Histoire, histoires - maurice zilber : dahlia, mais aussi nobiliary et empery…

Autres informations / 05.05.2016

Histoire, histoires - maurice zilber : dahlia, mais aussi nobiliary et empery…

HISTOIRE, HISTOIRES

Maurice Zilber : Dahlia, mais aussi Nobiliary et Empery…

Xavier Bougon a consacré toute sa vie aux courses, cultivant sa passion pour l’histoire de notre sport, en complément de ses activités professionnelles dans le cadre de l’Institution. Depuis le mois de janvier, il vous propose une rubrique régulière consacrée à l’histoire des courses.

Maurice Zilber est né en 1920, au Caire, en Égypte, et nous a quittés le 18 décembre 2008 après avoir mis un terme à sa carrière en juillet 2005. Son père, d’origine franco-hongroise, était un homme d’affaires expert en thé, agent général pour la compagnie Lipton pour le Moyen-Orient et sa mère, d’origine turque, était dessinatrice de mode très cotée. Gamin, il passe ses mois de vacances à Rhodes où il a son premier coup de cœur pour le cheval. Il fait ses armes chez l’entraîneur John Jack Jenkins, le monstre sacré du Moyen-Orient, qui ne tardera pas à lui donner sa chance. Son premier client n’est autre que Gabriel (Gaby) Smaga, le père de David, premier entraîneur de la fille de Trillion, Triptych, qui lui met trois chevaux en pension. Quelques années plus tard, il est tête de liste, avec comme principal client M. Huri. Cet industriel dans le coton à Alexandrie finira ruiné à cause de l’effondrement de la Bourse ; comme un certain Hunt...

De l’Égypte à Maisons-Laffitte. Après l’arrivée au pouvoir de Nasser dans les années 60, la famille est condamnée à l’exil. Arrivé en France en provenance du Caire en 1963, Maurice Zilber, qui était déjà titulaire de plus de huit cents gagnants, débute à Maisons-Laffitte comme assistant de Maurice Wallon et de Maurice d’Okhuysen. Ce dernier avait eu comme élève stagiaire un certain François Mathet. À la fin de l’année, il est contacté par Daniel Wildenstein (dont les élèves avaient pris pension chez William Clout) qui deviendra son premier client, suivi, entre autres, de Gaby Smaga (qui avait émigré lui aussi en France). Le divorce est consommé en avril 1972. Maurice démissionne et laisse à son successeur, Albert Klimscha, une certaine Allez France, qui n’a pas encore débuté. Sans transition, le Texan Nelson-Bunker Hunt lui demande d’entraîner pour lui car le torchon brûle avec John (Jack) Cunnington. C’est ainsi qu’à partir de mai 1972, Maurice récupère l’effectif composé, entre autres, d’une 2ans nommée Dahlia !

Nobiliary, deuxième du Derby. La place nous manque pour évoquer Dahlia, dont la carrière occuperait, à elle seule, un journal complet. En lieu et place, les performances de Nobiliary et d’Empery méritent que l’on s’y attarde.

Nobiliary, sœur cadette de Lyphard, est née en 1972 des amours de Vaguely Noble et de Goofed. Elle est l’une des rares pouliches qui soit allée affronter les mâles dans le Derby d’Epsom… Paris osé puisqu’aucune femelle n’a enlevé le Derby depuis 1916, l’année de Fifinella, gagnante également des Oaks. Nobiliary avait gagné le Prix de la Grotte, pris la deuxième place de la "Poule" derrière Ivanjica et remporté brillamment le Prix Saint-Alary. Maurice propose la monte à Lester Piggott, qui l’avait pilotée à chacune de ses sorties à 3ans. Mais le jockey n’y croit pas et lui préfère Bruni, le pensionnaire d’H. Ryan Price. Or, pour prétendre au succès, il faut se doter d’un grand jockey. Maurice contacte alors Daniel Wildenstein qui avait l’exclusivité des montes d’Yves Saint-Martin. « Vous avez le jockey, j’ai le cheval », lui dit-il. Le propriétaire achète la moitié de la pouliche et libère la monte de Saint-Martin. Le grandissime favori est un poulain français, Green Dancer. Nobiliary finira deuxième de Grundy, le gagnant des 2.000 Guinées irlandaises et futur vainqueur du Derby irlandais portant les couleurs du chanceux Carlo Vittadini. Pour l’anecdote, Green Dancer finira à la cinquième place et Bruni terminera dans le lointain.

Zilber décide de courir onze jours plus tard le Prix de Diane, toujours avec Yves Saint-Martin. Nobiliary est cofavorite avec Ivanjica. La pouliche a bien récupéré. Hélas, le duel n’a pas lieu, des agitateurs ayant empêché le déroulement de la réunion ; le Prix de Diane est purement et simplement annulé.

Pas de répit. Nobiliary est ensuite dirigée vers Sandown et ses Eclipse Stakes dans lesquels elle finira à la cinquième place, montée par Piggott. La course est remportée par Star Appeal qui remportera plus tard l’"Arc". Quinze jours plus tard, montée par Bill Pyers, elle prend le second accessit des Oaks irlandaises remportées par Juliette Marny. Pas de répit à l’automne, elle termine, en septembre, à une longueur d’Ivanjica dans le Prix Vermeille, puis au sixième rang, en octobre, dans l’Arc, et en novembre, elle remporte le Washington D.C., montée par Sandy Hawley, devant deux français, Comtesse de Loir, pensionnaire de John Cunnington avec qui Hunt s’était fâché, et le mansonnien On my Way, chez Noël Pelat.

Nobiliary faisait partie des poulinières à vendre lors de la dispersion. Pleine de Dahar, elle est partie pour 325.000 dollars, direction Allez France Stables, Daniel Wildenstein aurait, semble t-il, acheté la part de Nelson-Bunker Hunt.

Empery, l’un des trois mousquetaires de l’année 1976. Empery, Youth et Exceller portent les couleurs de Nelson-Bunker Hunt. Si les deux premiers sont à l’entraînement chez Maurice Zilber, Exceller est un pensionnaire de François Mathet. Ils sont tous les trois nés la même année, en1973. En un mois, à eux trois, ils ont remporté le Derby d’Epsom, le Grand Prix de Paris et le Prix du Jockey Club. Pour l’anecdote, l’année précédente, Carlo Vittadini avait remporté quatre classiques avec ses élèves Grundy et Orange Bay. Il échoue de peu avec Patch pour un cinquième succès classique dans l’année, dans le Prix du Jockey Club, seulement devancé par Val de l’Orne.

Empery, fils de Vaguely Noble, est le frère cadet de Pampered Miss. Maurice Zilber l’avait désigné comme son poulain de Derby dès son année de 2ans. Vainqueur aisé du Prix de Villebon en débutant (épreuve réservée aux inédits) à Longchamp, il avait fini ensuite sixième du Grand Critérium de Manado et troisième du Prix Thomas Bryon d’Arctic Tern.

À 3ans, il effectue sa rentrée directement dans la "Poule d'Essai", à l'issue de laquelle il termine au pied du podium. Puis il se classe sixième, à la photo, du Prix Daphnis, une course menée à un train de sénateur. Confié à Bill Pyers, il se dirige ensuite sur le Prix Lupin où il dispute cette fois une vraie course gagnée par son compagnon de couleurs, Youth. Il finira sur la troisième marche du podium derrière Arctic Tern. Dans la foulée, il est dirigé sur le Derby d’Epsom, alors que son collègue va sur le Derby cantilien. C’est Lester Piggott qui lui est associé lors de son facile succès, trois longueurs devant Relkino et Oats. Wollow, le gagnant des "Guinées", et Vitiges, le mansonnien, complètent l’arrivée.

Maurice Zilber a une fois encore raison, puisqu’il confirme ensuite dans le Derby irlandais en étant seulement devancé par le français Malacate, troisième du Prix du Jockey Club.

Contrairement à ses deux compagnons, Empery va mettre un terme à sa carrière sur cette performance et entrera au haras.

Empery est le dernier vainqueur du Derby d’Epsom entraîné en France jusqu’à l’arrivée de Pour Moi en 2011. En remportant le Derby anglais et le Derby français avec Youth, Nelson-Bunker Hunt rejoint Marcel Boussac, vainqueur lui aussi des deux Derby en 1950 (Galcador et Scratch). Robert Sangster (Golden Fleece et Assert) et Khalid Abdullah (Quest for Fame et Sanglamore) les rallieront plus tard dans cet exploit.