SPÉCIAL DUBAI WORLD CUP - Les billets verts ou le classicisme ?

International / 23.03.2017

SPÉCIAL DUBAI WORLD CUP - Les billets verts ou le classicisme ?

 

Par Franco Raimondi

Le premier fut Cigar, 21 ans après, c’est le tour d’Arrogate. Sans sa victoire dans l’édition inaugurale de la Dubai World Cup, le champion d’Allen Paulson ne serait pas devenu le cheval de l’Amérique, aimé par les foules, suivi tout au long de sa série de 16 victoires. Il n’aurait même pas approché les dix millions de dollars (9.999.815 $), une fortune au milieu des années 90. Sans les allocations offertes par le cheikh Mohammed (2.400.000 $) et celles de la Breeders’ Cup Classic (1.560.000 $ pour la victoire en 1995 et 480.000 $ pour la troisième place en 1996), les gains de Cigar n’auraient été que de 5.559.815 $, plus ou moins comme Lava Man (Slew City Slew), le hongre dont la réputation n’a jamais dépassé les frontières de la Californie.

Arrogate n’a couru que sept fois et si le ciel ne lui tombe pas sur la tête samedi, il deviendra le pur-sang le plus riche du monde en dépassant le japonais T.M. Opera O (Opera House). Si l’on enlève de son compte les allocations de la Breeders’ Cup Classic (3.300.000 $), de la Pegasus World Cup (7.000.000 $) et celle promise dans la Dubai World Cup (3.600.000 $), il n’a pris "que" 784.600 $.

L’argent, le nerf de la guerre. Créer un événement – et aussi un champion – est devenu plus facile aujourd’hui. Les courses multimillionnaires se sont multipliées. L’Australie, le week-end prochain, offre la première de ses deux réunions des Championships et ensuite, on aura droit à l’Everest pour les sprinters.

La réussite de ce type de courses est flagrante. Le grand public veut voir des champions et les applaudir. Les foules n’ont pas la patience d’attendre le chemin de la sélection, de s’enthousiasmer pour les débuts victorieux d’un poulain bien né et de le suivre jusqu’au moment suprême du Derby, du Jockey Club ou, pour les pouliches, des Oaks et du Prix de Diane Longines.

La France, tout compte fait, est le pays qui a inventé la course des courses, l’Arc de Triomphe, la finale entre tous les champions. Nos amis les entraîneurs anglais, il y a encore 40 ans, disaient que l’Arc de Triomphe était une course bizarre de fin de saison. Et sans l’Arc, Ribot, qui n’avait pas disputé les classiques en Italie, ne serait pas devenu le cheval de légende.

Applaudir un champion chevronné est beaucoup trop simple pour nous, les passionnés. Il nous faut la magie de la sélection, la recherche jour par jour des meilleurs. C’est une idée difficile à vendre à notre époque. Surfer sur la vague des épreuves multimillionnaires peut faire du bien aux courses mais, s’il vous plaît, laissez-nous, à nous les dinosaures pas encore disparus, le plaisir de prononcer ce mot magique : classique.