passé entre les gouttes pour prendre la troisième place. Il est vraiment difficile de "repêcher" un poulain du Prix Djebel. Même Attendu, dont les propriétaires, Wertheimer & Frère, pourraient miser aussi sur Alignement (Pivotal), qui a gagné plus brillamment qu’il n’y paraît à Fontainebleau le 14 avril.

En ce qui concerne le Prix Imprudence, ce n’est pas parce que Spectre (Siyouni), une pensionnaire de Markus Münch, s’est imposée que la course doit être automatiquement jugée comme faible. Mais le lot, dans son ensemble, était clairement moyen : Jean-Claude Rouget y avait présenté Rosay (Raven’s Pass), troisième, et il n’y a pas besoin de lui demander son avis pour savoir qu’elle est moins talentueuse que Qemah par exemple. Hormis la lauréate, Spectre, et sa dauphine, Midweek (Motivator), qui va courir les 1.000 Guinées de Newmarket (Gr1), il y a peu de choses à retenir de ce Prix Imprudence 2016.

Du côté des étrangers

Cette année, les Poules d’Essai se courent en ligne droite, comme les "Guinées" anglaises. Elles se disputent deux semaines après les classiques de Newmarket. Il est donc possible que des battus du 30 avril et du 1er mai se présentent à Deauville quinze jours plus tard.

Il est facile de penser que les étrangers, dans ce contexte, n’ont qu’à se baisser pour ramasser nos Poules d’Essai, surtout que nous n’avions pas grand-chose à leur opposer en 2015. Mais c’est faux. Le contingent des français a plus d’allure qu’il n’y paraît et les résultats dans les Groupes pour 2ans ne conditionnent pas ce qu’il se passe à 3ans. Il va donc falloir que les Anglo-Irlandais envoient autre chose que des seconds couteaux pour concurrencer les chevaux français le 15 mai.

Les français engagés à Royal Ascot

Cette semaine – avant les Prix de la Grotte et de Fontainebleau –, les engagements pour les St James’s Palace Stakes et les Coronation Stakes (Grs1) ont été enregistrés. Ces listes sont intéressantes, puisque ces deux épreuves sont les finales des milers de 3ans au premier semestre. Un entourage qui se voit une chance dans la Poule d’Essai engage donc fort logiquement à Royal Ascot.