Didier Guillemin : « Une victoire importante pour l’image »

Courses - International / 27.03.2017

Didier Guillemin : « Une victoire importante pour l’image »

Par Adrien Cugnasse

Samedi à Meydan, The Right Man (Lope de Vega) s’est imposé dans l’Al Quoz Sprint (Gr1). Il a offert un premier Gr1 hors de France à Didier Guillemin. Cet entraîneur basé à Mont-de-Marsan a connu une belle saison 2016, avec en particulier Sagaroi (King’s Best) et Sans Équivoque (Stormy River). Pour Jour de Galop, il nous a ouvert les coulisses de cette victoire.

Photo : La joie dans l’entourage de The Right Man après la victoire à Meydan

Jour de Galop. – Que représente cette victoire pour vous et l’entourage du cheval ?

Didier Guillemin. – C’est beaucoup d’émotion pour l’ensemble des personnes qui sont impliquées dans cette réussite. Du jockey, en passant les propriétaires et les gens qui travaillent à l’écurie, tout le monde est sur un petit nuage. Une victoire dans un Gr1 à l’étranger, c’est également important au niveau de l’image. Le cheval a eu un bon parcours. Le favori l’a amené assez loin mais il a craqué à 200m du poteau, ce qui nous a fait prendre la tête un peu tôt. Mais à part ce détail, tout était parfait. The Right Man avait signé une bonne rentrée. Le jour J, il s’est élancé avec un bon numéro de corde, sur un terrain souple qu’il apprécie et avec un jockey inspiré. Tout cela mis bout à bout nous a permis de décrocher la victoire. Ce samedi, l’entraînement français a remporté deux Groupes à Meydan. C’est important pour l’image de notre filière à l’étranger et pour les clients qui investissent. Je regrette cependant que tous les médias hippiques n’aient pas joué le jeu en relayant suffisamment l’information.

Affronter les Anglais dans un Gr1 sur le sprint, c’est un sacré challenge. Quelle raison vous a poussés à aller courir à Meydan ?

Au départ, nous y allions pour une place et surtout pour se faire plaisir. Nous comptions bien faire et tout le monde aurait été très satisfait par une place. Cette victoire prouve qu’il ne faut pas avoir peur de se déplacer, même si on n’a pas forcément une première chance sur le papier. On est bien sûr parfois déçus, on peut aussi manquer de chance, mais c’est à ce prix qu’on peut atteindre ce niveau. Je remercie l’entourage de The Right Man pour son esprit sportif et sa confiance. En ce qui concerne la décision de viser Meydan, il faut saluer l’intuition et la réflexion de Thierry Delègue. Il avait repéré cette course et cela a fonctionné.

Quel est le prochain engagement de The Right Man ?

La course de Hongkong arrive trop tôt. Il devrait aller vers Royal Ascot, ce qui lui laisse deux mois et demi de respiration. Nous allons le laisser tranquille pendant un bon mois pour qu’il recharge ses batteries. Ce sera ma première tentative à Ascot. Je pense qu’il faudra que nous abordions l’Angleterre avec le même état d’esprit que celui qui nous a portés jusqu’à Meydan : sans pression et pour se faire plaisir.

The Right Man a débuté chez vous. Était-il bon dès le départ ?

C’est un poulain qui travaillait très bien le matin à 2ans. Mais il a été battu lors de ses deux premières sorties alors que nous étions persuadés qu’il pouvait gagner. Nous nous sommes alors demandé s’il était aussi bon que nous le pensions. Il a ensuite eu quelques problèmes et a été castré. Il a réalisé une bonne saison à 3ans, avec quatre victoires, et n’a jamais cessé de progresser depuis. Nous avons attendu le mois d’août de ses 3ans pour aborder le niveau black type. The Right Man prouve aussi que la génétique n’est pas infaillible. Il n’a pas le papier d’un sprinter dans les premières générations. Et pourtant, c’est un vrai cheval de vitesse.

Comment avez-vous commencé à travailler avec les propriétaires de The Right Man ?

Lorsque Thierry Delègue a acheté Penny’s Picnic (Kheleyf), il s’est dit que ce cheval pourrait bien convenir à ma méthode d’entraînement, alors qu’il ne me connaissait pas personnellement. L’aventure a débuté ainsi. Penny’s Picnic a gagné le Critérium de Maisons-Laffitte (Gr2). Ils m’ont également confié Sagaroi qui s’est imposé dans le Derby du Midi (L).

Pensez-vous avoir actuellement dans votre effectif les meilleurs chevaux de votre carrière d’entraîneur ?

C’est vrai que l’écurie est sur la montante. Au départ, j’avais des chevaux avec des origines modestes. Il ne faut pas oublier que Sagaroi, Penny’s Picnic et The Right Man n’ont pas été achetés des fortunes. Les trois ont été acquis yearlings aux ventes par Thierry Delègue et Géraldine Richshoffer, dans une fourchette comprise entre 20.000 et 35.000 €. Pour avoir des bons chevaux, il faut une part de chance et c’est ce qui fait le charme des courses. Mais il est certain qu’à présent, on me confie des poulains avec des papiers très corrects et il y a donc beaucoup plus de chance de trouver des bons sujets dans le lot. Les belles victoires de ces dernières années m’ont amené de nouveaux propriétaires.

Certains propriétaires sont présents depuis longtemps chez vous. Quelle place ont-ils dans votre parcours ?

La marquise de Moratalla est là depuis le premier jour. Je montais pour elle en course. Le fait qu’elle me confie des chevaux dès le départ a mis en confiance d’autres propriétaires locaux. C’est énorme quand on débute. Pour cette casaque, j’ai eu la chance d’entraîner Tin Horse (Poule d’Essai des Poulains, deuxième du Jean-Luc Lagardère et du Morny, Grs1), Fruta Bomba (Critérium de Vitesse, L), Chinese Wall (Prix de la Vallée d’Auge, L)… et de très bons anglos comme Dona Carmen (Solicitor), Marruti (Freeland), Regality (Jebeland Pontadour), Don Mateo (Hasa)…

Je montais aussi les anglo-arabes de monsieur Laborde qui étaient souvent entraînés par mon père. L’élevage Laborde est depuis cette époque toujours présent dans mon effectif. Ils ont deux très bonnes familles anglo-arabes que je connais bien. Ce sont des bons clients et de véritables gens de chevaux. Comme son père, Véronique Laborde sait qu’il y a des hauts et des bas mais elle vous fait toujours confiance. Avec ces personnes, on travaille sans pression et c’est très agréable.

Photo : Cherco est l’un des bons sauteurs anglo-arabes de ces dernières années. De gauche à droite, Bruno Thierry et sa fille, Cyrille Estrampes, Bertrand Lestrade, Véronique Laborde et Didier Guillemin

Si on prend le temps de regarder votre palmarès, on s’aperçoit que vous gagnez en plat comme en obstacle, sur toutes les distances et avec toutes les races. Pourtant, vous êtes parfois décrit comme un entraîneur de 2ans. Qu’en pensez-vous ?

En France, on a souvent tendance à coller des étiquettes aux entraîneurs. Au départ, j’avais beaucoup de chevaux achetés pour des petits prix, entre 5.000 et 8.000 €. Si ces poulains ont la capacité de prendre des allocations à 2ans, il faut les utiliser au bon moment, avant l’arrivée des chevaux des grosses écuries. J’aime présenter des chevaux mécanisés, qui sont droits et bien à leur travail. Je sais aussi attendre les sujets qui ont besoin de temps. Mais ceux qui sont prêts n’attendent pas pour débuter et ceux qui sont bons durent dans le temps.

D’une manière plus générale, je pense qu’aujourd’hui, dans la région, tout le monde est un peu entraîneur de 2ans. Quand les chevaux de messieurs Ferland, Rouget, Sogorb ou Rohaut débutent, ils ont du travail derrière eux. Nous sommes tous à la même enseigne. Personne n’a de cadenas sur ses boxes et tout le monde est libre de travailler ses chevaux. On entend souvent que les entraîneurs du Sud-Ouest bénéficient d’un climat plus favorable. À mon avis, ce n’est pas si important que cela. Cette année, nous avons eu une période de gel comme tout le monde. Mais il y a une concurrence locale qui nous tire vers le haut depuis que Jean-Claude Rouget a prouvé qu’on pouvait entraîner à haut niveau dans le Sud-Ouest. En suivant le chemin qu’il a tracé, nous nous sommes réveillés. Il y a vingt-cinq ans, nous avions peur d’aller à Paris et les rares fois où nous y allions, c’était avec des chevaux qui avaient tout gagné en province. Ils arrivaient donc défraîchis à la capitale et on nous disait que nous n’avions pas la pointure. Or il y a beaucoup de bons entraîneurs en province. Par exemple, à Mont-de-Marsan, Jean-Laurent Dubord, Antoine de Watrigant et Xavier Thomas-Demeaulte ont prouvé qu’ils savaient entraîner dans toutes les catégories lorsqu’on leur donne les bons chevaux.

Vous avez 400 victoires en tant que jockey. Avez-vous été tenté par une carrière parisienne ?

J’étais un jockey de province, à une époque où ces derniers ne montaient pas souvent à Paris. Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de différence. Les bons pilotes de province montent autant à Paris. Mon frère a fait carrière en région parisienne. Moi, j’avais des opportunités dans le Sud-Ouest, en particulier pour la marquise. Et j’ai arrêté tôt pour devenir entraîneur, vers la trentaine, à la suite de mon père qui arrêtait petit à petit. Dès le départ, je me suis intéressé à l’entraînement. J’ai toujours passé du temps à dialoguer avec les propriétaires, y compris lorsque j’étais jockey. C’est ainsi que j’ai noué une relation de confiance avec la marquise. À l’époque, j’avais gagné le Derby du Midi et le Grand Prix de Dax… C’était le summum ! Il était alors inimaginable de se dire qu’un entraîneur et un jockey du Sud-Ouest pourraient gagner un Gr1 à Meydan. Le niveau de la région n’a plus rien à voir.

Photo : Didier Guillemin monte tous les matins à cheval. Ici en selle sur Tin Horse.

Où avez-vous appris votre métier d’entraîneur ?

J’ai passé quatre années chez François Mathet. En tant qu’apprenti, j’ai gagné sous des casaques de prestige, comme celles de Son Altesse l’Aga Khan, de Guy de Rothschild, de la famille Niarchos… C’est vraiment là que j’ai appris. Quand monsieur Mathet est mort, je suis retourné dans le Sud-Ouest. Ma manière d’entraîner est profondément marquée par la sienne, au point que lorsque je suis revenu chez mon père, j’ai commencé à lui transmettre ce que j’avais appris à Paris.

La réussite d’un entraîneur, c’est aussi celle de son équipe. Qui sont les piliers de votre écurie ?

L’ambiance est bonne. Cyrille Estrampes, mon garçon de voyage, est là depuis très longtemps. C’est un très bon juge. Il connaît bien les courses et je sais que je peux lui demander son avis. Alexandre Gavilan est un bon jockey, avec un bon jugement sur les chevaux. C’est important dans une écurie de savoir rapidement ce que vaut un cheval et dans quelle catégorie on peut l’engager.

 

Photo : Avec Alexandre Gavilan et Cyrille Estrampes, après la victoire de Dahham dans la Qatar Coupe de France des Chevaux Arabes.

Vos filles s’intéressent aux courses. Pensez vous que l’une d’entres elles prendra le flambeau ?

Pour Clémence, c’est plus un loisir. Elle étudie le droit et monte en tant qu’amateur. Camille, qui a 11 ans, est vraiment mordue. C’est très agréable d’avoir des enfants qui s’intéressent aux courses. Ma femme est issue du sérail et c’est donc une passion partagée par toute la famille. Je me sens soutenu.

Quels sont vos espoirs pour la saison 2017 ?

Sans Équivoque est une très bonne pouliche qui a progressé tout au long de sa saison de 2ans. Elle a gagné deux Groupes, le Critérium de Maisons-Laffitte (Gr2) et le Prix Eclipse (Gr3) après avoir débuté de bonne heure, au début du mois de mai. Madame Cheng a décidé de la laisser chez moi après l’avoir achetée à la vente de l’Arc. Je tiens à remercier Christiane Head-Maarek qui l’a confortée dans ce sens. C’était très sport. La pouliche est engagée dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1). Elle a beaucoup de vitesse, mais je ne sais pas si elle a 1.600m dans les jambes. Sans Équivoque va effectuer sa rentrée dans le Prix Sigy (Gr3). Rangali (Namid) rentrera cette semaine dans le Prix Cor de Chasse (L). Il était un peu fatigué par son ancien environnement et le fait de changer de lieu d’entraînement lui a fait beaucoup de bien.

Chez les anglo-arabes, Paban de France (Benevolo de Paban) est certainement un très bon cheval. Il a débuté par une belle victoire. On le reverra vers le Critérium de Tarbes. Il faudra aussi compter sur Maelana (Annapolis) et Mossalis (Annapolis) qui ont été les meilleures 3ans de leur catégorie en 2016.

En novembre 2016, Mabrooka s’est classée deuxième du Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Jewel Crown (Gr1 PA), la course la plus dotée au monde chez les pur-sang arabes. Quel est son programme en 2017 ?

Mabrooka va faire sa rentrée sur 1.400m à Mont-de-Marsan. Elle ne courra pas au-delà du mile cette année. Nous avions abordé la Jewel Crown avec le même état d’esprit que celui qui nous a poussés à aller avec The Right Man à Meydan. Sans pression, face à un lot de haut niveau. Après avoir tout gagné à 3ans, Mabrooka (Mahabb) a eu un passage à vide à 4ans. Elle avait été battue deux fois de peu en courant hors distance, car 1.900m c’est trop long pour elle. Ces deux sorties ont laissé des traces. J’entraîne depuis quelques années pour Son Altesse le cheikh Mansour. Il m’a confié de bons chevaux qui ont ensuite confirmé et duré à l’étranger.

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