L'obstacle ne doit pas servir de bouclier au plat. Par Christopher Galmiche, journaliste chez JDG

Autres informations / 27.09.2016

L'obstacle ne doit pas servir de bouclier au plat. Par Christopher Galmiche, journaliste chez JDG

L’ÉDITORIAL

L’obstacle ne doit pas servir de bouclier au plat

Par Christopher Galmiche, journaliste chez JDG

La discipline de l’obstacle a pris très "dur" ces dernières semaines, pour réaliser des économies nécessaires au vu des temps difficiles que l’ensemble des courses traverse, et va traverser. Il est logique qu’il y ait un effort de sa part. Le plat a payé son tribut avec la fermeture d’Évry en 1996. Mais il ne faudrait pas non plus que l’obstacle devienne un bouclier, que tous les efforts viennent des sauteurs et que l’on appauvrisse cette discipline à son paroxysme, avant de toucher au plat. Dans tous les pays européens où l’on a procédé de la sorte, le plat a fini par être impacté et pour certains, le Derby local n’est même plus un Gr1… Or, j’ai l’impression que c’est qui se trame à l’horizon. Il faut le reconnaître, le programme d’obstacle a été amélioré ces dernières années, avec la création de plusieurs épreuves de Groupes, notamment pour les femelles et les 3ans. Sans compter la préservation du vital 2/3, 1/3. Ce sont deux points favorables.

De la répartition équitable des efforts. Avec la fermeture d’Enghien, où de nombreux travaux ont été faits sur la piste aux abords et réceptions des obstacles, et où la haie amovible vient tout juste d’être changée, l’obstacle participe donc activement à l’"effort d’économies".

S’il faut en plus que les professionnels subissent la fermeture d’une partie des pistes d’entraînement de Maisons-Laffitte, la coupe risque d’être pleine. Surtout si, parmi ces pistes menacées, on trouve celle de Penthièvre. Elle est le joyau de Maisons-Laffitte. C’est une ligne droite de deux kilomètres avec d’un côté des haies, de l’autre des obstacles de steeple et au milieu une piste plate. Généralement, les entraîneurs locaux ont tendance à dire qu’un cheval qui finit son travail sur cette piste sans trop souffler peut aller à Auteuil sans problèmes. Et les entraîneurs extérieurs y viennent très régulièrement pour sauter leurs pensionnaires. Penthièvre est donc un outil précieux à préserver et il faut explorer d’autres pistes, sans mauvais jeu de mots, pour faire des économies à Maisons-Laffitte. Toucher aux pistes mansonniennes signifierait demander un nouvel effort à une partie du monde de l’obstacle, là où les concessions doivent être faites conjointement et non de manière unilatérale. Le plat et l’obstacle ont toujours travaillé de concert et pour le moment, il n’y a pas à s’en plaindre.

Et pourquoi pas une coopérative avec l’aide de la mairie mansonnienne ? La solution de facilité est de fermer des pistes d’entraînement. Mais il ne faut pas déliter le centre de Maisons-Laffitte, qui fait partie de l’histoire, mais aussi du présent et du futur des courses. Récemment, il a été fait état de l’accord de Jacques Myard pour appuyer le projet du transfert du programme d’Enghien à Maisons-Laffitte, avec un budget en provenance de la mairie. Pourquoi ce budget ne pourrait-il pas être dédié à pérenniser le centre d’entraînement, voire à aider à la création d’une coopérative d’entraînement mansonnienne ? Cette formule a fonctionné le jour où il a fallu pallier la fin des Haras Nationaux, notamment avec l’exemple du Haras de Cercy, où la coopérative est une grande réussite. Il est d’ailleurs grand temps que les collectivités locales participent enfin au sauvetage du centre d’entraînement, même si le retour sur investissement n’est pas le même que sur un hippodrome… Il y a des solutions à envisager avant le délitement de notre patrimoine hippique. Car comme l’a rappelé le groupe "Sauvonsmaisonslaffitte" sur sa page Facebook, ce centre fait vivre 15 % de la population mansonnienne. C’est aussi un atout écologique. C’est donc aussi à la ville de s’investir. Nous n’avons pas souvent eu l’appui — fût-il intéressé — des mairies des villes sur lesquelles étaient installés les hippodromes. Autant en profiter pour essayer de trouver une solution avec celle de Maisons-Laffitte, où les élus prêtent une oreille attentive aux questions hippiques.

L’obstacle doit avoir sa place dans le programme du futur. L’obstacle est une discipline passionnante et fascinante. Lorsque l’on est un peu cavalier, on sait combien il faut travailler pour avoir un cheval de sports équestres parfaitement réglé. C’est la même chose pour le sauteur de course, alors qu’il faut aller plus vite puisque le programme de course l’impose. Les liens entre les deux mondes ne sont pas imaginaires. Ce n’est pas un hasard si Marcel Rozier ou encore Thierry et Nicolas Touzaint sont impliqués dans les courses d’obstacle, en parallèle de leur activité en CSO ou CCE. L’obstacle est une force du programme français. Aucun pays au monde, hormis la France, ne peut se targuer d’avoir des courses de très haut niveau en plat, en obstacle et au trot. Il faut préserver cette spécificité qui fait notre force. D’autant qu’ils sont nombreux les joueurs à ne préférer qu’une discipline pour appuyer le "développement de la race chevaline". Appauvrir l’obstacle reviendrait à appauvrir les courses, car les passionnés de cette discipline quitteraient le navire pour une partie. Il ne faut donc pas se priver de faire la promotion de cette discipline et l’inclure dans les plans marketing…

Les sauteurs font vivre de nombreux éleveurs, entraîneurs, pré-entraîneurs et courtiers. Sur le plan économique, l’obstacle apporte beaucoup à la France. Sa balance commerciale est clairement bénéficiaire.

Des parcours à la hauteur à Compiègne. Ce mercredi à Compiègne, un plan des nouvelles pistes d’obstacle était exposé dans la salle des balances. De nombreux professionnels ont pu s’exprimer et donner leur point de vue auprès de la Société des Courses. Dans l’ensemble, hormis quelques changements d’obstacle, les plans ont été appréciés, même s’ils ne sont que provisoires. Compiègne met tout en œuvre pour être un bon second pour l’hippodrome d’Auteuil. C’est une note d’espérance pour l’avenir de l’obstacle. « Les Français sont toujours meilleurs quand ils ont des problèmes, c'est bien connu ! » avait déclaré Roger-Yves Bost après sa médaille d’or par équipe en CSO aux Jeux olympiques de Rio. Il faut espérer que ce soit le cas aussi dans le monde des courses d’obstacle et des courses en général.

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