Peut-on éviter les fractures spontanées en course ? (partie 2)

Autres informations / 06.02.2017

Peut-on éviter les fractures spontanées en course ? (partie 2)

 

Par le docteur Tamara de Beauregard

Clinique équine de Meslay-du-Maine

Les fractures spontanées en course sont-elle évitables ? Tamara de Beauregard, vétérinaire à la clinique équine de Meslay-du-Maine, apporte des éléments de réponse. Après avoir expliqué comment il était possible d’en faire une identification précoce, elle se penche dans cette édition sur les facteurs de risques. Dans notre prochaine édition, elle présentera les préconisations en matière de travail pour diminuer leur fréquence.

DEUXIÈME PARTIE

L’épidémiologie des fractures du boulet et l’étude des accidents en course et à l’entraînement permettent-elles d’identifier des facteurs de risques ?

Une étude au Royaume-Uni en plat et en obstacle de 1996 à 1998, montrait que  81 % des blessures se produisaient sur les antérieurs et que 46 % concernaient les tendons fléchisseurs ou le ligament suspenseur du boulet. Les fractures ne sont donc pas majoritaires.

Deux études, entre 1998 et 2003, toujours au Royaume-Uni, se sont penchées sur les fractures distales (en dessous du) au carpe et au jarret et fatales intervenues en course. Le membre fracturé et le membre sain (controlatéral) sont recueillis post-mortem (349 membres, soit 99 % des fractures ayant eu lieu sur les champs de course). Un groupe contrôle de chevaux/course/hippodrome de même niveau est constitué, rendant ces études très solides statistiquement.

 

Au Canada et aux États-Unis, une étude s’est basée sur environ 4.000.000 de départs et 170.000 chevaux (2009-2014). Aucune étude de facture scientifique internationale n’ayant été réalisée en France, les données suivantes ont été recueillies au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie.

  1. Les fractures en course

- 75 % des fractures de boulet sont des fractures spontanées et ne sont pas associées à une chute ou une interférence avec un autre cheval. (Royaume-Uni)

- Les courses de plat sur l’herbe (0,4 fractures fatales/1.000 départs) sont les plus sûres. Les courses de plat pour chevaux d’obstacle (bumpers ou National Hunt flat races) ont le plus fort taux de fractures (2,2/1.000 départs) ; ce taux est donc supérieur aux chevaux d’obstacle courant en obstacle. (Royaume-Uni)

- Pour tous les chevaux d’obstacle, la fracture la plus commune est la fracture condylaire latérale du canon. (Royaume-Uni)

 

- Chez les chevaux de plat sur herbe, les fractures de P1 sont les plus communes (0,16/1.000). (Royaume-Uni et États-Unis)

- Sur les pistes de plat tout temps (all weather flat races), les fractures biaxiales des os sésamoïdes sont les plus fréquentes (0,39/1000) avec un facteur de risque multiplié par 4 par rapport aux pistes en herbe.

- 32 % de chance de plus d’avoir une fracture sur terrain en herbe que sur terrain synthétique. (États-Unis, 2014)

 Facteurs de risque hippodrome /courses 

Sont associés à un risque plus élevé :

- les courses plus longues,  avec un plus grand nombre de partants,

- les terrains plus légers (bon à léger). Effet le plus clair pour les courses de haies (x4, Royaume-Uni),

- les réunions rapprochées les unes des autres (le terrain a eu peu de temps pour se reposer et être remis en état),

- les courses où les jockeys professionnels ne sont pas admis,

- en courses de chevaux d’obstacle, 74 % des fractures ont lieu dans la seconde moitié de la course,

- en course de plat, les fractures se produisent à n’importe quel moment de la course.

- Facteurs de risque cheval

L’âge est un facteur de risque clair pour les tendons, mais pas pour les fractures en général (Royaume-Uni),

Mais les chevaux de moins de 3ans souffrent de fracture condylaire du canon plus tôt dans la période d’entraînement avant la première course que les chevaux plus âgés.

Les mâles entiers ont 47 % de chance de plus d’avoir une fracture que les hongres et femelles. (États-Unis),

Il y a 35 % de chance de plus d’avoir une fracture si le cheval avait déjà eu des problèmes. (États-Unis).

Les chevaux qui présentent une fracture condylaire latérale ont commencé leur carrière plus tardivement (3ans, 4ans). À l’autopsie, beaucoup de boulets ont des lésions osseuses et cartilagineuses préexistantes.

Photo avec légende : Scanner, photo et coloration d’un condyle présentant une fracture incomplète débutante. Les lésions préexistantes sont évidentes. (Dubois et al.)

Les lésions préexistantes ne sont pas associées à l’âge, la durée de la carrière, ou le nombre total de courses.

  1. Les fractures à l’entraînement

EN PLAT

Au Royaume-Uni, 13 entraîneurs de plat et 1.178 chevaux ont été suivis pendant deux ans. L’incidence des fractures de stress est de 1,15/100 cheval-mois. Cela signifie qu’un entraîneur ayant 100 chevaux aura 1 fracture/mois, dont 78 % à l’entraînement. Les fractures du bassin et du tibia sont largement représentées avec 28 % du total des fractures. Aucun effet de l’âge ou du sexe n’a été identifié, mais il existe un effet identifiable de l’entraîneur.

EN OBSTACLE

Au Royaume-Uni, 14 entraîneurs d’obstacle et 1.223 chevaux ont été suivis pendant deux ans.

L’incidence des fractures non traumatiques est de 1,5/100 cheval-mois. Les fractures du bassin et du canon sont les plus fréquentes, le bassin à l’entraînement et le canon en course.

Aucun effet de l’âge, du sexe ou si le cheval avait auparavant couru en plat n’a été identifié, mais il existe un effet identifiable de l’entraîneur.

En conclusion, les facteurs de risque identifiables et les plus significatifs au Royaume-Uni sont :

- des lésions osseuses préexistantes

- des courses sur terrain léger, qui vont donc plus vite

- des réunions rapprochées

- l’absence de jockey professionnel dans la course

Au Royaume-Uni, des aménagements ont été décidés afin de minimiser ces facteurs de risque.

BIBLIOGRAPHIE

CLEGG (2011) Review article: HBLB’s advances in equine veterinary science and practice. EVJ

WILLIAMS (2001) Racehorse injuries, clinical problems and fatalities recorded on british racecourses from flat racing and NH racing during 1996, 97 and 1998. EVJ

PARKIN (2008) Epidemiology of racetrack injuries in racehorses. Vet Clin Equine.

PARKIN (2016) Risk factors for equine fractures in Thoroughbred flat racing in North America. Prev med J