FAUCON DU LOUP - CE “FR” QUI A BATTU LE RECORD DE LA PISTE DE MEYDAN

10.03.2017

FAUCON DU LOUP - CE “FR” QUI A BATTU LE RECORD DE LA PISTE DE MEYDAN

Fin janvier, Faucon du Loup (Darweesh) a survolé l’Al Maktoum Challenge Round II (Gr. I PA). Ce “FR” a passé le poteau en tête avec onze longueurs d’avance. Par la même occasion, il a établi le nouveau record des 2 200 mètres de Meydan pour un pur-sang arabe. Il devrait à présent se diriger vers le Dubai Kahayla Classic (Gr. I PA) avec de grandes ambitions.

Il était une fois dans l’Adour...

Le bassin de l’Adour est une terre d’élevage remarquable qui bénéficie d’un climat propice à bien des élevages et cultures. Le long du fleuve qui serpente jusqu’à Bayonne, avant de se jeter dans le golfe de Gascogne, les agriculteurs ont toujours élevé des chevaux, le plus souvent des anglo-arabes et des pur-sang arabes. Jean-Marc Saphores s’inscrit dans cette tradition. Il nous a expliqué : « Dans mon enfance, j’ai connu l’époque où il y avait des juments arabes dans l’Adour. Plus tard, j’ai essayé d’en acheter une, mais c’était très difficile car elles étaient devenues introuvables. Les Haras nationaux avaient doublé les primes pour les poulinières arabes, ce qui m’avait conforté dans mon choix. J’ai finalement réussi à en dénicher une, Nevada II [née en 1955, par Djanor et Namouna, par Alaric V, ndlr] ». Cet achat fut vivement critiqué par l’entourage de l'éleveur car acquérir une jument arabe, âgée de surcroît, était une démarche pour le moins inhabituelle au milieu des années 70. À son sujet, Jean-Marc Saphores nous précisait il y a peu : « C’était une jument très "course" dans son modèle, mais fatiguée car déjà âgée de 19 ans ». Elle ne lui donnera que quatre produits. Le premier, Chéri Bibi (Baroud III), fut acheté sous la mère par Jean-Marc de Watrigant. Bon cheval de course, il fut un étalon important. Cette famille est l’une des plus solides du stud-book français. Elle a donné de nombreux gagnants de Groupe comme Câlin de Louve (Djelfor), Tornade du Loup (Tornado de Syrah),  Mkeefa (Amer), Nizam (Amer), Dahess (Amer), Nez d’Or (Dormane), No Risk Al Maury (Kesberoy)… Trente-cinq ans après Chéri Bibi, en 2010, Jean-Marc Saphores a élevé Faucon du Loup.

Trois achats fructueux à Saint-Cloud

Frédéric Daguzan-Garros se souvient : « À cette époque, mon père [Mathieu Daguzan-Garros, du haras des Granges, dans le Gers, ndlr] travaillait en association avec Jean-Marc Saphores. Nous récupérions ses poulains au sevrage. J’ai débourré et préentraîné Faucon du Loup avant de le présenter à la vente de Saint-Cloud. C’était un très bon poulain, avec du modèle. » Lors de la session organisée par Arqana en association avec l’Afac, le bon a été signé par Andriy Ostapchuk. Faucon du Loup a pris la direction de la Russie en compagnie de deux autres 2 ans.

Kai Sagemueller, de Kavkaz Bloodstock, nous a expliqué : « Murat Karaev a acheté trois 2 ans en France sur les conseils de son entraîneur, Murat Bayramkulov. Ce dernier était alors basé à Varsovie et ses pensionnaires dominaient la scène hippique locale. Le meilleur de ces achats à 3 ans fut Ancely (Dahess) [vendue 22 000 euros à Saint-Cloud par le haras du Saubouas]. Cette pouliche a été sacrée championne de sa génération en Pologne, battant plusieurs records de pistes. Dhobiani Al Mels (Akbar) [vendu 18 000 euros à Saint-Cloud par le haras de Saint-Faust] est de son côté devenu cochampion des mâles de 3 ans. Nous l’utilisons à présent comme étalon. »

Un champion en Russie

Kai Sagemueller : « De son côté, Faucon du Loup a réalisé une bonne saison de 3 ans. Mais il était tardif et, de plus, le gazon n’était pas sa surface de prédilection. Lorsque le cheval a été âgé de 4 ans, son entraîneur, Murat Bayramkulov, est reparti en Russie. Il s’est installé sur l’hippodrome de Moscou où l’on court sur le dirt. Sur cette surface, en particulier dans les courses de longue distance, le cheval a montré des capacités exceptionnelles. Faucon du Loup a été sacré deux fois champion des chevaux d’âge en Russie. À l’automne 2016, il est passé sous la propriété de Murat Bayramkulov. Étant donné que Faucon du Loup avait gagné l’ensemble des épreuves de prestige du programme local, son entraîneur a décidé de le mettre en vente. Il m’a alors demandé de lui trouver un client qui saurait lui donner les meilleures opportunités pour poursuivre sa carrière à l’étranger. Murat Bayramkulov voulait surtout que le cheval parte chez un bon entraîneur, capable de l’amener au meilleur niveau international. Dès 2015, Élise Jeanne m’avait demandé le cheval pour le faire courir aux Émirats Arabes Unis. Le reste, c’est de l’histoire… Murat Bayramkulov est vraiment très heureux de ce qu’Élise Jeanne a réalisé avec le cheval. Il a gardé beaucoup d’affection pour son ancien pensionnaire. Le fait qu’il soit capable de battre le record de la piste de Meydan ne nous a pas beaucoup surpris. Sa victoire nous encourage à envoyer plus de chevaux issus de la filière russe à l’international.»

Le premier Groupe I d’Élise Jeanne

Faucon du Loup est entraîné par Élise Jeanne, qui a ainsi remporté le premier Groupe I PA de sa carrière. C’est un rêve qui se réalise pour cette Française qui officie aux Émirats Arabes Unis depuis une quinzaine d’années. Elle nous a expliqué : « C’est un cheval que j’ai essayé d’acheter pour mon employeur. Mais il n’était pas à vendre. Lorsque les Russes ont accepté de le vendre, nous l’avons acquis. En Russie, c’était une véritable vedette. Et j’aimais bien son origine et son modèle. Il a eu besoin d’un peu de temps pour s’adapter aux Émirats. Nous l’avons remis en route sur le turf [15e à Abu Dhabi] en novembre 2016, puis sur le dirt à Al Ain [2e]. Il est venu en progression jusqu’à sa victoire très spectaculaire à Meydan. C’est un cheval remarquablement gentil. Il est très flegmatique à l’entraînement. Cette année, son grand objectif est le Dubai Kahayla Classic»

Élise Jeanne, une Française aux Émirats

Le parcours d’Élise Jeanne débute sur les terrains de concours hippique, pendant son enfance. Elle a été formée chez Alain Hinard, un des principaux marchands de chevaux de sport en Normandie. Cofondateur de l’agence Nash, il est par ailleurs un coach réputé. Sa structure basée à Auvers est l’un des plus importants terrains de C.S.O. normands. Élise Jeanne nous a expliqué : « Il m’a appris les bases de la connaissance du cheval et du travail. Aux Émirats, j'ai rencontré Mansour Khalifa Sultan bin Habtoor, qui est devenu mon employeur. J’ai commencé par m’occuper de son élevage et du préentraînement. En ce qui concerne l’entraînement, je me suis formée petit à petit, en pratiquant. Nous avons un effectif réduit mais de qualité. L’élevage compte trois ou quatre naissances par an. J’ai vingt-cinq chevaux à l’entraînement, dont six pur-sang anglais. Nous avons malgré tout décroché de bons résultats, face à des écuries qui peuvent compter sur des effectifs de plusieurs centaines de chevaux. »