La démonstration de force de a shin hikari

Autres informations / 25.05.2016

La démonstration de force de a shin hikari

La démonstration de force de A Shin Hikari

CHANTILLY, MARDI. PRIX D’ISPAHAN (GR1). Quelle impression ! Le japonais A Shin Hikari (Deep Impact) a survolé le Prix d’Ispahan (Gr1), reléguant son dauphin, Dariyan (Shamardal), récent lauréat du Prix Ganay (Gr1), à dix longueurs ! Il y avait un cheval et les autres. Les chevaux français et anglais n’ont pu observer le japonais que de loin, dans la ligne droite. Bien sûr, on rappellera que la majorité de ses adversaires effectuaient une rentrée ou n’étaient pas sur leur distance ou sur leur terrain de prédilection. Mais le lauréat ne disposait d'aucun avantage. Il n’avait aucune référence en terrain collant et rentrait lui aussi après avoir changé d’environnement, étant arrivé en France le 27 avril. A Shin Hikari était au-dessus du lot et sa démonstration de force est simplement le reflet de l’écart de classe qui existe entre ce lauréat du Hong Kong Cup (Gr1) et les autres. Ce qui peut nous inquiéter dans cette victoire venue d’ailleurs, c’est que A Shin Hikari n’est pas considéré comme le meilleur japonais dans son créneau et qu’il faisait face ici à une vraie opposition de niveau Gr1, dans laquelle il ne manquait que Solow (Singspiel). On regrettera d’ailleurs de ne pas avoir pu assister à ce match Solow/A Shin Hikari en raison de la blessure du premier nommé, actuellement au repos.

Juste en ouvrant les mains. En plus de la distance monumentale observée au passage du poteau, A Shin Hikari a été visuellement très impressionnant. Après avoir relayé Vadamos (Monsun) à quatre cents mètres du poteau, A Shin Hikari n’a fait que creuser l’écart sur le reste du lot où tous ses adversaires étaient à la peine, terminant leur parcours comme ils le pouvaient. Yutaka Take n’a eu qu’à ouvrir les mains et A Shin Hikari, tel une locomotive, a rejoint le poteau en toute décontraction.

A Shin Hikari est d’ailleurs un cheval qui aime dominer. Ses défaites au Japon sont seulement dues au fait qu’il n’avait pas pu adopter sa tactique préférée : tête et corde. Ici, il n’est pas allé devant, mais Vadamos l’a emmené sur un assez bon rythme et A Shin Hikari s’est montré très posé durant le parcours.

À la découverte de l’entourage de A Shin Hikari. L’entourage de A Shin Hikari était présent à Chantilly ce mardi. Nous avons rencontré son entraîneur, Masanori Sakaguchi, et son propriétaire et éleveur, Katsuhiko Hirai. Ils nous ont parlé du cheval, de cette expédition en France et de leurs projets...

Photo Masanori Sakaguchi

Masanori Sakaguchi : « Je n’avais qu’une inquiétude : le terrain »

Âgé de 68 ans, Masanori Sakaguchi baigne dans les courses, puisque son oncle et son frère ont également été entraîneurs. Ancien jockey (44 victoires entre 1974 et 1981), il a obtenu sa licence d’entraîneur en 1983. Il compte environ 650 gagnants et, avant ce Prix d’Ispahan, il comptait deux victoires au niveau Gr1 : le Hong Kong Cup 2015 et les Oaks japonaise en 1990 avec Eishin Sunny’s.

Jour de Galop. – A Shin Hikari a impressionné tout le monde à Chantilly. Sa performance vous impressionne-t-elle également ?

Masanori Sakaguchi. – Je suis assez surpris car, en principe, il doit aller devant pour gagner. Aujourd’hui, il a dû attendre en deuxième position et a gagné. C’est cela le plus impressionnant. Il est resté détendu et n’a pas insisté pour aller devant, c’est un point positif.

Pourquoi avez-vous choisi de courir ce Prix d’Ispahan ?

C’est un cheval qui aime courir sur 2.000m et il n’avait pas de course dans l’immédiat au Japon. Nous avons donc préféré venir en Europe. Ma principale inquiétude aujourd’hui concernait le terrain : il a beaucoup plu ces derniers jours et il n’avait jamais évolué sur des pistes assouplies. Concernant le profil de la piste, je ne me suis pas inquiété car, à Tokyo par exemple, la piste monte et descend également.

À ce jour, quels sont vos plans avec A Shin Hikari ?

Le prochain objectif du cheval sera à Royal Ascot dans les Prince of Wales’s Stakes. Nous ne l’avons pas engagé dans l’"Arc". Le cheval n’a pas de référence sur 2.400m et ce n’était pas notre plan au départ. En tout cas, ce succès nous donne des idées et nous espérons revenir en France avec son propriétaire, pourquoi pas avec d’autres chevaux.

Katsuhiko Hirai: « L’"Arc" ? Pourquoi pas si jamais A Shin Hikari s’impose à Ascot... »

Katsuhiko Hirai est le président d'Eishindo Co. Ltd, l’entité qui possède et a élevé A Shin Hikari. Katsuhiko Hirai est le fils de Toyomitsu Hirai, qui est, lui, le président d'Eishin Farm, une grande entité hippique au Japon.

Photo Katsuhiko Hirai

Jour de Galop. – Vous êtes propriétaire, mais également éleveur, de A Shin Hikari. Que représente pour vous cette victoire ?

Kabushiki Kaisha Eishindo. – Je n’y crois pas ! Nous avions des inquiétudes sur le terrain souple, car il n’avait jamais couru sur un tel sol. Je pense que le gazon en France est meilleur qu’en Angleterre, plus rapide, et nous avons décidé de venir aussi pour cela. C’est la première fois qu’il s’impose sans aller devant. Je suis vraiment très content, car il est le meilleur cheval que nous ayons, depuis le début de l’activité de notre haras, il y a quarante ans. Et je suis ravi de le prouver aujourd'hui.

Habituellement, les chevaux japonais viennent en France à l’automne. Pourquoi avoir choisi de courir ce Prix d’Ispahan avec A Shin Hikari ?

Nous l’avons toujours vu comme un spécialiste de la distance de 2.000m et c’est pour cela que nous le gardons sur cette distance intermédiaire. Nous avons aussi fait le choix de venir en France et à Royal Ascot en raison du poids qu’il faut porter dans les courses. Dans les International Stakes et les Champion Stakes, il serait obligé de porter trop de poids, car le poids de base est plus élevé [car ce sont des épreuves intergénérations, ndlr]. Si nous avions eu un programme pour lui sur 2.000m au Japon, nous ne serions peut-être pas venus ; je ne sais pas. Nous devions en principe aller à Hongkong pour un Gr1 sur 2.000m mais, en janvier, nous avons réalisé qu’il avait un problème à un antérieur et Hongkong arrivait un peu vite. Mais il avait du temps avant la France et nous avons donc changé nos plans et sommes venus ici.

Faites-vous une croix définitive sur le Prix de l’Arc de Triomphe ?

S’il gagne à Royal Ascot, nous pourrions envisager de revenir ici à l’automne pour l’"Arc" et tenter notre chance sur 2.400m. Il n’a jamais couru sur plus long que 2.000m, donc la distance est une inconnue et cela me fait un peu peur. Pour le moment, le plan est de courir le Tenno Sho à l’automne, puis de retourner à Hongkong.

Dariyan s’extirpe de la meute. Deuxième, Dariyan confirme sa victoire du Prix Ganay (Gr1), puisqu’il domine à nouveau Silverwave (Silver Frost). Mais on peut aussi voir le verre à moitié vide et dire qu’il termine à nette distance du lauréat et dans une action qui n’était pas splendide. Alain de Royer Dupré, entraîneur de ce représentant de Son Altesse l’Aga Khan, nous a dit : « Le cheval a bien négocié la descente et la montée, ce qu'il ne parvenait pas à faire auparavant. Il a gagné en maturité. Il s'est aussi sorti du terrain, même s'il est sûrement plus à l'aise en bon terrain. Il répète sa performance du "Ganay", mais le gagnant est un cheval exceptionnel ! Concernant la distance, 2.000m c'est parfait pour lui, 1.800m ça va aussi, et 2.400m c'est trop long. En ce qui concerne ses prochains engagements, nous allons réfléchir. Les "Juddmonte International" à York sont une possibilité. »

Silverwave s’affirme. Deuxième du "Ganay", Silverwave montre qu’il devient une valeur sûre dans les Grs1, avec cette troisième place après avoir attendu. Il était à nouveau muni d’un bonnet et, si l’on enlève l’extraterrestre qui s’est imposé, il aurait fait un bon deuxième de ce Prix d’Ispahan. Pascal Bary, son entraîneur, a indiqué : « Je suis admiratif du gagnant, quel cheval, quelle course ! Silverwave court très bien et répète sa valeur du "Ganay". Je pense que 2.000m représente sa distance idéale. Il avait un bonnet comme en dernier lieu, car sinon, il est trop allant. Je pense qu'il va avoir besoin d'un temps de repos. Il vient de courir deux Grs1, et là, c'était une vraie course ! »

New Bay avait besoin de cette course. Favori de ce Prix d’Ispahan, New Bay (Dubawi) termine sixième après avoir galopé plutôt à l’extérieur. Il n’a pas vraiment fait illusion dans la phase finale et André Fabre avait prévenu dans la presse britannique que le cheval pouvait avoir besoin de cette sortie. Lord Grimthorpe était présent à Chantilly pour ce Prix d’Ispahan et a expliqué suite à la prestation du lauréat du Prix du Jockey Club (Gr1) 2015 : « C'était sa rentrée en terrain lourd et sur une distance un peu courte pour lui. Félicitations au cheval japonais, qui gagne très bien. Nous devons voir comment New Bay récupère mais nous pensons toujours aux Prince of Wales's Stakes à Royal Ascot. Si nous pensons qu'il a besoin d'un peu plus long, nous pourrions viser le Grand Prix de Saint-Cloud ou une course de ce genre. Il y a beaucoup d'options possibles. Nous devons le ramener au top de sa forme et je suis sûr qu'André va le faire ! »

Mieux encore qu'El Condor Pasa. A Shin Hikari est le premier cheval japonais à remporter le Prix d’Ispahan. En 1999, El Condor Pasa (Kingmambo) avait fait ses débuts en France dans ce Gr1, mais il avait été battu par Croco Rouge. Cela étant écrit, rappelons qu’El Condor Pasa était plus spécialisé sur 2.400m que sur 1.850m.

Troisième Gr1 en France pour le Japon. Toujours en quête d’un premier succès dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), le Japon remporte son troisième Gr1 en France. La victoire de A Shin Hikari fait suite à celle de Seeking the Pearl (Seeking the Gold) dans le "Maurice de Gheest" 1998 et de Taiki Shuttle (Devil’s Bag) dans le "Jacques Le Marois" 1998. Cela commençait à dater, même si, entre temps, nous avons vu à l’œuvre Nakayama Festa (Stay Gold) et Orfèvre (Stay Gold), notamment…

Hikari, le TGV japonais. Les chevaux élevés par Eishindo portent le préfixe A Shin. Pour A Shin Hikari, Hikari est le nom du service de train à grande vitesse du réseau Shinkansen, le TGV japonais.

Un descendant de Caro. A Shin Hikari est gris comme le père de sa deuxième mère, Caro. La mère de A Shin Hikari est Catalina, une fille de Storm Cat qui a gagné trois courses aux États-Unis. Outre A Shin Hikari, elle a produit deux placés de Listed au Japon.  Carolina Saga, la deuxième mère, a pour sa part produit Sir Beaufort (Pleasant Colony) qui a remporté le Santa Anita Handicap (Gr1). La quatrième mère de A Shin Hikari est Sea Saga, qui a remporté le Ladies Handicap (Gr1) à Aqueduct.

PEDIGREE WEATHERBY

http://www.jourdegalop.com/documents/link_pdf/ASHINHIKARI.pdf

5e · 14h50 > Prix d'Ispahan

Gr1 - Plat - 250.000€ - 1.800m

Pour chevaux entiers, hongres et juments de 4 ans et au-dessus. Poids : 58 kg.

1er       A SHIN HIKARI (58) M5

            (Deep Impact & Catalina)

            Pr/Eishindo Co Ltd - El/M. K.K Eishindo

            Ent/M. Sakaguchi - J/Y. Take

2e        DARIYAN (58) M4

            (Shamardal & Daryakana)

            Pr/S.A. Aga Khan - El/S.A. Aga Khan

            Ent/A. de Royer Dupré - J/C. Soumillon

3e        SILVERWAVE (58) M4

            (Silver Frost & Miss Bio)

            Pr/Hspirit - El/Mlle Marie-Laure Collet

            Ent/P. Bary - J/M. Guyon

Arqana, Deauville, novembre 2014, cheval à l'entraînement, 420.000 €, Couétil à Alain Couétil

Arqana, Deauville, octobre 2013, yearling, 60.000 €, Clairefontaine (racheté)

Autre(s) partant(s) dans l'ordre d'arrivée : Vadamos, My Dream Boat, New Bay, Mondialiste, Wild Chief, Erupt.

 Tous couru (9).

(Turf) Souple à très souple. 1'53"29. Ecarts : 10 - 1 3/4 - 1/2.

 

LES CHRONOS

TEMPS PARTIELS

Départ à 1.000m : 49’’79

1.000m à 600m : 26’’40

600m à 400m : 12’’35

400m à 200m : 12’’97

200m à l’arrivée : 11’’78

Temps total : 1’53’’29