AUX ORIGINES DE... Jimmy Two Times, le futur premier gagnant de Gr1 de Kendargent ?

Courses - Élevage / 04.04.2017

AUX ORIGINES DE... Jimmy Two Times, le futur premier gagnant de Gr1 de Kendargent ?

 

Par Adrien Cugnasse

Ce dimanche, Jimmy Two Times (Kendargent) a livré une grande performance pour s’imposer dans le Prix Edmond Blanc (Gr3). Il a décroché son deuxième Groupe avec la manière et vise désormais les Grs1 sur le mile.

Après des débuts sur le créneau de la vitesse, Jimmy Two Times a fait une tentative infructueuse dans la Poule d’Essai des Poulains (Gr1). Il est ensuite revenu avec succès sur 1.300m et 1.400m. Le représentant du haras de Saint-Pair n’a cessé de progresser, se classant bon troisième du Prix Maurice de Gheest (Gr1) 2016 après avoir gagné le Prix de la Porte Maillot (Gr3). Pour sa rentrée, dans le Prix Edmond Blanc (Gr3), il a battu le record de l’épreuve. Il laisse à plus deux longueurs les bons Dicton (Lawman) et Attendu (Acclamation). L’impression visuelle et l’étude des temps partiels plaident en la faveur des ambitions de son entourage. Son entraîneur, André Fabre, a déclaré à la presse étrangère qu’il pourrait se diriger vers le Prix du Muguet (Gr2, 1er mai) et les Lockinge Stakes (Gr1, 20 mai). C’est le chemin emprunté victorieusement par Keltos (Kendor) au début des années 2000.

Une deuxième mère achetée à réclamer. Jimmy Two Times a été élevé par Jean Boniche et Francis Teboul. Ils avaient déjà élevé sa génitrice, Steel Woman (Anabaa), après avoir acquis la deuxième mère dans les années 1990. Francis Teboul nous a confié : « Nous avions acheté Saperlipoupette (Highest Honor), la deuxième mère, au mois de novembre de son année de 4ans, dans un réclamer. C’est mon associé, Jean Boniche, qui l’avait repéré sur ses performances. Nous l’avons acquise sans la voir ! Il avait le sentiment qu’elle n’avait pas été exploitée de manière optimale. Il faut se replacer dans le contexte de cette époque : Equidia n’existait pas. Après avoir appris qu’elle avait gagné le réclamer, nous avons appelé Jehan Bertran de Balanda qui était déjà sur le parking. Il nous a dit qu’il n’avait pas vu la course mais nous avons insisté pour qu’il revienne sur l’hippodrome afin de déposer un bulletin. Chez cet entraîneur, Saperlipoupette a notamment remporté le Prix de Saint-Hubert (A) et le Prix Europe 1 (A), deux gros handicaps. Elle nous a donné de grandes joies en gagnant le Deutscher Herold-Preis (Gr3, 2.200m) et en se classant troisième du Premio Lydia Tesio (Gr2, 2.000m). Monsieur Boniche avait déjà eu plusieurs sujets au niveau black type, mais en ce qui me concerne c’était ma première bonne jument. Au moment de son achat, le fait que Saperlipoupette soit une fille de Highest Honor était forcément un plus. Nous avions déjà l’idée d’éventuellement la mettre à l’élevage. »

Pedigree Weatherby : http://jourdegalop.com/wp-content/uploads/2017/04/jimmytwotimes.pdf

Les trouvailles de Francis Teboul. Saperlipoupette n’est pas un cas unique dans la carrière de propriétaire de Francis Teboul. Il nous a expliqué : « Dans les réclamers, j’ai eu la chance de pouvoir acheter plusieurs bons chevaux. Harbore (Raintrap) a gagné le Derby de l’Ouest (L). Five Fishes (Mujtahid), une lauréate du Prix Coronation (L), s’est classée deuxième du Prix Corrida (Gr3) avant d’être exportée. Deham Red (Pampabird) a gagné le Prix Wild Monarch pour ses premiers pas chez les sauteurs. Il s’est classé deuxième des Prix Aguado et Cambacérès et a gagné le Prix Georges de Talhouët-Roy. Mali Borgia (Malinas) s’est imposé dans le Prix Robert de Clermont-Tonnerre (Gr3). Et puis il y a bien sûr eu le champion Gemix (Carlotamix) qui a gagné cinq Groupes à Auteuil. On se souvient des bons chevaux, mais parmi ces achats à réclamer, tous n’étaient pas de ce niveau. Je n’ai pas eu que de la chance ! Il faut en acheter quatre ou cinq pour en avoir un qui sorte vraiment du lot. La qualité de l’entraîneur est très importante pour les faire progresser et il est vrai que la famille Balanda m’a porté chance. »

Steel Woman, une bonne jument à la carrière perturbée. Au sujet de Steel Woman, la mère de Jimmy Two Times, Francis Teboul nous a confié : « L’élevage, c’est beaucoup d’intuition. Les courants de sang de Saperlipoupette nous semblaient pouvoir bien se marier à ceux d’Anabaa qui était un étalon déjà confirmé après avoir été un très bon cheval de course. Nous avons eu un peu de chance car il est ensuite devenu un père de mères de premier plan. De ce croisement est née Steel Woman, la mère de Jimmy Two Times. Elle avait de la qualité mais sa carrière a été perturbée par quelques problèmes de santé. Sa meilleure performance reste une victoire autoritaire dans le Prix Cordova (B). »

   Kenmare
  Kendor 
   Belle Mécène
 Kendargent  
   Linamix
  Pax Bella 
   Palavera
JIMMY TWO TIMES (M4)   
   Danzig
  Anabaa 
   Balbonella
 Steel Woman  
   Highest Honor
  Saperlipoupette 
   Emmanuelle

La genèse de Jimmy Two Times. Au sujet de la genèse de Jimmy Two Times, Francis Teboul nous a expliqué : « Steel Woman est une jument que nous aimions bien et nous avons décidé de la faire saillir par de bons étalons. Jimmy Two Times est son troisième produit. J’ai toujours pensé que le sang de Kendor apportait quelque chose de plus. En utilisant Kendargent sur une fille d’Anabaa, nous restions concentrés sur la vitesse. Kendargent a apporté le coup de reins que l’on apprécie chez Jimmy Two Times. Lorsque nous l’avons utilisé, il avait déjà sorti des bons produits. Nous avons eu de la chance. D’une part parce que le croisement fonctionne, mais aussi parce qu’il a été acheté par de très bons professionnels. Je ne suis pas persuadé que si nous l’avions gardé, il aurait fait la même carrière de course. Il faut reconnaître la grande compétence d’André Fabre. Le poulain est parti six mois avant la vente au haras des Granges. Mathieu Daguzan-Garros prépare et présente très bien. C’est une personne avec laquelle nous pouvons travailler en confiance. Avant la vente, il nous avait d’ailleurs expliqué qu’il aimait beaucoup le cheval. Sa réussite, c’est un grand bonheur. Surtout que sa dernière victoire est superbe. Nous sommes ravis pour Andreas Putsch, son propriétaire. Steel Woman est suitée d’une femelle par Makfi. En 2017, elle sera saillie par Kendargent pour reproduire le croisement de Jimmy Two Times. Elle est actuellement stationnée à l’écurie des Monceaux. »

Le croisement de Grey Lilas. Jimmy Two Times a été acquis par Crispin de Moubray en octobre 2014, chez Arqana, alors qu’il était yearling. Le courtier se souvient : « Le poulain n’avait pas vraiment de défaut. J’aime beaucoup Kendargent depuis que j’ai vu ses premières générations en piste. Il me fait penser à son grand-père, Linamix, un étalon qui a transmis le sang et la volonté de lutter. L’élevage, c’est autant sélectionner le mental que les aptitudes ou le physique. Jimmy Two Times a deux fois Kenmare dans son pedigree. Il est issu de la rencontre de ce sang avec celui de Danzig, comme Grey Lilas (Prix du Moulin de Longchamp, Gr1), que j’ai également achetée aux ventes. En outre, Jimmy Two Times était présenté par le haras des Granges, un haras que j’aime bien car les chevaux sont beaux mais pas surpréparés. Cette année-là, Andreas Putsch voulait un cheval pour courir relativement rapidement. Il achète rarement des mâles. Nous nous étions fixé une limite de 75.000 €. Pendant les enchères, il m’a appelé pour me dire que je pouvais aller un peu plus loin car le cheval lui plaisait beaucoup. Nous l’avons finalement payé 85.000 €. Il est ensuite parti chez Diane Gauthier pour le débourrage et le préentraînement. Depuis, j’ai acheté sa sœur par Authorized. Elle est à l’entraînement chez David Menuisier, un Français installé dans le sud de l’Angleterre. C’est un jeune professionnel qui se débrouille très bien. J’ai placé plusieurs chevaux chez lui, comme Saunter (Myboycharlie) qui va courir le Prix Jacques Laffitte (L), le 10 avril à Maisons-Laffitte. »

Une histoire de ratings. Suite à son brillant succès dans l’Edmond Blanc, la valeur de Jimmy Two Times a été revue à la hausse, passant de 51 à 52,5. Le Racing Post publie sur son site trois données pour chaque cheval : le Topspeed Ratings (TS), le rating officiel (OR) et le Racing Post Rating (RPR). Ce dernier chiffre est calculé par les échellistes du journal. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas été très généreux avec le pensionnaire d’André Fabre, en lui octroyant un RPR de 114, une valeur qu’il avait déjà atteinte dans le Maurice de Gheest. Cela fait tout de même de lui l’un des trois meilleurs gagnants du Prix Edmond Blanc de ces dix dernières années. De son côté, le handicapeur de France Galop fait de Jimmy Two Times le meilleur gagnant depuis Gris de Gris (53 contre 52,5). Mais l’étude des ratings ne permet pas uniquement de le situer par rapport aux gagnants précédents de cette épreuve. Cela permet aussi de lui donner une place dans la production de son père.

Le deuxième meilleur Kendargent vu en piste. À ce jour, le meilleur produit de Kendargent est Restiadargent, lauréate du Critérium de Maisons-Laffitte (Gr2) et troisième d’une édition très relevée des Diamond Jubilee Stakes (Gr1). Selon les ratings, Jimmy Two Times serait déjà le deuxième meilleur descendant de son père vu en piste (et le meilleur mâle). Et il semble encore capable de progresser. Avec Restiadargent et Goken (3e des King Stand Stakes), l’étalon du haras de Colleville n’est pas passé loin d’une victoire au niveau Gr1. Jimmy Two Times pourrait bien être le premier à lui offrir un tel succès. Après l’Edmond Blanc, André Fabre a confié à la presse étrangère : « La distance était le point d’interrogation. Mais comme il finissait très bien lors de ses sorties précédentes, je pensais qu’il pouvait tenir [1.600m, ndlr]. » Parmi les 29 chevaux de Stakes issus de Kendargent, 62 % ont été capables de décrocher une mention black type sur 1.600m et au-delà.

Quand Kendargent s’émancipe du label Pariente. Plus de trois quarts des black types de Kendargent ont été élevés par son propriétaire et la majorité d’entres eux ont couru sous ses couleurs. C’est tout à fait logique car Guy Pariente a toujours cru en son étalon et a été son premier et principal soutien avant son ascension dans le parc étalon français. Mais il ne faut pas oublier que le propriétaire du haras de Colleville a élevé des bons chevaux à partir d’autres sires, comme Style Vendôme (Anabaa), lauréat de la Poule d'Essai des Poulains (Gr1), ou Pagera (Gentlewave), deuxième des E. P. Taylor Stakes (Gr1). Kendargent est lui aussi en train de prendre son indépendance vis-à-vis de son mentor. Il a été syndiqué et son carnet de bal s’est considérablement fourni en juments extérieures au haras de Colleville. D’ailleurs, en ce début de saison 2017, les deux fers de lance de sa production sont deux pensionnaires d’André Fabre, Jimmy Two Times et Soleil Marin (élevé par Élisabeth Fabre), lauréat du Prix François Mathet (L). Les limites de ce dernier sont inconnues et il est engagé dans le Juddmonte Grand Prix de Paris (Gr1).