Fondation hippolia  : la gourme : l’importance du diagnostic

Autres informations / 13.04.2016

Fondation hippolia : la gourme : l’importance du diagnostic

FONDATION HIPPOLIA

La gourme : l’importance du diagnostic

Entretien avec Albertine Léon, Labeo Frank Duncombe, Fondation Hippolia

À la fréquence d’une fois par mois, Jour de Galop vous propose un article mettant en lumière l’un des sujets de recherche menés par la Fondation Hippolia, qui regroupe 200 chercheurs répartis dans une trentaine d’équipes différentes, partout en France. Le thème du mois de février concerne la gourme.

La gourme est une maladie infectieuse très ancienne et contagieuse, causée par une bactérie : Streptococcus equi subspecies equi (S. equi). Propre aux équidés, elle affecte surtout les jeunes de moins de 5ans, mais aussi des animaux plus âgés, avec en général des symptômes atténués.

Considérée comme une des "maladies fléaux" des derniers siècles, ayant beaucoup touché les effectifs des armées, elle est encore bien présente en France. En 2015, 29 cas avérés de gourme ont été recensés (dans 14 foyers différents). La concentration et la circulation d’animaux dans des centres d’entraînement ou sur des lieux de compétition créent en effet des conditions propices à la transmission de cette  maladie. La prévention reste le moyen le plus efficace pour lutter contre la gourme, et celle-ci passe notamment par la qualité du diagnostic en laboratoire.

Des impacts sanitaires et économiques sérieux. La gourme se caractérise par une inflammation de la muqueuse des voies respiratoires avec du jetage (d’abord séreux, puis muco-purulent), associée à une inflammation et une abcédation des nœuds lymphatiques situés au niveau de l’auge. Un épisode de gourme dans un élevage ou une écurie peut avoir des répercussions économiques très importantes :

• invalidation des chevaux,

• complications parfois graves pouvant allonger la durée et le coût du traitement,

• convalescence de quatre à six semaines,

• éradication complète pouvant durer au moins trois mois,

• forte mobilisation du personnel pour les soins curatifs et les opérations de prévention.

Si la morbidité dans les effectifs peut être très élevée (de 30 à 100 %), la mortalité est en général faible (entre 0 et 10 %). Malheureusement, à la suite d’une épidémie de gourme, jusqu’à 31 % des chevaux infectés peuvent devenir porteurs subcliniques. Ce portage latent dans les poches gutturales des chevaux constitue le facteur de risque épidémiologique majeur de cette infection.

Les stratégies de lutte contre ce fléau sont bien connues et reposent sur l’isolement des cas suspects ou avérés et sur une mise en quarantaine attentive de ces animaux. À ceux-ci, nous devons aussi ajouter la reconnaissance précoce de la bactérie : la détection rapide et précise des chevaux infectés par S. equi est en effet fondamentale pour réduire l’impact économique et sanitaire de cette maladie.

Diagnostic de la gourme : un protocole spécifique et phasé. Les analyses de laboratoires sont une aide incontournable dans le diagnostic de la gourme. Elles servent à  évaluer l’étendue d’une épidémie ou à détecter les porteurs subcliniques. Des protocoles diagnostiques efficaces sont donc requis pour permettre son identification la plus précoce et ainsi mettre en place les mesures de prévention adaptées.

Ainsi, l’évaluation de l’étendue d’une épidémie de gourme doit associer différentes méthodes de diagnostic : la culture bactérienne, la réaction de polymérisation en chaîne (PCR ou polymerase chain reaction) et la sérologie.

Le diagnostic bactériologique est établi par ensemencement des prélèvements sur des milieux de culture appropriés afin d’isoler puis d’identifier la bactérie en cause. Une première orientation est obtenue après 24 heures de culture. Le diagnostic définitif est établi au bout de deux à trois jours. L’interprétation de résultats négatifs en bactériologie, notamment sur les prélèvements provenant de chevaux avec des signes cliniques typiques, doit être réalisée avec prudence. Des populations de bactéries autres et contaminantes peuvent masquer ou gêner le développement de S. equi sur les milieux de culture, donnant ainsi un résultat faussement négatif pour la gourme.

Le diagnostic par PCR, reposant sur l’amplification in vitro de séquences d’ADN spécifiques du génome de S. equi, permet quant à lui de confirmer un cas de gourme en quelques heures après la réception du prélèvement. De nouvelles techniques de PCR permettent même l’amplification quantitative des gènes cibles avec une visualisation en temps réel du résultat. La technique PCR est donc plus rapide et plus sensible que la culture bactérienne. Même si elle ne permet pas de différencier les bactéries vivantes des bactéries mortes, un résultat positif en PCR atteste d’un cas avéré de gourme. L’utilisation conjointe de la bactériologie et de la PCR reste le protocole le plus fiable.

Enfin, l’examen sérologique est effectué à partir d’un prélèvement de sang. La  détection des anticorps anti-S. equi dans le sérum des chevaux permet de mettre en évidence une exposition à S. equi. Mais le test iElisa (indirect enzyme-linked immunosorbent assay) ne permet pas de dater l’infection (en cours ou ancienne). Ce test peu coûteux permet de réaliser des analyses d’effectif important.

S. equi : prospective et recherche. Le diagnostic rapide grâce à ces tests et de bonnes mesures de biosécurité sont les stratégies les plus efficaces pour prévenir la propagation de la gourme. Les vaccins, ne conférant qu’une immunité à court terme, ne sont conseillés que dans les situations où il existe un risque élevé de contracter la maladie. Des progrès en matière de génétique et de connaissance du génome par séquençage offrent la possibilité de développer une nouvelle génération de tests. En outre,  les tests PCR et iElisa offrent de nouvelles perspectives dans le suivi épidémiologique des infections à S. equi, ce qui laisse présager une meilleure maîtrise de la gourme au sein des élevages, centres d’entraînement, écuries et clubs équestres en France. 

À ce sujet, des tests en vigueur en Grande-Bretagne et mis au point par le Dr Andrew Waller (Animal Health Trust – A.H.T.) ont été récemment adaptés pour les besoins du marché français à Labéo Frank Duncombe (Fondation Hippolia). In fine, la sensibilité, la reproductibilité, la répétabilité et la spécificité ont été vérifiés, attestant de la maîtrise et du transfert de compétences entre les deux équipes. Ces tests ont d’ailleurs été utilisés lors des Jeux équestres mondiaux 2014 en Normandie. 

Une collaboration plus étroite entre l’A.H.T. et Labéo (Fondation Hippolia) va permettre de continuer la caractérisation des souches S. equi isolées d’épizooties française débutée en 2014. En effet, un travail de doctorat (Ph.D) sur le sujet va être initié fin 2016 (pour trois ans) à Labéo, en partenariat avec l’E.N.V.T. et le Respe et financés notamment par l’Ifce et le fonds Éperon.