Tribune libre -  quelques précisions sur l’utilisation de l’insémination artificielle - par pierre julienne

Autres informations / 15.06.2016

Tribune libre - quelques précisions sur l’utilisation de l’insémination artificielle - par pierre julienne

Quelques précisions sur l’utilisation de l’insémination artificielle

Par Pierre Julienne

« Les récents articles parus dans JDG au sujet de l’insémination artificielle (IA) méritent quelques précisions.

Oui, cette technique permet d’éviter toute transmission directe de maladies par contact de l’étalon vers la jument et réciproquement. C’est un avantage évident et pour ceux qui, comme moi, ont pratiqué les deux types de monte – naturelle et artificielle –, la différence est énorme. D’un côté (avec les trotteurs), on ne se pose même plus la question des maladies dites vénériennes, de l’autre, avec les pur-sang, ont fait tous les examens possibles et imaginables, ça coûte cher, c’est contraignant, et malgré tout il subsiste toujours un doute sur l’apparition possible d’une nouvelle maladie comme actuellement avec les "boutons" ou un faux test négatif dû par exemple a une mauvaise qualité de prélèvement d’un écouvillon.

Ce qui fait peur avec l’insémination artificielle et c’est à mon avis la seule question qui se pose réellement, c’est le non contrôle du nombre de descendants à partir d’un étalon. Cela aurait pour conséquence un bouleversement total du marché des yearlings et des saillies.

Trop de produits d’un même étalon mis sur le marché aurait pour effet de faire chuter leur prix sur le seul critère "fils de" mais par ricochet mettrait plus en valeur les autres critères de sélection, tels la valeur génétique de la mère et de sa lignée maternelle, le modèle, les conditions d’élevage, etc.

A contrario, le prix des saillies diminuerait du fait de leur plus grande disponibilité. Sans compter les économies de personnel, de transport et de frais vétérinaires.

Comment ces deux phénomènes peuvent-ils évoluer en cas d’adoption de l’IA? Dans un premier temps, ce sera le désordre complet, avant de connaître comme toujours une certaine adaptation des éleveurs et des acheteurs à une nouvelle donne du marché.

À propos de la consanguinité, si les éleveurs ne font pas attention à conserver une bonne variabilité génétique en évitant tout inbreeding exagéré, et nous savons leur conseiller les taux à ne pas dépasser, ce sont les acheteurs qui bouderont l’acquisition des produits trop consanguins et qui redonneront de la valeur aux soi-disant lignées mâles moins commerciales. On a eu un exemple récent avec Northern Dancer, qui, compte tenu de ses exceptionnelles qualités, a été beaucoup utilisé, et où les éleveurs ont recherché très rapidement d’autres courants exempts de sang de Northern Dancer. Cela a eu pour conséquence de remettre en valeur par exemple les sangs allemands quelque peu oubliés.

On peut donc s’attendre à une adaptation et à l’apparition de nouveaux comportements, tant de la part des éleveurs que des acheteurs de poulains.

Pour autant, comme évoqué plus haut, la transition risque d’être très perturbante, et pour éviter cette vague, (un tsunami pour certains), il existe peut-être une solution du donnant/donnant pour bénéficier des avantages de l’IA sans en avoir les inconvénients : autoriser l’utilisation de cette technique en échange d’un engagement du propriétaire à limiter volontairement son étalon à un nombre X de juments.

Il faut pour cela mettre tout le monde d’accord sur un chiffre (120 ? 150 ?) avec un principe de quota par continent ou par pays. Ca ne sera pas simple, mais ça peut marcher s'il y a une volonté commune d’aller vers l’utilisation d’une technique qui peut apporter énormément en matière de sécurité sanitaire, de gestion des plannings de monte, de gestion de main d’œuvre et d’économies de frais vétérinaires, de transports et d’empreinte carbone. »