Les chevaux ne sont pas des cochons !

Autres informations / 28.05.2016

Les chevaux ne sont pas des cochons !

Les chevaux ne sont pas des cochons !

On a échappé au pire… La commission européenne a lancé il y a plusieurs années un chantier d’harmonisation du règlement européen zootechnique. Ce projet avait l’ambition d’aboutir à l’application des mêmes règles à l’ensemble des animaux de rente. L’élevage des chevaux était donc susceptible de s’aligner sur celui des porcins ou des bovins, ce qui aurait notamment libéralisé l’insémination artificielle. Une réaction concertée de lobbying des différentes familles de la filière cheval a permis de faire entendre la voix du monde des courses et d’éviter le pire.

Un projet qui aurait pu imposer l’insémination artificielle au monde des courses. Astrid Engelsen a travaillé sur les questions européennes pour le Syndicat des éleveurs : « Ce projet de règlement était à l’étude depuis deux ans. Il a été voté il y a quelques semaines et il va être rapidement publié au Journal officiel. Le texte concerne l’ensemble des animaux de rente, dont les chevaux. La Commission européenne voulait imposer à l’ensemble des éleveurs une harmonisation des conditions d’entrée des animaux dans les livres généalogiques. Ce projet posait plusieurs problèmes. En effet, dans la filière équine, nous avons une grande diversité de stud-book et d’utilisations. Chaque stud-book a ses particularités. Certains fonctionnent avec des règles nationales, d’autres avec des règles internationales. Dans le cas des galopeurs, une partie des règles que voulait imposer la Commission européenne allaient à l’encontre du protocole international qui régit le fonctionnement des stud-books du pur-sang anglais. Deux points en particulier étaient problématiques dans cette harmonisation : la possibilité d’avoir recours à l’insémination artificielle et aux autres techniques de reproduction modernes [transfert d’embryon, ndlr], avec peu de garde-fous qui plus est, mais aussi l’exclusion des hongres des livres généalogiques ! Pour l’avenir de l’élevage des galopeurs, c’était un risque tout à fait considérable. »

 Une réaction collective efficace. « Les différentes familles de la filière cheval se sont unies pour faire valoir leurs particularités. Nous avons été très soutenus par le député Michel Dantin et son équipe. Ce dernier était le rapporteur du texte à la Commission européenne. L’objectif était de faire comprendre les spécificités du monde du cheval et des galopeurs en particulier. Ce ne fut pas chose facile. Les députés européens ne connaissent pas ces subtilités spécifiques aux familles minoritaires du monde agricole. Si le projet de règlement était passé tel quel, le monde du galop allait vers de grandes difficultés. Mais l’action de lobbying fut efficace. La Fédération européenne des associations d’éleveurs de pur-sang anglais (EFTBA) et le Syndicat des éleveurs français ont beaucoup travaillé au sein de cette action collective. Nous avons aussi beaucoup appris sur le fonctionnement du lobbying et pris beaucoup de contacts qui pourraient être utiles à l’avenir. »

D’autres dossiers importants sont à venir. « Au niveau européen, d’autres sujets importants vont être débattus. Il y a notamment la réglementation de la médication. La PAC à l’horizon 2021 est un autre thème important. Si le budget de la PAC est réduit, il ne faut pas que les chevaux en soient évincés. Enfin, la défense du modèle du PMU, face aux règles de la libre concurrence en Europe, est un autre combat majeur, tout comme les questions relatives à la TVA. »

 L’insémination a détruit l’équilibre économique des chevaux de sport

Xavier Leredde, ancien cavalier de l’équipe de France, élève des chevaux au haras des Rouges, dans la Manche. Cette entité fut plusieurs fois tête de liste en France – et même en Europe – des éleveurs de chevaux de CSO. De grands reproducteurs comme Quidam de Revel, Papillon Rouge ou Jalisco B y ont été élevés et/ou y ont fait la monte. Xavier Leredde s’est à présent tourné vers l’élevage de chevaux d’obstacle avec succès (Balk Man, Red Name, Coastalina…). Il nous a livré son point de vue sur l’impact des techniques modernes de reproduction sur le marché du cheval de sport.

Des étalons qui saillissent plus de 500 juments par an. « L’impact des techniques modernes de reproduction fut catastrophique chez les chevaux de sports équestres. L’insémination est apparue dans les années 1980. Galoubet A (Almé) fut le premier cheval à bénéficier de cette technique pour pouvoir alterner compétition et reproduction. Le stud-book du cheval de sport était réticent. Au départ, les chevaux étaient censés ne pas dépasser les 100 juments par an. Mais tout s’est accéléré. À présent, certains étalons saillissent plus de 500 juments par an. Sur 8.700 juments de sport qui sont mises à la reproduction, il en va un tiers à trois étalons. Mécaniquement, beaucoup de bons étalons n’ont plus de juments à saillir. »

La fin de la rareté. « Comme l’insémination, le transfert d’embryon est passé en force. L’objectif était de faire plus de poulains à partir d’une même jument. L’impact fut considérable sur le marché des chevaux d’élevage. Pour obtenir une même quantité de chevaux, un propriétaire préfère effectuer des transferts d’embryons avec ses juments de concours plutôt que d’acheter des poulains chez les éleveurs. Avant l’arrivée du transfert d’embryon, une bonne jument de concours ne reproduisait qu’après la fin de sa carrière sportive. Elle n’avait souvent que deux ou trois pouliches qui avaient une vraie valeur. À présent, avec le transfert d’embryon, elle peut produire quinze pouliches avant la fin de sa carrière sportive. Si bien que ces mêmes pouliches n’ont plus du tout la même valeur. Certaines juments comme Fragrance de Chalusse ont donné jusqu’à 45 poulains grâce à cette technique. Les profits à court terme sont réels, mais, à long terme, on détruit l’élevage, car la notion de rareté disparaît. »

La porte ouverte au clonage. « Le clonage est l’étape suivante, après l’insémination et les transferts d’embryons. Par peur de ne plus retrouver un cheval de grande qualité, des propriétaires clonent leurs meilleurs chevaux. Une telle opération coûte plusieurs centaines de milliers d’euros. Encore une fois, cet argent n’est pas utilisé pour acheter des poulains. L’an dernier en Belgique, chez Zangersheide, on m’a présenté un poulain dont les deux parents ont été conçus par clonage et ce poulain était lui-même issu d’un transfert d’embryon. »

La destruction d’un équilibre économique. « L’arrivée de ces techniques modernes fut l’une des raisons qui m’ont motivé à réorienter mon activité vers les chevaux de course. Aujourd’hui, on peut avoir un bon 3ans de concours hippique pour 5.000 euros. C’est catastrophique. En quelques décennies, on a détruit tout l’équilibre économique de la filière. Si le monde du galop accepte l’insémination, les transferts d’embryons ou le clonage, en dix ou quinze ans, tout le château de cartes va s’écrouler. »