On en a beaucoup appris mercredi…

Institution / Ventes / 30.03.2017

On en a beaucoup appris mercredi…

Par Mayeul Caire, directeur de Jour de Galop

Hier soir, dans l’excitation de cette formidable journée de mobilisation, j’ai oublié de remercier les ministres de l’Économie et du Budget. Un traité de paix exige deux signatures en bas de la page. Michel Sapin et Christian Eckert ont pris la bonne décision en suspendant le test demandé par la FDJ.

Par ailleurs, un des représentants du Comité des jeunes professionnels, membre de la délégation reçue à Bercy, m’a rapporté qu’un des ministres avait relevé une erreur dans JDG (un exemplaire de votre journal préféré était posé sur son bureau) : nous avons écrit que le test portait sur 18.000 bornes FDJ, alors qu’il ne s’agissait que d’une centaine… dans la phase de test – car après, si le test s’était montré concluant, il aurait concerné 18.000 points de vente. La bonne nouvelle, c’est qu’on lit JDG à Bercy.

La FDJ est vraiment une championne. Quant à la FDJ, qui n’a pas l’intention de casser son irrésistible ascension (ce qui n’est en rien critiquable quand on regarde cela avec un œil entrepreneurial), elle explique par la voie d’un communiqué envoyé à nos confrères d’Equidia : ce test ne visait pas à offrir du live betting ; il ne concernait que 100 points de vente ; aucun de ces points de vente ne propose par ailleurs des paris PMU ; le but était d’offrir de nouveaux paris sportifs aux parieurs ; en échange, ceux-ci acceptaient de s’identifier. C’est le fameux don/contre-don cher à Claude Lévi-Strauss ! De l’Amazonie aux points de vente FDJ, même combat ! Donc la FDJ – vous avez bien lu – ne visait pas une expansion commerciale : elle répondait simplement à la demande de flicage des joueurs émise par les pouvoirs publics. Ah, ah, elle est vraiment trop forte cette FDJ. Car il faut être fortiche pour se présenter en champion de la lutte contre l’addiction quand on propose des jeux d’argent parmi les plus addictifs. N’hésitons pas à faire preuve d’un peu de mauvais goût, dans les limites du droit de caricature que les tribunaux reconnaissent à la presse : Al Capone aurait-il eu le génie de lutter contre la vente de pistolets à bouchon ?

Mais au fait, cette addiction au jeu existe-elle dans le cadre des paris hippiques et sportifs ? Certains spécialistes en doutent. Car, contrairement à la nicotine ou à l’alcool, personne n’a jamais été en mesure d’en apporter la preuve. J’ai mon idée sur la question, qui est que l’addiction vient de la part prise par le hasard dans le résultat du jeu. Le fait de ne pas avoir de raison objective ni de perdre ni de gagner (ce qui est le principe même du hasard) fait perdre tout contrôle au joueur. À l’inverse, aux courses ou dans le sport, un parieur sait expliquer sa victoire ou sa défaite – cette explication étant même une composante essentielle du plaisir de parier sur une course ou sur un match de football. Bref : prétendre lutter contre l’addiction en proposant des paris qui ne créent pas d’addiction, cela relève d’un culot qu’un ami avocat qualifierait volontiers d’invraisemblable. Mais je m’éloigne de mon sujet…

Arrêtons avec les boucs émissaires ! En prenant la plume, je voulais surtout relever deux éléments qui m’ont fortement marqué mercredi. Le premier élément, c’est ce que le ministre a expliqué aux animateurs du Comité des jeunes pros qu’il a reçus dans son bureau : dites à votre PMU de se bouger, sinon on ne pourra pas empêcher longtemps la FDJ de le bouffer tout cru. Aujourd’hui, on veut bien remettre sa muselière à la FDJ, mais si vous ne sortez pas rapidement les crocs, tant pis pour vous. La prochaine fois, vous finirez comme la chèvre de Monsieur Seguin.

Le propos est habile, et on ne peut en attendre moins de la part d’hommes qui ont atteint ces fonctions. Le propos n’est pas faux non plus car, vu de l’extérieur, on a parfois l’impression d’avoir une FDJ hyper mobile et un PMU hyper coincé. Mais il ne faut pas se laisser prendre au piège… D’accord, le PMU doit être toujours plus performant. Mais le PMU, c’est qui ? Ce sont les sociétés-mères. Et l’attractivité de nos courses, c’est qui ? Nous tous. En opposant le PMU aux manifestants de mercredi, Bercy la joue fine. Mais pour nous qui connaissons la réalité, ne faisons pas du PMU un bouc émissaire. Nous, qui vivons par le cheval, avons toujours un bouc en réserve ! Une fois c’est le PMU (pas assez agressif) ; une fois c’est l’État (test FDJ) ; une fois c’est Bruxelles (T.V.A.) ; une fois ce sont les sociétés-mères (blocage de nouveaux paris au PMU) ; une fois ce sont les entraîneurs (qui font le tour), une fois les propriétaires (salauds de riches), une fois les éleveurs (madrés paysans que vous êtes) ; une fois les jockeys (des brutes armés d’un dangereux fouet)… et pourquoi pas les chevaux (dopés, évidemment), tant qu’on y est ? Arrêtons avec la boucle des boucs ! Ce qui m’amène au second élément que j’ai relevé mercredi. Ce que la réussite du Comité des jeunes pros a montré, en creux, c’est aussi la faiblesse de l’Institution des courses dans son ensemble. Trois gamins que personne ne connaissait (j’exagère volontairement ; Thibault Lamare, Pierre-Emmanuel Goetz et Gabriel Leenders me pardonneront), avec leur b… et leur couteau, ont obtenu plus – en à peine plus d’un mois – que ce que toute l’Institution des courses n’a su obtenir depuis près de dix ans. Plus que ce que l’Institution des courses a obtenu depuis les premières évocations de l’ouverture du marché des jeux, en 2008 ou en 2009 (l’ouverture a eu lieu en 2010). Vous voyez ce que je veux dire ? Que si les trois gaillards – et tous ceux qui les ont aidés à monter la manif’, sans oublier les milliers de sociopros dans la rue mercredi – avaient haussé la voix plus tôt, au lieu de s’en remettre à leurs élus, nous aurions peut-être échappé à la dévastatrice ouverture du marché des jeux en ligne et à la mortifère hausse de la T.V.A. Eh oui…

Réorganiser l’Institution pour parler d’une seule voix. Que les choses soient claires. Je ne fais pas de populisme. Personne n’a rien contre nos institutions ni contre les hommes – salariés ou bénévoles – qui les font vivre. Il faut juste se poser les bonnes questions. Mercredi, nous avons gagné parce que nous étions unis. Le PMU et les deux sociétés-mères l’ont-ils toujours été ? Non. Et du temps de Lagardère (oui, je sais, je radote, comme les vieux Gaullistes qui regrettent le temps du Général), pourquoi l’Institution a-t-elle mieux fonctionné que jamais ? Parce qu’un seul homme dirigeait l’ensemble – trot et PMU compris, puisque Lagardère s’était amicalement imposé à ses complices, Paul Essartial et Bertrand Bélinguier, pour le meilleur.

Synthétiquement, je retiens donc de ce mercredi que le PMU doit être aussi ambitieux que la FDJ et qu’il le sera d’autant plus si le trot, le galop et le PMU sont dirigés par un seul et même homme. Et/ou fusionnent, ce qui est une autre manière de dire la même chose. Ça réduira le nombre de prébendes (à commencer par le nombre de présidences, qui sera mathématiquement divisé par trois) et ce n’est pas gagné d’avance (car en France, tout le monde est – ou veut être – président de quelque chose). Mais je n’oublie pas les mots de Thibault Lamare en sortant du bureau du ministre : « Cette victoire était inespérée il y a un mois ». Voilà des motifs de croire en la nécessaire et profonde réorganisation de notre Institution.