Le baromètre du prix du jockey club

Autres informations / 05.06.2016

Le baromètre du prix du jockey club

LE BAROMÈTRE DU PRIX DU JOCKEY CLUB

Le dernier rempart

Trois semaines après la démonstration de l’irlandais The Gurkha (Galileo) dans la Poule d’Essai des Poulains (Gr1), les poulains français tentent de redorer leur blason à l’occasion du Prix du Jockey Club (Gr1). Au premier abord, il est difficile d’être d’un optimisme très débordant. Mais l’on assiste à un renouvellement des concurrents par rapport à la Poule d’Essai. Seuls Dicton (Lawman), troisième, et Zarak (Dubawi), cinquième, étaient présents parmi le groupe des chevaux placés le 15 mai à Deauville.

Pour analyser ce Prix du Jockey Club, il faut également se resituer dans le contexte de cette année. Le galop français vit actuellement une inversion de tendance. Le centre d’entraînement de Chantilly, pendant longtemps berceau du galop français, se fait maintenant très nettement concurrencer par la province, en particulier par le Sud-Ouest. Le palmarès des entraîneurs, que vous pouvez consulter sur France Galop, en témoigne. Pour s’en persuader, il suffit de regarder les statistiques affolantes de Jean-Claude Rouget cette année. L’entraîneur palois marche sur l’eau en 2016, comme c’était le cas en 2009, année de la victoire de Le Havre dans le "Jockey Club". Pour ce derby français, avec ses deux pensionnaires Almanzor (Wootton Bassett) et Mekhtaal (Sea the Stars), Jean-Claude Rouget se pose comme le dernier rempart pour contrer les ambitions anglo-irlandaises, notamment celle du pensionnaire de John Gosden, Foundation (Zoffany), qui a certainement ce Prix du Jockey Club dans le viseur depuis un long moment.

Pour des raisons diverses, Foundation, Almanzor et Mekhtaal se détachent légèrement dans ce Prix du Jockey Club. Cette édition 2016 du derby français est assez ouverte, mais cela ne veut pas dire qu’elle est mauvaise. Seuls le résultat et les semaines à venir pourront juger de la qualité définitive de ce millésime.

Le baromètre du "Jockey Club"

Cheval  (Entraîneur)

Almanzor (J.-C. Rouget)

Foundation (J. Gosden)

Mekhtaal (J.-C. Rouget)

Robin of Navan (H. Dunlop)

Imperial Aviator (R. Charlton)

Raseed (F. Head)

BraveryA. (O’Brien)

Talismanic (A. Fabre)

Dicton (G. Bietolini)

Zarak (A. de Royer Dupré)

Apilobar (F. Vermeulen)

Parthenius (M. Hofer)

Royal Julius (A. de Watrigant)

Ventura Storm (R. Hannon)

Black Sea (A. O’Brien)

Floodlight (A. Fabre)

Golden Bridge (C. Gourdain)

Il faut compter sur Almanzor et Mekhtaal. À la suite de la contre-performance de Gardol City (Elusive City), ce mercredi, dans une course B, il est facile d’affirmer qu’Almanzor n’a rien battu dans son Prix de Guiche (Gr3). C’est exact, il n’a rien battu. Mais il l’a fait avec la manière et avec une marge assez évidente. Et il y a plein d’exemples de chevaux qui n’avaient rien battu avant de gagner un classique. Le premier qui vient à l’esprit reste Valyra (Azamour), qui avait battu dans une "D", avant le "Diane", une pouliche qui est finalement restée maiden toute sa vie : O’Keefe (Peintre Célèbre). Almanzor est un cheval maniable, honnête et généreux.

Jean-Claude Rouget réussit bien avec ce type de chevaux, comme nous avons pu le constater récemment avec La Cressonnière (Le Havre) ou, quelques années plus tôt, avec Avenir Certain (Le Havre) ou Le Havre. Le seul essai d’Almanzor au niveau Gr1, dans le Critérium international (Gr1), n’a pas été une réussite. Mais le terrain était lourd le 1er novembre à Saint-Cloud et les propos d’avant-course de l’entraîneur ne faisaient pas d’Almanzor une première chance. Dans mon souvenir, il avait dit : « Il n’aura pas une course dure. Je ne savais pas s’il fallait courir ce Critérium ou bien l’autre, sur 2.000m... ». En gros, Jean-Claude Rouget n’était pas convaincu par cet engagement et Almanzor a couru "dans le vide". N’oublions pas que Le Havre, en son temps, avait également mal couru dans ce même Gr1 et cela ne l’a pas empêché de gagner ensuite le "Jockey Club".

Finalement, il existe autant de différences entre Almanzor et Mekhtaal qu’entre La Cressonnière et Qemah (Danehill Dancer). Comme Qemah, Mekhtaal est un cheval de classe. Ce "Jockey Club" sera pour lui le grand test pour savoir s’il est très bon. Ce qu’il a fait dans le Prix Hocquart (Gr2), c’est-à-dire gagner de bout en bout sur une piste neuve en bon terrain, devant un honnête cheval de Listed, Thewayyouwish (Thewayyouare), un cheval juste bon peut le faire. Mekhtaal doit être capable de montrer mieux que cela. Jean-Claude Rouget ne fait pas une fixation sur le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), mais Mekhtaal est certainement un élément qui peut briller dans quatre mois à Chantilly, le premier dimanche d’octobre.

Un programme ambitieux dans la carrière de Foundation. Présenté par John Gosden, Foundation est une candidature très sérieuse pour ce "Jockey Club". C’est même le cheval étranger le plus solide “au papier”. Il était considéré comme l’un des meilleurs 2ans britanniques après sa victoire dans les Royal Lodge Stakes (Gr2) avant d’être troisième malchanceux dans le Racing Post Trophy (Gr1). Foundation a couru proprement pour sa rentrée dans les Craven Stakes (Gr3), avant de se classer troisième des Dante Stakes (Gr2), en donnant l’impression de courir cette course comme une vraie préparatoire. Pour l’instant, Foundation ne répond que partiellement aux attentes placées en lui. Mais sur ce qu’il a montré, il possède assez de talent pour briller dans un "Jockey Club". Il lui faudra un peu de réussite, car c’est un cheval qui a plutôt pour habitude d’attendre et peut se montrer un peu compliqué dans un parcours. Foundation est un fils du rapide Zoffany, mais la bonne deuxième des Oaks d’Epsom (Gr1 - 2.400m), Architecture, est également une fille de cet étalon de Coolmore. Il n’y a donc pas de grand doute à avoir sur sa tenue.

Les autres concurrents passés au crible

? 1 Zarak

Il a couru honnêtement dans la Poule d’Essai des Poulains, à la corde, mais il n’a pas réussi à s’imposer là où La Cressonnière a réussi le faire quelques minutes plus tôt. Il peut être en progrès pour sa quatrième sortie, mais il faut bien dire que l’on pouvait attendre mieux de sa part le 15 mai à Deauville. Ce fils de Zarkava (Zamindar) donnait envie de croire en lui. Là, il a perdu un peu de son aura et il est difficile de voir toujours en lui un lauréat du "Jockey Club".

? 2 Raseed

Il a gagné avec une vraie manière le Prix Noailles (Gr3), mais il n’avait pas grand monde à battre dans cette course. Il est possible que Raseed soit "oublié" par les parieurs, alors que sa chance théorique pour une place "entre trois et cinq" est bien réelle. Il est d’ailleurs l’un des rares chevaux au départ à s’être imposés sur le tracé de Chantilly.

? 4 Royal Julius

Il a toujours montré du potentiel, mais sa troisième place du Prix Hocquart montre qu’il n’est pas encore arrivé à maturité. Il a souvent un "coup de mou" à quatre cents mètres du poteau et, même s’il se relance bien, cela peut être compliqué pour revenir jouer l’arrivée face à autant de concurrence. Royal Julius reste néanmoins un cheval à suivre, car il est certainement capable de gagner son groupe au second semestre.

? 5 Robin of Navan

Seul gagnant de Gr1 dans ce lot, Robin of Navan représente une candidature qui se respecte. On pouvait s’attendre à mieux de sa part dans le Prix Greffulhe (Gr2). Il s’y classait deuxième, plutôt sur sa classe que sur sa préparation. Avec des progrès, il peut se montrer plus percutant ici, d’autant que son entourage ne va sans doute pas refuser de l’envoyer devant – sa tactique préférée – avec ce numéro 2 à la corde. L’assèchement du terrain ne joue pas en sa faveur, mais Robin of Navan possède assez de talent pour conserver un bon classement.

? 6 Black Sea

Sa neuvième place dans les Dante Stakes n’inspire pas une grande confiance. C’est a priori la moins bonne chance des deux pensionnaires d’Aidan O’Brien et il serait assez dramatique de ne pas trouver quelques poulains français capables de le devancer.

? 8 Apilobar

Révélation de ce début de saison, Apilobar a "coincé" au moment du démarrage dans le Prix Greffulhe, avant de bien se relancer. Sur une piste très souple, il représenterait l’un des meilleurs outsiders dans ce "Jockey Club". Mais si le terrain ne dépasse pas le "souple", ce qui est annoncé, il lui sera plus difficile de se faire une place. On peut lui trouver des analogies avec Saônois, mémorable lauréat de l’édition 2012 du Prix du Jockey Club, mais l’édition gagnée par le pensionnaire de Jean-Pierre Gauvin était sans doute moins qualiteuse que celle-ci.

? 9 Floodlight

Des deux pensionnaires d’André Fabre, Floodlight est celui que l’on voit un ton en dessous. Il a pris courageusement la deuxième place du Prix de Guiche, mais il y avait un monde entre lui et le lauréat, Almanzor. Sa victoire précédente, devant Ommoy (Iffraaj) est insuffisante pour lui voir une première chance malgré la monte de Pierre-Charles Boudot.

? 10 Talismanic

Second atout d’André Fabre et de Godolphin, Talismanic est le cheval entraîné à Chantilly sur lequel circulent les meilleurs bruits depuis quelques jours. Il a gagné avec de la marge le Prix de l’Avre (L), sur 2.400m. Il est donc raccourci ici et sa candidature dénote une forme d’opportunisme. Il ne faut pas perdre de vue que Talismanic et Floodlight sont des doublures de Cloth of Stars (Sea the Stars) qui est lui-même une doublure d’Ultra (Manduro), actuellement indisponible. Malgré l’optimisme dont semble faire preuve son entourage, ce cheval en plein épanouissement qu’est Talismanic donne l’impression d’être plutôt un prétendant au Juddmonte Grand Prix de Paris qu’au "Jockey Club".

? 12 Ventura Storm

Comme Intello (Galileo), Ventura Storm a gagné pour sa rentrée les Feilden Stakes (L). Mais, ensuite, il a été inexistant dans le Derrinstown Stud Derby Trial (Gr3), puis dans le Prix Hocquart (Gr2). Il avait attendu dans ces courses sans train, mais même pour ces raisons, il est difficile de lui voir une bonne chance ici.

? 13 Golden Bridge

Il a gagné en très bon cheval le Prix Daniel Guestier (B), LA préparatoire au Derby du Midi (L). Son entourage a fait le choix de tenter sa chance dans le "Jockey Club". Pourquoi pas, mais il y a une vraie marche entre une "B" provinciale et le Derby français.

? 14 Dicton

Dicton s’est positionné comme le meilleur 3ans français à l’arrivée de la Poule d’Essai. Il a beaucoup progressé depuis l’an dernier et ne doit plus être vu comme un cheval de "réclamer". Sa chance est donc réelle dans ce "Jockey Club", mais il n’est pas idiot d’avoir un doute sur sa tenue. En effet, c’est un fils de Lawman, lauréat en qualité de miler rallongé du "Jockey Club", et la famille maternelle de Dicton est celle de Pas de Réponse, gagnante des Cheveley Park Stakes (Gr1).

? 15 Imperial Aviator

Ce pensionnaire de Roger Charlton – lauréat du Jockey Club en 1990 avec Sanglamore – pose vraiment problème. Il est sur la bonne pente, celle qui monte, mais ne possède aucune référence au niveau des courses de Groupe. Il a gagné son maiden devant Ulysses (Galileo), candidat au Derby d’Epsom (Gr1), avant de prendre au passage un handicap qui lui tendait les bras. Cela peut sembler insuffisant, mais comme Imperial Aviator progresse, et en l’absence d’épouvantail parmi l’opposition, il faut faire cas de ses chances au moins pour une place. Pour les joueurs, c’est certainement l’un des meilleurs outsiders du lot, d’autant plus qu’il se monte dans le groupe de tête.

? 16 Bravery

Il n’a sans doute pas été jugé assez bon pour courir le Derby d’Epsom par Coolmore et Aidan O’Brien. Malgré cela, Bravery n’est pas une candidature à négliger dans ce "Jockey Club". Il a terminé quatrième, à distance, des 2.000 Guinées d’Irlande (Gr1) et son pedigree l’autorise à être bien meilleur sur 2.100m que sur 1.600m.

? 17 Parthenius

Ce pensionnaire de Mario Hofer est le propre frère de Pastorius, lauréat du Derby allemand (Gr1) sur 2.400m. Parthenius est gagnant de Gr3, de peu, à 2ans et il n’a pas vraiment convaincu pour sa rentrée à Krefeld. Comme à beaucoup d’autres, on ne peut lui interdire de prendre une place.