Michel bodiguel : « le succès de punch nantais ? c’est le nirvana ! »

Autres informations / 24.05.2016

Michel bodiguel : « le succès de punch nantais ? c’est le nirvana ! »

Michel Bodiguel : « Le succès de Punch Nantais ? C’est le nirvana ! »

Lors du week-end du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), les chevaux nés dans l’ouest de la France ont réalisé de belles performances. Élevés en Mayenne par Benoît Gabeur, So French (Poliglote) et On the Go XX (Kamsin) ont remporté respectivement le "Grand Steeple" et le Prix Stanley (L), D’vina XX (Smadoun), une élève de l’association "Pehu-Barbier", lauréate du Prix d’Iéna (L), a grandi dans le Maine-et-Loire, et Punch Nantais (Puit d’Or), vainqueur du Prix Ferdinand Dufaure (Gr1), a été élevé par Didier Paysan et Michel Bodiguel en Mayenne. Ce dernier est revenu avec nous sur l’histoire de Punch Nantais, mais aussi sa trajectoire dans le monde des courses.

JDG. – Punch Nantais vous a offert votre premier succès de Gr1 en tant qu’éleveur en remportant le Prix Ferdinand Dufaure, dimanche à Auteuil. Que cela représente-t-il pour vous ?

Michel Bodiguel. - Punch Nantais s’était déjà imposé au niveau Gr2 dans le Prix Congress, puis Gr3 dans le Prix Fleuret, et là, il s’est imposé dans un Gr1. C’est exceptionnel ! Ce succès m’a apporté un immense bonheur car c’est le sommet, le nirvana ! La journée a été stressante car le matin, pour quitter ma région, nous avons eu l’angoisse de ne pas avoir d’essence pour rallier Paris [du fait des blocages de raffineries dans l’ouest de la France, ndlr]. Ensuite, dans l’après-midi, il est tombé des trombes d’eau. À Auteuil, la tension était importante. Il y a eu cette dramaturgie permanente avec Bertrand Lestrade qui a eu son début d’AVC il y a quelques semaines. As d’Estruval s’est blessé et Bertrand est tombé. Il a quand même pu monter Punch Nantais. Ce dernier a fait quelques erreurs. C’est un cheval qui a du caractère. Dans la foulée, il y a eu une lutte au couteau avec Roi Mage, puis enquête, réclamation… À l’issue de l’enquête qui a duré cinq à six minutes, nous avons eu confirmation de la victoire de Punch Nantais. Nous avons poussé un grand soupir de soulagement. C’était l’explosion de joie, un bonheur immense. D’autant que j’ai été en relation avec Christophe Simian, l’éleveur de Buddy Banks. La disparition de ce dernier a été la fin tragique d’un héros. J’ai réconforté Christophe Simian qui était dégoûté, qui voulait arrêter. J’ai pensé à lui, à son père, dimanche…

Comment se comportait Punch Nantais lorsqu’il était plus jeune ?

Il avait déjà un fort caractère. C’est un Monsieur. Pour Daniel Allard, c’est un crack ! Nous verrons l’année prochaine. Pour le moment, il a réalisé de grandes performances, avec cinq victoires, dont trois Groupes, à son palmarès.

Vous avez été président de la Société des courses de Nantes pendant dix-huit ans. Vous êtes nantais. L’affixe de vos élèves est donc naturel ?

Effectivement. Je suis né à Nantes, je suis Nantais et l’affixe "nantais" me parle. Pour la petite histoire, la mère de Punch Nantais, Reine du Bouffey (Turgeon), devait s’appeler Reine de Nantes, ou Reine Nantaise. Mais un jour, sur l’hippodrome de Nantes, Claude Rouget a glissé à l’un de ses amis, qui était maire d’une commune libre de Nantes, le quartier du Bouffey, qu’il n’avait qu’à me demander si je ne pouvais pas baptiser un cheval du nom du quartier. À l’époque, nous avions emmené Reine du Bouffey sur la grande place du Bouffey et elle y avait été baptisée lors de la fête du quartier. Elle est par Turgeon et nous l’avions mise chez Norbert Leenders, qui ne faisait pas d’obstacle. Elle a gagné trois courses plates. Elle n’a donné que des gagnants. C’est important pour les éleveurs d’avoir la proximité de nombreux hippodromes dans leur région pour pouvoir voir leur production s’exprimer.

Combien avez-vous de poulinières ?

J’avais deux poulinières, mais nous avons vendu la mère de Punch Nantais au haras des Embruns. Punch Nantais était parti rapidement après sa naissance là-bas. Il a ensuite été vendu aux ventes Osarus. À l’époque, nous avions été à Puit d’Or, pour le croisement, car il était à proximité de chez Didier Paysan, coéleveur de Punch Nantais et il avait une bonne origine. Mes poulinières passent l’hiver dans ma propriété, après le sevrage. Je peux les voir depuis mes fenêtres. Mais je suis éleveur sans sol.

 

Comment choisissez-vous vos croisements ?

Pour cela, j’écoute beaucoup les spécialistes. J’ai été à Linda’s Lad, Ballingarry, Kapgarde... Je cherche des étalons qui ont des références "obstacle" et j’y vais en fonction de leur coût.

 

Quel a été votre parcours en tant qu’éleveur ?

Je suis éleveur depuis plusieurs dizaines d’années. Avant, j’étais cavalier de concours. J’ai fait mes propres produits. Je croisais mes juments pur-sang avec un étalon demi-sang. J’ai notamment élevé un champion de France, Bord de Loire. Par le biais de l’élevage et du concours, je suis rentré dans le monde des courses avec un premier produit pur-sang, Prince Nantais, qui a couru sous mes couleurs. Il a gagné cinq courses et pour un petit éleveur de province, c’est déjà un grand plaisir de pouvoir gagner des épreuves. Je me suis orienté vers l’obstacle car en plat, ce n’est pas possible de rivaliser avec les grandes écuries. Il faut donc se lancer dans le créneau de l’obstacle. Même si c’est une discipline très dure. De mon côté, j’ai perdu trois chevaux au combat. Nous avons toujours l’angoisse qu’il arrive quelque chose. Ce sont les risques. Des risques pour les éleveurs, mais pour tout le monde aussi, notamment pour les jockeys. J’ai beaucoup d’admiration pour Bertrand Lestrade qui est revenu après son début d’AVC.

Quelle a été votre trajectoire avant d’arriver dans le monde des courses ?

J’ai été éditorialiste, chroniqueur et directeur politique pour les journaux du groupe Hersant. J’ai aussi travaillé pour Europe 1, Le Monde, Presse Océan entre autres. J’ai en revanche très peu écrit sur les courses. Avant de prendre ma retraite, le président de la Société de Nantes m’a proposé de rentrer à la Société. C’est avec Prince Nantais que j’avais découvert les courses. Il avait gagné plusieurs épreuves et s’était notamment imposé à Auteuil. Le président de la Société de Nantes m’avait recruté en tant que commissaire, puis j’ai été vice-président et enfin président. J’ai accepté ensuite cette charge, que j’ai conjuguée pendant quelques années avec mon travail. Je suis membre de l’Asselco et nous essayons de faire bouger les choses. Je suis toujours attentif à l’évolution des courses.

Quel regard portez-vous sur le Défi du Galop, dont vous avez été l’un des membres fondateurs avec la Société des courses de Nantes ?

Nous sommes plusieurs pères pour le "Défi". C’était naturel d’accompagner ce challenge. Le problème est que les réunions du "Défi" sont souvent "étouffées" par un Quinté Plus. C’est un challenge important pour les professionnels, mais il faut qu’il y ait une réflexion sur la possibilité de créer un jeu autour du "Défi". Car on sait que les étapes ne réuniront pas, ou pas souvent, treize ou quatorze partants.

Que pensez-vous de l’évolution de l’hippodrome de Nantes ?

Les courses de Nantes ont 180 ans d’existence, dont 120 ou 130 sur le site actuel. L’hippodrome dispose de parcours très sélectifs et il y a de belles courses à Nantes. Nous avons un très grand président en la personne de Jean-Pierre Vallée-Lambert, avec une très bonne équipe.